Société

Charlie - "Les caricatures de Mahomet n'étaient qu'un prétexte" selon le dessinateur Rodolphe Urbs

Par Yves Maugue, France Bleu Gironde mercredi 6 janvier 2016 à 12:42

Le dessin de Urbs ce mercredi dans le journal Sud Ouest.
Le dessin de Urbs ce mercredi dans le journal Sud Ouest. - © Sud Ouest / Urbs

Rodolphe Urbs est l'un des deux dessinateurs qui assurent la caricature quotidienne publiée dans le journal Sud Ouest. Il connaissait plusieurs des victimes de l'attentat de Charlie Hebdo il y a un an. Il estime aujourd'hui que les attentats de novembre ont tout changé.

Un an après l'attentat dans les locaux du journal Charlie Hebdo, Rodolphe Urbs poursuit son travail dans les colonnes du journal Sud Ouest et affirme qu'il n'a rien changé dans sa pratique professionnelle, même s'il s'est posé beaucoup de questions pendant quelques mois. Il était ce mercredi matin l'invité de la matinale de France Bleu Gironde.

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France Bleu Gironde : Vous qui connaissiez plusieurs victimes de Charlie Hebdo, quel est votre sentiment un an après ?_

Rodolphe Urbs_ : Je ne suis pas forcément très sensible aux anniversaires. Là, le fait de voir une plaque avec leur nom je préfère ne pas en parler, ça va m'énerver. Les noms des copains sur une plaque, franchement... je pense qu'il ne fallait pas forcément faire grand'chose car la donne a changé depuis Charlie Hebdo. Il y a eu le Bataclan et ce qui s'est passé en novembre. C'est ce que j'ai voulu dire dans le dessin du Sud Ouest ce mercredi matin. On est au premier anniversaire, on en célébrera un autre en novembre. Et la donne a vraiment changé pour moi.

Vous voulez dire que tout le monde est désormais visé ?

On nous a bien ennuyé depuis janvier avec les dessins du prophète. Même le Pape y est allé de son couplet en disant qu'on attaquait la foi des autres. En novembre, à moins de penser que le prophète se cache dans un beignet de crevettes, c'est bien tout le monde qui a été attaqué. Vous ne pouvez pas aller au bistrot, vous ne pouvez pas aller au concert, vous ne pouvez pas aller au foot. Donc les caricatures de Mahomet n'étaient qu'un prétexte, cette idée d'attaquer la foi n'était qu'un prétexte. Tout est désormais une cible. Au-delà du fait d'avoir perdu des amis proches en janvier, les attentats de novembre ont touché tout le monde.

Le Pape fait son métier... je fais le mien.

Un an après, sentez-vous parfois une remise en cause de la liberté d'expression des journalistes et des dessinateurs ? La Une de Charlie Hebdo aujourd'hui fait par exemple réagir...

Ce que j'aimerais, c'est que l'on parle de la remise en cause du lecteur. Surtout s'il n'a jamais ouvert Charlie Hebdo qui existe quand même, si l'on compte la période Hara Kiri, depuis 1958. Venir hurler au scandale pour la couverture de Charlie Hebdo aujourd'hui, c'est ne pas avoir regardé ce que fait Charlie Hebdo depuis 1958. C'est d'une mauvaise foi particulièrement crasse. Charlie a toujours été un journal anti-clérical et on ne va pas commencer à faire une adoration du Seigneur dans les pages de Charlie.

Aujourd'hui, abordez-vous différemment vos dessins ?

En janvier, j'ai connu un léger flottement. Je me suis posé pas mal de questions sur ce que l'on faisait. J'ai rencontré pas mal de gens. J'ai beaucoup discuté dans des rencpntres et des débats. Les critiques sont intéressantes d'ailleurs à entendre. Donc oui, il y avait un changement. Mais depuis novembre c'est terminé. Désormais je ne me pose plus de questions au moment de dessiner sur la religion. Quand le Pape dit au lendemain des attentats qu'il faut quand même respecter la foi des autres, c'est à la limite d'une justification de ce qui s'est passé. Donc je n'ai aucune gêne à parler de religion moi aussi. Aujourd'hui, le Pape fait son métier et moi je fais le mien.

Rodolphe Urbs : "Les attentats de novembre ont changé la donne."

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