Société

Cancer : le droit à l'oubli reste insuffisant

Par Émeline Rochedy, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu dimanche 20 septembre 2015 à 20:31

L'institut de cancérologie de la Loire
L'institut de cancérologie de la Loire © Radio France - Emeline Rochedy

Les questionnaires des assureurs de crédit seront revus pour prendre en compte une convention qui instaure un droit à l'oubli bancaire pour les cancers survenus avant l'âge de quinze ans et pour toutes les pathologies cancéreuses, guéries depuis quinze ans.

C'est un des points du plan cancer 2014-2019 de François Hollande : le droit à l'oubli pour les anciens malades afin qu'ils puissent accéder au crédit bancaire dans les mêmes conditions que les autres consommateurs. Une convention signée au début du mois de septembre instaure ce droit pour les cancers survenus avant l'âge de quinze ans, cinq ans après la fin du traitement et pour toutes les pathologies cancéreuses, guéries depuis quinze ans. 

Les assurances doivent encore mettre à jour le questionnaire de santé que les futurs emprunteurs doivent renseigner. De toute façon, ça ne changera rien pour Guillaume. Ce père de famille de 38 ans, père de deux enfants est en train d'acheter une maison dans la plaine du Forez. Du fait du cancer de la peau qu'il a eu en 2012, il faudrait qu'il attende ses 50 ans pour prétendre à un crédit sans surprime. Le montant de la surtaxe, sa marge de négociation, suscite chez lui beaucoup d'inquiétude à quelques jours du rendez-vous chez les assureurs. "Je sais que je vais douiller, c'est injuste. Moi, trois ans après, je me sens guéris, commente-t-il. C'est comme une double peine !"

C'est injuste, le témoignage d'un ancien malade, Guillaume, 38 ans, deux enfants

"Par exemple, pour un prêt classique de 150 000 euros,  il n'est pas rare d'avoir du 200 ou 250 euros par mois d'assurance", explique Franck Daveau, un des deux conseillers d'Aidea, la plateforme de la Ligue contre le cancer pour accompagner dans ces démarches les malades et les anciens. "Certains doivent même renoncer à leur projet faute de pouvoir faire assurer leur emprunt", souligne t-il. Tandis que la plupart des appels concernent des personnes tentées de passer sous silence leur cancer.

Quinze ans, c'est trop long dans une vie ! Dr Jacquin, oncologue

Ces obstacles révoltent le docteur Jean-Philippe Jacquin, oncologue à l'institut Lucien Neuwirth de cancérologie de la Loire : "Quand on se bat pour guérir des patients et qu'on constate que la société ne remplit pas ses obligations vis-à-vis de ces patients, oui, c'est révoltant !" 

Comme ses confrères, il estime que ce droit à l'oubli va dans le bon sens, "celui de l'égalité"  mais "attendre quinze ans c'est trop long, c'est trop long dans une vie" . Et le Dr Jacquin d'estimer : "Dans la plupart des pathologies cancéreuses, dix ans, c'est un recul qui est déjà très significatif et qui permet quasiment dans tous les cas d'affirmer la guérison". 

Dix ans, c'est le délai auquel les sénateurs aimeraient ramener ce droit à l'oubli, en déposant des amendements dans le cadre de l'examen du projet de loi de santé. La seconde lecture a lieu en ce moment au Palais du Luxembourg. Sinon, il faudra attendre. Cette convention AERAS (S'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) se négocie tous les cinq ans.