Société

Charleville-Mézières a 50 ans : le long chemin vers la fusion

Par Alexandre Blanc, France Bleu Champagne-Ardenne vendredi 30 septembre 2016 à 14:20

1er octobre 1966, premier conseil municipal de Charleville-Mézières
1er octobre 1966, premier conseil municipal de Charleville-Mézières - Ville de Charleville-Mézières

Le 1er octobre 1966, les communes de Charleville, Mézières, Montcy-Saint-Pierre, Mohon et Etion fusionnaient pour former Charleville-Mézières. Depuis le début du 19ème siècle, plusieurs projets avaient échoué.

La jalousie entre Charleville et Mézières est séculaire. Lorsque Charles de Gonzague fonde sa cité idéale de Charleville en 1606, la place forte de Mézières est bardée de fortifications, ce qui freine son développement. En-dehors du royaume de France, Charleville échappe à l’impôt sur le commerce et surpasse vite sa voisine macérienne en population et en richesse.

Napoléonville ne sera pas

En 1805, un préfet d’Empire propose de rassembler les deux cités et de les rebaptiser Napoléonville. Charleville refuse. Ce sont encore les Carolopolitains qui déclineront deux nouveaux projets de fusion lancés en 1942, sous l’occupation allemande, puis en 1950. La crainte d’affaiblir le commerce à Charleville motiveront les décisions du conseil municipal.

Charles de Gonzague, fondateur de Charleville - Radio France
Charles de Gonzague, fondateur de Charleville © Radio France - Alexandre Blanc

Les Trente Glorieuses imposent un changement d’échelle

La forte croissance démographique et économique de l’après-guerre suscite de nouveaux besoins. Il faut construire des logements, des zones d'activités économiques, de nouveaux réseaux d’assainissement et d’eau potable. Les foyers s’équipent d’automobiles et le tramway n’étant plus en service depuis 1914, les rues de Charleville et de Mézières saturent. La nécessité de créer un nouvel axe routier, la « pénétrante », s’impose.

La convergence est aussi politique puisque la plupart des municipalités sont dominés par le centre-gauche et la gauche, le MRP et la SFIO. En 1961, le préfet Vitalis Cros fédère treize communes en un syndicat chargé d’étudier et de réaliser de nouveaux équipements. L’instance doit aussi préfigurer une éventuelle fusion.

Charleville-Mézières - Radio France
Charleville-Mézières © Radio France - Alexandre Blanc

Le projet de fusion est sur la table

A partir de 1964, les communes se positionnent. Les communes plus rurales (La Francheville, Prix-les-Mézières, Warcq…) choisissent de ne pas donner suite au projet. Villers-Semeuse s’y oppose pour des raisons plus politiques. La municipalité est communiste et il n’est pas question, pour le parti, d’accepter une fusion sous un gouvernement gaulliste, « un gouvernement de banquiers », écrira un conseiller municipal.

Malgré les réticences de l’union commerciale, le conseil municipal de Charleville se dit favorable à la fusion. Mézières, Etion et Mohon se pronconcent également en faveur du rassemblement. A Montcy-Saint-Pierre, on tergiverse. Il aura fallu quatre votes entre 1964 et 1966 pour que le conseil municipal accepte de rejoindre Charleville, Mézières, Etion et Mohon. Le 24 mars 1966, les élus s’y opposent par 11 voix contre, 8 pour et 2 abstentions. Mais la perte des 2978 Montcéens empêcherait la nouvelle commune de dépasser le seuil des 50 000 habitants et la priverait donc d’aides financières de l’Etat. Un nouveau vote a lieu une semaine plus tard. Et Montcy-Saint-Pierre révise sa position (12 voix pour, 6 contre et 3 abstentions)

Le 1er octobre 1966, se tient le premier conseil municipal de Charleville-Mézières.

► Pour en savoir plus : « Charleville-Mézières a 50 ans : la fusion du cœur et de la raison », de Raymond Stévenin – Revue historique ardennaise n°48 (2016)

À voir aussi : Les élus qui ont sacrifié leur siège pour la fusion
Le reportage vidéo d'octobre 1966 tourné par les Actualités françaises
Le programme des animations du cinquantenaire

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