Société

Chez les Suteau, Oumar a retrouvé une vie de famille

Par Typhaine Morin, France Bleu Loire Océan mercredi 10 août 2016 à 11:09

Oumar (à gauche) habite chez les Suteau depuis février dernier
Oumar (à gauche) habite chez les Suteau depuis février dernier © Radio France - Typhaine Morin

En Loire-Atlantique, des familles se sont portées volontaires pour accueillir des mineurs isolés. Ce sont des adolescents étrangers arrivés seuls en France et aidés par le conseil départemental. A Ancenis, c'était "une évidence" pour la famille Suteau d'aider Oumar, un Guinéen de 16 ans.

La famille Suteau, c'est un peu la famille du bonheur. Nadège et Stéphane ont cinq enfants : Chloé, 25 ans, adoptée au Brésil à l'âge de 5 mois ; Emmanuel, 23 ans, adopté au Brésil à l'âge de 4 ans ; Hugo, leur fils biologique, 22 ans ; Zoé, 19 ans, adoptée en Ethiopie à l'âge de 6 ans ; et Bahia, 16 ans, adoptée aussi en Ethiopie à l'âge de 7 ans. Et lorsqu'ils ont lu dans la presse l'appel du conseil départemental pour accueillir un jeune mineur isolé, se porter volontaire était une évidence. Ils ont posé la question à leurs enfants, qui ont immédiatement dit "oui". "On peut se sentir un peu aidés nous aussi, puisque nous avons été adoptés, confie Zoé. C'est un peu une chance qu'on a eu. Pourquoi pas aider les autres tant qu'on peut ?"

Les règles de la vie de famille

Oumar, 16 ans, a donc débarqué dans leur vie, à Ancenis, en février 2016, après quatre mois passés dans un hôtel de Nantes. "Depuis que je suis arrivé ici, chaque soir, je fais mes devoirs. Quand j'étais à l'hôtel, je ne faisais rien. Quand je rentrais à l'hôtel, j'étais trop fatigué et je ne révisais pas parce que je n'avais personne pour m'aider", explique l'adolescent. Chez les Suteau, Oumar vit une vie de famille "normale", avec ses règles. "Pour moi, il intègre la famille, confie Nadège. Sur les bons comme sur les mauvais côtés. Des fois il faut dire non, ça tu ne peux pas faire ; ou alors approuver et encourager, comme là lorsque je vois les progrès qu'il a fait en français."

Oumar revient de loin. Il a mis quatre mois à arriver en la France et il n'aime pas le raconter. Parti de Guinée, il a pris un car pour le Mali. Alors qu'il tentait de rejoindre l'Algérie, il a été arrêté par des djihadistes, dépouillé de son argent et retenu prisonnier. Libéré après plusieurs jours, il a marché dans le désert pendant plusieurs semaines pour rejoindre l'Algérie. Il a fait des petits boulots pour aller au Maroc. Le gouvernement marocain lui a donné de l'argent et il a pris un bateau pour l'Espagne. Sur ce bateau, "il a vécu ce que bon nombre de réfugiés vivent, raconte Stéphane. Il a eu la chance de s'en tirer, malheureusement, beaucoup de ses amis qui étaient sur ce bateau sont morts durant la traversée". Il a rejoint ensuite Barcelone, puis il a pris un train pour Paris, puis un autre pour Nantes. Depuis le départ, Oumar voulait rejoindre Nantes.

Devenir chaudronnier

Pris en charge par le conseil départemental de Loire-Atlantique, il a ensuite été confié aux Suteau, qui reçoivent aussi une aide du département. Les Suteau hébergent Oumar, et l'accompagnent dans sa scolarité et son orientation professionnelle. Mais la situation administrative d'Oumar n'est toujours pas réglée, et il n'a pas de titre de séjour, ce qui complique la suite de ses études. Après une année passée dans une classe allophone, pour des jeunes qui ne parlent pas le français, il souhaite aujourd'hui apprendre le métier de chaudronnier.

Oumar aimerait faire un apprentissage. Les Suteau l'ont donc inscrit dans un Centre de formation d'apprentis (CFA), mais son inscription ne sera validée que s'il trouve un employeur chez qui faire cet apprentissage. "On a écrit une vingtaine de lettres aux employeurs, raconte Stéphane, et on a reçu cinq réponses négatives." Si Oumar ne trouve pas d'employeur, il ira dans un lycée professionnel à Angers pour apprendre le métier.

A sa majorité, en février 2018, l'aide du conseil départemental s'arrêtera, ce qui inquiète un peu l'enfant. Mais les Suteau ont promis de continuer à l'accompagner.

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