Société

Burkini : ce qu'il faut savoir pour comprendre la polémique

Par Marina Cabiten, France Bleu jeudi 25 août 2016 à 3:00 Mis à jour le vendredi 26 août 2016 à 17:20

Le burkini a été interdit sur les plages de plusieurs communes ces dernières semaines
Le burkini a été interdit sur les plages de plusieurs communes ces dernières semaines © AFP - FETHI BELAID

Le burkini peut-il être interdit ? Alors que le Conseil d'État a invalidé vendredi la légalité d'une telle mesure à Villeneuve-Loubet, voici d'où vient et en quoi consiste la polémique autour de ce maillot de bain porté par certaines musulmanes.

Le Conseil d'État, saisi par la Ligue des droits de l'homme après un arrêté anti-burkini pris dans l'une des communes concernées de la Côte d'Azur, s'est prononcé ce vendredi sur la légalité de ces interdictions aujourd'hui en vigueur dans au moins 30 communes françaises. Le Conseil d'Etat a décidé de suspendre l'arrêté de Villeneuve-Loubet. Voici l'essentiel pour comprendre cette polémique.

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C'est quoi un burkini ? 

Le mot est issu de la contraction des termes burqa et bikini. Il désigne un maillot de bain recouvrant quasi-intégralement le corps, porté par certaines femmes musulmanes. Sa création daterait d'il y a une douzaine d'années, et est attribuée à une styliste australienne qui a en tout cas déposé la marque Burqini. Pour cette styliste, "c'est juste un maillot !"

La naissance de la polémique en France

La vente en ligne de burkinis sur le site de la marque anglaise Marks & Spencer avait déjà causé des remous en mars 2016.

Mais c'est au début du mois d'août que l'actuelle polémique est née, quand des élus FN des Bouches-du-Rhône ont dénoncé l'organisation d'une journée spéciale femmes et enfants dans un parc aquatique, par une association musulmane. Elle demandait aux participantes "de ne pas venir en 2 pièces [...] le minimum est un maillot une pièce avec paréo ou short-caleçon" en précisant que le port du burkini serait exceptionnellement autorisé par le parc.

Finalement cette journée sera annulée, et suite à cela plusieurs maires du sud-est de la France interdisent le port du burkini sur leurs plages : Cannes, Nice, Cassis entre autres, mais aussi dans la foulée des communes du nord du pays comme Calais ou Le Touquet.

Par ailleurs,  le 13 août en Corse, des violences éclatent entre des habitants de la ville de Sisco et une famille dont des femmes se baignent habillées. Le port du burkini est d'abord évoqué par des médias mais cette information était erronée. La commune interdit quand même le port du maillot de bain intégral. Au total ce sont au moins 30 communes qui ont pris cette décision selon le décompte de l'Agence France Presse communiqué mercredi.

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L'application de l'interdiction

Francetvinfo a pu obtenir mercredi le nombre de PV dressés dans 26 communes concernées, 21 n'avaient à ce jour procédé à aucune verbalisation .

En revanche dans 15 communes des Alpes-Maritimes, des policiers municipaux patrouillent sur les plages pour vérifier que les arrêtés anti-burkini sont bien appliqués, et au moins 30 amendes avaient été dressées jeudi dans ce département selon les informations de France Bleu Azur, dont une grande majorité à Nice et Cannes.

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Dans ces deux villes, l'application de l'arrêté a été vivement critiquée ces derniers jours. Des photos publiées dans la nuit de mardi à mercredi par le média britannique DailyMail montrent la verbalisation à Cannes d'une femme simplement voilée. Elles ont indigné beaucoup d'internautes.

La veille, c'est une vidéo tournée à Nice qui a circulé.

La Ligue des droits de l'Homme (LDH) et le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) ont déposé des recours contre ces arrêtés municipaux, rejetés par les tribunaux administratifs. Ce sont ces jugements qui ont été réétudiés ce vendredi par le Conseil d'État.

L'arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet dans les Alpes-Maritimes a été invalidé par le Conseil d'Etat pour avoir "porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d'aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle".

Si le Conseil d'Etat a tranché sur la décision prise par la commune de Villeneuve-Loubet, il n'invalide pas pour autant les arrêtés des trente autres communes. C'est seulement dans le cas d'autres recours que la décision du Conseil d'Etat fera autorité pour toutes les juridictions administratives. Le Conseil d'Etat en a profité pour rappeler que les maires de France peuvent restreindre les libertés des citoyens uniquement en cas de "risques avérés" pour l'ordre public.

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L'affrontement politique

Si le Premier ministre Manuel Valls "soutient" les maires ayant interdit le port du burkini à la plage, plusieurs voix de gauche s'insurgent, même au sein du gouvernement. Jeudi matin, la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a déclaré sur Europe 1 que "la prolifération de ces arrêtés n'est pas bienvenue", même si elle se dit contre le burkini. Le Conseil français du culte musulman s'est félicité

Le Parti socialiste a dénoncé mercredi une "dérive particulièrement dangereuse". Le candidat à la primaire de gauche, Benoît Hamon, crie à "la laïcité bafouée".

Le député PS de l'Hérault, Sébastien Denaja, s'est dit quant à lui "révulsé" par la verbalisation d'un "simple voile".

L'indignation touche aussi la droite, comme Jean-Jacques Aillagon ex-ministre de la Culture : "En 1368, Charles V réglementait la taille des poulaines. Aujourd'hui, certains veulent légiférer sur le costume de bain ! Affligeant ! ".

L'invalidation de l'arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet par le Conseil d'Etat a été saluée par le Conseil français du culte musulman, la considérant comme "une victoire du droit, de la sagesse". A droite, la décision a provoqué de vives réactions. Les Républicains ont ainsi annoncé leur intention de légiférer en proposant une loi interdisant ce vêtement de baignade.

"Il faut que le Parlement prenne ses responsabilités (...) avec Eric Ciotti, nous allons préparer une proposition de loi pour sécuriser les décisions des maires interdisant le burkini"
Guillaume Larrivé (député LR de l'Yonne)

Quant au FN, il demande une loi que le gouvernement a refusée. "Pour parer à la fragilité juridique des arrêtés municipaux, seule une loi d'interdiction générale des signes religieux ostensibles dans l'ensemble de l'espace public sera à même d'apporter une réponse ferme aux dérives communautaristes", selon le parti d'extrême droite.

La presse étrangère s'empare du sujet

Cette polémique fait parler d'elle dans la presse étrangère, avec le plus souvent un regard critique envers l'attitude de ces maires. Un titre ironique à la une du prestigieux International New York Times avait été très remarqué sur les réseaux sociaux : "La France désigne la dernière menace pour sa sécurité : le burkini".

Ce mercredi dans le Guardian, média britannique, la créatrice du burkini déclare qu'elle a imaginé ce maillot "pour donner de la liberté aux femmes, et non pas pour leur en retirer".

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