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Société

Bordeaux : 10 propositions pour se souvenir du passé esclavagiste

mercredi 9 mai 2018 à 17:23 Par Thomas Coignac, France Bleu Gironde et France Bleu

La "commission mémoire" a achevé son travail et a soumis 10 propositions, validées par Alain Juppé. Elles doivent être votées par le conseil municipal. Parmi elles, la construction d'un monument à l’effigie d'une esclave, ou encore du changement dans les noms de rue.

Mamoire et Partage organise des visites guidées du Bordeaux négrier, comme ici devant le buste de Toussaint Louverture, rive droite.
Mamoire et Partage organise des visites guidées du Bordeaux négrier, comme ici devant le buste de Toussaint Louverture, rive droite. © AFP - Nicolas Tucat

Bordeaux, France

Cette année, le 10 mai, jour de la commémoration nationale de l'abolition de l'esclavage, en plus des cérémonies quai des Chartrons, la Ville va évoquer, des actions concrètes. Il était temps, pourraient dire certains."Il y a eu surement un tabou et un déni pendant assez longtemps, mais comme dans toute la societé française" reconnaît Marik Fetouh, l'adjoint à la mairie chargé de présider cette "commission de réflexion sur la mémoire de l'esclavage et de la traite négrière". Créée en juin 2016, elle se compose d'universitaires, de professionnels de la culture et de représentation associatifs. 

Elle a donc fait, il y a quelques jours, dix propositions pour faire de la pédagogie autour du rôle de Bordeaux dans le commerce des esclaves, entre les XVIIe et XIXe siècles. On estime  entre 120 000 et 150 000 le nombre d'esclaves africains , déportés vers les Amériques par des armateurs bordelais

Un monument à l'effigie d'une esclave sur les quais

Parmi les initiatives marquantes, la réalisation d'un monument, certainement une statue, sur les quais, à l'effigie de Modeste Testas. Cette esclave, achetée par une famille bordelaise, avait été vendue à Saint-Domingue, l'actuel Haïti. L'un de ses descendants est ensuite devenu chef d'état du pays. Ce monument, dont on ne connaît pas encore le lieu précis, sera soumis à un appel aux idées des architectes, avant d'être réalisé. 

Marek Fetouh sur le mémorial.

Autre mesure symbolique, autour des noms de rues. Si quelques associations avaient appelé à débaptiser les rues portant des noms de négriers, la proposition actuelle vise à l'explication. Sous les panneaux de six rues de Bordeaux (rue Mareilhac, rue Gramont, cours Journu-Aubert, passage Feger, rue David-Gradis, et rue Desse), il y aura une explication de "ce qu'ils ont fait pour la ville de Bordeaux". Ainsi qu'un QR code, à flasher, pour lire, sur internet, une notice biographique, écrite par l'historien Hubert Bonin, renseignant sur leurs activités négrières.

Une autre rue emblématique, le cours Balguerie-Stuttenberg, n'est pas concerné. Sur son blog, Marik Fetouh, explique que sa responsabilité de Pierre Balguerie-Stuttenberg n'est pas clairement engagée, puisque l'expédition qu'il a armé n'a jamais pris le départ de Bordeaux, en raison d'une loi promulguée juste avant. Une autre proposition suggère de donner le noms d'abolitionnistes ou à d'esclaves à des rues de Bordeaux, après un travail réalisé par des historiens. 

Les sept autres propositions

Les sept autres propositions sont les suivantes : 

  • Le renforcement du partenariat avec le rectorat de Bordeaux et les acteurs associatifs
  • La création d'un "Prix de la Ville" pour récompenser une thèse de doctorat ou une publication scientifique sur la question de l'esclavage
  • Le début de démarches pour un partenariat entre Bordeaux et Port-au-Prince, en Haïti 
  • La création d'un jardin pédagogique, dans le jardin botanique, avec des plantations de coton, café et canne
  • Nommer des équipements culturels aux noms du poète martiniquais Edouard Glissant et de l'écrivain martiniquais René Maran
  • La valorisation du square Toussaint Louverture, sur la rive droite
  • La mise en place d'une campagne dans les transports en commun
Karfa Diallo (à droite), lors d'une conférence, le 19 févier dernier. - Radio France
Karfa Diallo (à droite), lors d'une conférence, le 19 févier dernier. © Radio France - Elie Abergel

Une avancée considérable, pour l'association Mémoire et Partage 

A Bordeaux, les questions autour de l'esclavage ont souvent été tendues, entre la mairie et l'association Mémoire et Partage, présidée par Karfa Diallo. Celui-ci avait été renvoyé de la "commission mémoire" à la mi-avril, en raison de conflits d'intérêts. Il avait alors estimé que cette commission "ne servait à rien". Au mois de février dernier, il déclarait déjà qu' "Alain Juppé n'[avait] jamais rien fait sur la question de l'esclavage". 

Cette fois-ci, Mémoire et Partage salue "une avancée considérable" et un "aboutissement de notre travail depuis 10 ans sur la question", et se satisfait "de voir enfin abordée la question des rues de négriers". Mais, concernant la statue, elle regrette que "ce type de réalisation, même si l’intention est parfois louable, permet de s’exonérer de la nécessité d’avoir un vrai lieu de partage et d’animation de la mémoire à destination de la société civile". Pourtant, cette fois-ci, sur la majeure partie du dossier, l'unité est là.