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Société

Chocolatine ou pain au chocolat ? Un Atlas recense les facéties du français de nos régions

lundi 23 octobre 2017 à 16:55 Par Julien Baldacchino, France Bleu

Le linguiste Mathieu Avanzi a publié ce 18 octobre un "Atlas du français de nos régions", collection de cartes qui transcrivent les particularités linguistiques de la France, de la Belgique et de la Suisse, où l'on découvre que les mots de notre langue ont leur zone de prononciation bien à elles.

Et vous, comment appelez-vous cette viennoiserie ?
Et vous, comment appelez-vous cette viennoiserie ? © Radio France - JB

Quel nom donnez-vous à cet objet qui vous sert à transporter vos courses ? Si vous vivez à Paris, c'est évidemment un "sac". Si vous êtes de Marseille ce sera plutôt un "sachet". A Toulouse ce sera une "poche", un "pochon" à Rennes, et même un "cornet" dans une partie de l'est de la France. La question se pose aussi pour la serpillère qui devient une "cinse" dans le Poitou et une "loque" dans les Ardennes. Sans parler du fameux conflit qui divise la France depuis des années : pain au chocolat ou chocolatine ?

Plus de 50.000 participants aux questionnaires

Dans "l'Atlas du français de nos régions", paru la semaine dernière aux éditions Armand Colin, le linguiste Mathieu Avanzi s'attaque à un exercice périlleux : cartographier ces mots, ces expressions, qui ne sont pas les mêmes partout. Auteur d'un blog dédié au français des régions, ce spécialiste des parlers régionaux a collecté les données issues de questionnaires en ligne, auxquels ont répondu plus de 50.000 personnes, pour dresser un portrait linguistique de la France, qui réserve parfois des surprises !

POUR ALLER PLUS LOIN : Participez vous aussi aux enquêtes linguistiques de Mathieu Avanzi

Présenté sous la forme de cartes (dont certaines ont beaucoup circulé sur Internet ces derniers jours), le livre examine aussi la prononciation des mots selon la zone géographique, en incluant la Suisse et la Belgique. A l'occasion de la sortie de ce livre, Francebleu.fr a sorti son crayon à papier (ou crayon de papier, ou crayon gris, ou crayon de bois, c'est selon) et posé quelques questions à Mathieu Avanzi.

L'interview

Comment est né ce livre ?

J'anime depuis plusieurs années sur Internet le blog "Français de nos régions", sur lequel plusieurs enquêtes sont disponibles. Les internautes peuvent y participer librement. Nous avons commencé à poster, sur ce blog, des cartes pour retranscrire les résultats de ces enquêtes, pour les personnes qui y avaient participé, car ce sont des questionnaires assez longs, d'une quarantaine de questions. Au bout de quelques mois, nous en avions accumulé assez pour monter le projet d'en faire un livre.

Un des exemples les plus représentatifs, c'est le fameux "pain ou chocolat ou chocolatine"… et en fait, on se rend compte en vous lisant qu'il y a même d'autres façons de le dire.

Exactement. L'opposition binaire "chocolatine / pain au chocolat", ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Il y a la version "petit pain" qui est déclarée surtout dans l'est de la France. En Belgique, on appelle ça une "couque". Et si vous allez en Lorraine, on appelle ça "croissant au chocolat".

D'autres mots ont encore plus de variétés, comme la serpillère (wassingue, peille, etc.). Pourquoi certains mots s'étendent-ils à toute une partie du pays alors que d'autres restent confinés à quelques villes ?

Il y a plusieurs explications possibles. Il peut y avoir des raisons historiques : certaines grandes villes, comme Lyon ou Marseille, imposaient leur variante aux villes alentour, ce qui fait qu'elles se diffusaient plus. L'influence de Paris a fait apparaître des termes "standard", et a donc réduit le territoire de certains mots. Il faut aussi regarder, au cas par cas, le rôle qu'ont pu avoir l'école, ou les instituteurs, dans l'adoption de telle ou telle prononciation.

Comment apparaissent ces mots, très différents d'une zone à l'autre ?

Certains mots sont issus des dialectes qu'on parlait avant, voire que certains parlent encore dans le sud ou en Alsace. D'autres sont des innovations propres au français régional, qui viennent d'un argot. D'autres enfin sont des mots que l'on avait en Français jadis, qui sont sortis de l'usage à Paris et en Île-de-France. C'est le cas de septante et nonante, qui étaient à l'époque beaucoup plus étendus qu'aujourd'hui.

Avez-vous découvert des mots dont vous ignoriez l'existence, en préparant ce livre ?

Je connaissais la plupart des mots qui sont dans l'ouvrage ; en revanche ce que j'ai découvert, c'est que certains mots avaient une diffusion géographique très restreinte : pour les crayons par exemple, on a tous un jour entendu quelqu'un parler quelqu'un d'un crayon de bois ou d'un crayon gris. Ces façons-là de le dire sont très localisées : on a des aires différentes pour ces mots.

On retrouve parfois un même mot ou une même prononciation dans deux zones différentes : c'est parfois une aire compacte qui a été coupée en deux par la poussée d'une autre prononciation.

Peut-on craindre aujourd'hui une disparition de ces mots ?

On annonce la fin des mots régionaux depuis des décennies. Mais ce que l'ouvrage montre, c'est que beaucoup de mots ont encore une vivacité très forte. Il y a forcément des mots qui disparaissent, comme les noms d'animaux. Mais d'autres survivent, parfois grâce à leur médiatisation, comme "dégun" qui a été employé par Emmanuel Macron pendant sa campagne, ou parfois parce qu'ils ont des fonctions que le français standard ne permet pas de donner. Par exemple, il n'existe pas de mot pour dire aussi simplement "être nareux", ce qui signifie qu'on n'aime pas boire ou manger dans le même verre ou la même assiette que quelqu'un d'autre.

Les mots répandus en Belgique ou en Suisse ne sont pas non plus voués à disparaître. Un cas particulier, c'est celui de "dîner" qui se maintient dans ces zones pour parler du repas de midi. Aujourd'hui, on "déjeune" à midi et on "dîne" le soir dans la plupart des régions de France, alors qu'en Belgique on "dîne" le midi et on "soupe" le soir. Cette utilisation-là ne subsiste plus que dans certaines zones de France. Ca peut causer des problèmes, si on vous invite à dîner !

Avez-vous prévu d'étendre votre étude aux outremers, ou au Québec ou à l'Afrique francophone ?

Nous travaillons sur des enquêtes concernant la province du Québec, et celles qui l'entourent, au Canada. Nous essayons aussi de cartographier le français des Antilles.