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Société DOSSIER : Centenaire de la Première Guerre mondiale

Centenaire de la Première Guerre mondiale : trois choses à savoir sur Strasbourg en 1918

samedi 3 novembre 2018 à 18:01 Par Blandine Costentin, France Bleu, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass

Emmanuel Macron débute par Strasbourg, ce dimanche, un voyage sur les traces de la Grande Guerre qui le mènera jusqu'à Paris, le 11 novembre. La capitale alsacienne avait été le symbole des “provinces perdues” en 1871, mais le retour à la France, à partir de 1918, ne s'est pas fait sans heurt.

Alsaciennes et Lorraine en costume "traditionnel", le 14 juillet 1919, place Kléber à Strasbourg.
Alsaciennes et Lorraine en costume "traditionnel", le 14 juillet 1919, place Kléber à Strasbourg. - Archives de Strasbourg 1 Fi 1/10

Strasbourg, France

Pour le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, Emmanuel Macron a choisi d’arpenter pendant une semaine des “territoires meurtris et marqués par la Grande Guerre” dans le Grand Est et les Hauts-de-France. Strasbourg, point de départ de cette “itinérance” dimanche 4 novembre, est symbolique à plus d’un titre. 

Après la guerre perdue par la France en 1870, l’Alsace et la Moselle sont devenues un Reichsland, une “terre d’empire” et Strasbourg la capitale de ce territoire. Quand en France, on chantait “Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine”, c’est vers la cathédrale de Strasbourg que se tournaient les regards. Longtemps convoitée et occupée, la capitale alsacienne est depuis devenue le symbole de la réconciliation franco-allemande et une capitale européenne. 

Le drapeau rouge avant le drapeau tricolore sur la cathédrale de Strasbourg

En 1918, avant même la signature de l’Armistice, le régime impérial allemand s’effondre. Une mutinerie a éclaté dans la marine impériale, propagée de ce côté-ci du Rhin par les militaires alsaciens-lorrains. Le 10 novembre, une république d’inspiration bolchévique est proclamée à Strasbourg. Des “soviets” (des conseils) de soldats et d’ouvriers se réunissent dans différents lieux de la ville. C’est ainsi que le drapeau rouge est hissé sur la cathédrale de Strasbourg pendant une poignée de jours. 

Des conseils du même type se montent dans d’autres villes alsaciennes et mosellanes. Ils réclament plus de justice au sein de l’armée et la construction d’un monde démocratique. Mais dans ces conseils, certains affichent des velléités d’indépendance. Des élus strasbourgeois veulent au contraire hâter le retour à la France. C’est le cas du député au Reichstag (Parlement allemand) Jacques Peirotes qui proclame lui-aussi la République le 10 novembre, devant la statue du général Kléber et est élu maire.

Jacques Peirotes proclamant la république devant Kléber le 10 novembre 1918. - Aucun(e)
Jacques Peirotes proclamant la république devant Kléber le 10 novembre 1918. - Archives de Strasbourg, 125 Z 12

En ville, les notables ne voient pas non plus d’un bon oeil ce vent révolutionnaire. Il est temps que les troupes françaises entrent dans Strasbourg. Ce qu’elles font à partir du 21 novembre, mettant fin à cet éphémère mouvement révolutionnaire. Cette fois, c'est le drapeau bleu blanc rouge qui flotte sur la cathédrale.

Les troupes françaises accueillies dans la liesse

Le 22 novembre, trois divisions de la 4e armée française, sous la direction du général Gouraud, entrent solennellement dans Strasbourg. Les maisons et les rues sont pavoisées, c’est une explosion de joie populaire. “La France vient à vous, Strasbourgeois, comme une mère vers un enfant chéri, perdu et retrouvé” proclame l’affiche placardée dans les rues de la ville.

Ce genre de scènes se produit dans les villes et villages alsaciens. Dans le magazine Saisons d’Alsace consacré à cette période, l’historien Claude Muller relève de nombreux témoignages et décrit l’effervescence : les arcs de triomphe dressés à l’entrée des communes, les draps cousus pour composer des drapeaux tricolores…

Maison pavoisée en décembre 1918 à Strasbourg (archive A 15 177 X). - Aucun(e)
Maison pavoisée en décembre 1918 à Strasbourg (archive A 15 177 X). - Collection Archives de la planète–Musée Albert Kahn– Département 92

Le 25 novembre, l’arrivée du maréchal Pétain est un nouveau triomphe. Le 9 décembre, c’est au tour du président Poincaré et du président du conseil Clemenceau. Si, comme le relève l’historien Alfred Wahl, “après une quarantaine d’années passées dans le giron de l’Allemagne, une majorité de la population alsacienne était relativement bien intégrée dans le Reich” (Saisons d’Alsace 77), cet accueil triomphal est à la hauteur de la dureté des quatre années de guerre et de la dictature militaire imposée à partir de 1914.

“Le plébiscite est fait !” s’exclame Raymond Poincaré à l’hôtel de ville de Strasbourg. Paris ne doute pas que l’Alsace et la Moselle reviendront sans souci dans le giron de la République française.

Strasbourg. Place de la République. Statue de Guillaume Ier renversée par les habitants. - Aucun(e)
Strasbourg. Place de la République. Statue de Guillaume Ier renversée par les habitants. - Source : coll. La Contemporaine

Des traces de la puissance allemande sont détruites, comme la statue de l’empereur Guilllaume 1er, inaugurée place de la République en 1911 et démontée en novembre 1918 (source photo La Contemporaine).

Une transition difficile

Après l'euphorie des premiers temps, le retour à la France ne se passe pas sans soubresauts. Avec la fin de la guerre, place aux comités d’épuration, à la délation, à l’expulsion parfois brutale des Vieux-Allemands, les Allemands qui s’étaient installés sur le sol alsacien ou nés de parents allemands après 1871. Certains étaient pourtant des universitaires ou des architectes renommés, à l’image de Johann Knauth, considéré comme “le sauveur de la cathédrale de Strasbourg”. En quelques mois, Strasbourg perd un tiers de sa population (source : archives de Strasbourg).

En décembre 1918, un système de cartes d’identité à quatre niveaux est mis en place, de A à D, suivant l'origine. Ces cartes déterminent les possibilités de prétendre à la nationalité française. Des droits différents sont également accordés, comme le bénéfice d’un taux de change avantageux entre marks et francs. L’attribution de ces cartes est source de tensions.

Distribution des cartes d’identités A à l’Aubette à Strasbourg en décembre 1918. - Aucun(e)
Distribution des cartes d’identités A à l’Aubette à Strasbourg en décembre 1918. - Musée historique de la Ville de Strasbourg, R34121

Les fonctionnaires allemands sont remplacés par des Français qui ne connaissent pas la langue parlée depuis des décennies, ni les particularités du territoire. La question de la langue est centrale aussi à l’école. Dès la fin du conflit, les cours doivent se faire en français et une partie du corps enseignant est révoqué voire expulsé. Les remplaçants ne parlent pas forcément l’allemand. Commence une délicate cohabitation entre langues française, allemande et alsacienne.

Le retour à une vie normale est difficile aussi pour les combattants revenus du front qui ont pour la plupart servi dans l’armée allemande.

Au final, les historiens reconnaissent qu'une politique de francisation active, appuyée sur le symbole des “provinces perdues”, s’est parfois appliquée sans nuance. François Uberfill, agrégé d’histoire, écrit dans Saisons d’Alsace numéro 77 : “Un monde s’écroule, une nouvelle société se met en place, dans la douleur et le ressentiment”.

Pour en savoir plus, à Strasbourg : l’exposition organisée aux archives de la ville et de l’Eurométropole : “Strasbourg 1918-1924, le retour à la France".

Exposition aux Archives de Strasbourg sur la période 1918-1924 : les affiches célébrant le retour à la France. - Radio France
Exposition aux Archives de Strasbourg sur la période 1918-1924 : les affiches célébrant le retour à la France. © Radio France - Blandine Costentin