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Dossier : Coronavirus Covid-19

Ces nouveaux mots apparus avec la crise sanitaire du coronavirus

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Bourgogne, France Bleu

Clusters, présenciel, distanciel, tous ces termes techniques ou déformation de mots existants sont largement utilisés d'abord dans les médias (presse, réseaux sociaux). A force, certains mots passés dans le langage quotidien font même leur entrée dans le dictionnaire de la langue française.

De nouveaux sont apparus avec la crise sanitaire du Covid-19
De nouveaux sont apparus avec la crise sanitaire du Covid-19 © Maxppp - Cottereau Fabien

Avec la crise du coronavirus, on a vu apparaître des mots ou des adjectifs nouveaux : clusters, présentiel, distanciel, autant de mots qui n'existent pas dans le dictionnaire. Ont-ils leur place dans la langue française ? On en parle avec un spécialiste des langues, Laurent Gautier, professeur et directeur du centre Interlangues à l'Université de Bourgogne.

"Le changement linguistique ne naît pas des dictionnaires et encore moins de l'Académie française."

Si j'emploie le mot "présentiel" ou "distanciel" est-ce que je parle français ?

Oui, car à partir du moment où ça correspond à un usage et où il y a une adéquation entre les mots et les structures qu'on utilise, et ce qu'on a besoin de nommer et d'exprimer, il n'y a aucune question à se poser pour savoir si c'est français ou pas. C'est ce qu'on appelle l'usage !  

Il y a  malgré tout débat sur l'emploi du terme "distanciation sociale" au lieu de "distance physique" qui paraît plus simple et plus proche de ce qu'on veut dire ?  

Sans doute, mais est-ce que cela dénomme vraiment la même chose ? C'est la question essentielle par rapport au besoin qu'on a en tant que locuteur d'une langue, et surtout, est-ce que ça met en perspective la même chose ? C'est là que se joue la différence entre "distance physique" et "distanciation sociale". Ce terme a fini par se figer, on pourrait même presque dire par se fossiliser sous cette forme là, un peu comme des minéraux. Et à chaque fois qu'on aura besoin de dire "prendre ses distances, ne pas se faire la bise ou donner une poignée de main", spontanément c'est le terme de "distanciation sociale" qu'on emploiera, et on ne se dira même plus qu'à la place, on aurait pu dire "distance physique"! C'est vraiment une question de besoin de dénomination et besoin d'expression.

Notre pays n'a pas été le premier touché par l'épidémie. Cela signifie que ces mots ont été influencés par d'autres langues ?

Non, pas forcément. C'est un grand fantasme de locuteurs français de voir des invasions de mots de langues étrangères qui arriveraient pour dénaturer la notre. Tout cela est une vision très naïve et très terre à terre du fonctionnement de la langue et du discours. Le seul qu'on pourrait identifier et qui a été critiqué dans des chroniques médiatiques, c'est le mot "cluster". Peut-être que c'est un anglicisme, mais la question ne se pose pas en ces termes. C'est avant tout un mot scientifique et technique qui vient de l'analyse de données et de la statistique. On parle de "clustering" dans ce domaine, et ça ne choque personne. Mais tout simplement, ce mot a été repris en dehors du petit cercle de spécialistes qui avaient l'habitude de l'utiliser en sachant exactement ce que cela voulait dire. Il a fini par s'imposer parce que les médecins et les infectiologues ont parlé comme ça dans les médias, et finalement, il est devenu le mot qui s'imposait et qui va le mieux pour parler de densité supérieure à la normale de cas de Covid-19 à un endroit.

Le dictionnaire est une chambre d'enregistrement du français
Le dictionnaire est une chambre d'enregistrement du français © Maxppp - Laurence Mouton

Existe-t'il d'autres exemples de crises qui ont donné naissance à de nouveaux mots ? 

La crise du Covid-19 a une telle ampleur et touche tellement de domaines de la vie des Français, qu'effectivement on a l'impression d'un ras de marée. Mais dans les cas antérieurs qu'on connaît, on peut citer l'exemple de la crise écologique qui a donné naissance à des mots simples ou des formules un peu plus complexes, comme "transition énergétique" ou "transition écologique" qui n'existaient pas. Ce sont en fait des résumés de sens, mais aussi de positionnements, de postures. On sait que celui qui va l'utiliser sera plutôt favorable ou défavorable. Le changement linguistique naît en fait du changement social. ll ne naît pas des dictionnaires et encore moins de l'Académie française.

Il y a des chances pour qu'on retrouve le mot "déconfinement" dans le dictionnaire prochainement ?  

Sans doute. Pour un linguiste, c'est une question qui ne se pose pas vraiment parce que déjà, il n'y a rien de plus mort qu'un dictionnaire. C'est simplement une chambre d'enregistrement. Ce n'est pas là qu'on voit vivre la langue. Il y a une sorte de fétichisation du dictionnaire. On apprend tout petit qu'on n'a pas le droit d'écrire ça parce que ce n'est pas dans le dictionnaire, ce n'est pas une question de linguiste. Alors "déconfinement" va sans doute finir par y arriver, déjà parce qu'il aura tellement été utilisé qu'on ne pourra pas faire autrement que de l'intégrer au lexique de base du français. Dans le corpus du français contemporain de 2012, on avait déjà 4000 occurrences de "en présentiel", et en 2017, on atteignait les 8 000. Dans le prochain corpus, il y en aura plusieurs millions ! Le mot "déconfinement" finira dans le dictionnaire parce qu'il répond complètement aux règles de formation des mots du français. Il ne pose aucun problème à notre cerveau qui sait construire des mots et déconstruire les nouveaux mots lorsqu'il les rencontre pour la première fois pour comprendre leur signification. Cela correspond à une structure tout à fait classique du français. 

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