Société

"Il faut que les auteurs de viols sur des enfants puissent être poursuivis tout au long de leur vie"

Par Philippine Potentier, France Bleu Isère mercredi 15 novembre 2017 à 10:16

Cécile B, son pseudonyme a publié son livre en 2015
Cécile B, son pseudonyme a publié son livre en 2015 - © photo stéphane lefèvre

En 2015, Myé Kohiyama publie sous pseudonyme " Le petit vélo blanc ". Elle livre son histoire de femme violée quand elle était enfant. Elle raconte aussi comment son cerveau a occulté pendant des années ce drame. Aujourd'hui elle se bat pour que justice soit rendue à tout moment, sans prescription.

Depuis la sortie il y a deux ans de son livre témoignage, "Cécile B." journaliste, mène un combat pour défendre les enfants qui comme elle ont été victimes de violences sexuelles et pour faire reconnaître l'amnésie traumatique dans la loi.

En 1977, elle a alors cinq ans, lorsque "Cécile B." est violée à plusieurs reprise par un cousin éloigné, un adulte ''d'âge mur". Touchée par une amnésie traumatique, elle occulte pendant des années cette violence, mais les souvenirs remontent brutalement à la surface, en 2009, soit 32 ans après les faits. Myé Kohiyama, de son vrai nom, raconte :

" Je n'avais aucune idée de ce qui s'était passé, parce que le cerveau, face à un stress, se protège et occulte les faits dans une zone inconnue. "

Ces souvenirs resurgissent suite à un choc émotionnel, de façon très précise, après la rencontre avec une personne avec qui " nos histoires font miroir ". Peu de temps après avoir révélé cette histoire à son entourage, sa mère retrouve des dessins frappants sur lequel il est inscrit " o secours " et où apparaît une enfant aux côtés d'un homme à moustache. Cet homme c'est, son agresseur.

Aujourd'hui, cette histoire résonne dans l'actualité. En effet, en 2016 Flavie Flament publie, elle aussi, un livre intitulé " La consolation ". Elle y raconte également un drame similaire, son viol par le photographe David Hamilton. Le livre est devenu un téléfilm. Flavie Flament a même pris la tête d'une commission et écrit un rapport sur la question. Depuis, plusieurs jeunes femmes se mobilisent pour lutter contre ce mal.

" C'est formidable que Flavie Flament ait mis sa notoriété au service de ces questions. Cela va permettre d'approfondir la connaissance des choses. "

Myé Kohiyama se bat, au sein d'un collectif pour faire reconnaître l'amnésie traumatique dans la loi, mais aussi pour y inscrire l'imprescriptibilité des crimes sexuels. " C'est un signal fort pour les agresseurs, les pédophiles qui pourraient être poursuivis toute leur vie pour ces crimes. " précise-t-elle.

Enfin, le collectif souhaite également fixer l'âge du consentement sexuel à 15 ans, et non 13, comme le voudrait l'actuelle garde des Sceaux, Nicole Belloubet. Cette mesure fait écho à l'actualité, puisqu'un homme a été acquitté après avoir eu une relation sexuelle avec une petite fille de 11 ans, en août 2009. Selon la cour d'assises de Seine-et-Marne, le rapport sexuel ne s'est pas produit sous la contrainte.

" C'est un scandale absolu, cela a profondément choqué l'opinion ", estime Myé Kohiyama.

Myé Kohiyama, journaliste et auteur du livre " Le petit vélo blanc " témoigne