Société

Cinq questions pour comprendre ce qu'est Telegram, l'application utilisée par des djihadistes

Par Julien Baldacchino et Julien Pasqualini, France Bleu mercredi 10 août 2016 à 11:47

Telegram est disponible gratuitement sur tous les smartphones
Telegram est disponible gratuitement sur tous les smartphones © Maxppp -

Les dernières mises en examen en lien avec le terrorisme en France ont point commun : Telegram, une application mobile qui permet aux djihadistes de communiquer discrètement. Mais qu'est-ce que cette application ? Décryptage avec Guilhem Fouetillou, spécialiste des nouvelles technologies.

L'arrestation ce week-end d'une adolescente de 16 ans qui se disait prête à commettre un attentat en France a été permise entre autres par l'interception de ses messages sur une application peu connue en France, nommée Telegram. Un nom que l'on retrouve dans l'affaire de l'attaque d'une église à Saint-Etienne-du-Rouvray : les deux terroristes, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, avaient fait connaissance et planifié leur acte via cette même messagerie.

Comment fonctionne cette application ? Comment la surveiller ? Décryptage de ce qu'est Telegram avec Guilhem Fouetillou, spécialiste des nouvelles technologies et enseignant à Sciences Po.

"Il y a plus de 100 millions d'utilisateurs de Telegram, mais pas 100 millions de djihadistes !"

Comment fonctionne cette application peu connue, Telegram ?

Effectivement elle n’est pas très connue. Mais le fonctionnement est très proche des messageries que l’on a l’habitude d’utiliser, que ce soit WhatsApp ou Facebook Messenger. Il s’agit tout simplement d’une application de messagerie instantanée, une sorte de SMS « augmenté ».

Pourquoi a-t-elle ce succès auprès des djihadistes ?

En réalité ce succès ne se limite pas qu’aux djihadistes : l’application a un grand succès auprès de tous ceux qui veulent assurer l’anonymat et le cryptage des informations qu’ils transfèrent. Elle est connue pour sa capacité à préserver la sécurité des données. L’une des fonctionnalités est particulièrement appréciée : la possibilité d’envoyer un message qui ne passe par aucun serveur et qui disparaît définitivement du smartphone de l’expéditeur et du destinataire peu de temps après l’envoi. Ce qui permet d’avoir des conversations parfaitement anonymes entre deux personnes.

Les services de renseignement n’ont aucun moyen de décrypter ces messages ?

Dans le domaine numérique, tout ce qui est crypté peut être décrypté. Mais l’une des particularités de Telegram, mise en avant par son créateur, c’est d’être l’une des applications les mieux sécurisées qui soient.

Comment pourrait-on mieux contrôler cette messagerie ?

Le problème si on mettait en place un contrôle de ces applications, c’est que n’importe qui pourrait être contrôlé comme un terroriste en puissance. Si vous commencez à contrôler cette application, il faut vous attendre à ce que tous vos messages téléphoniques, tous vos SMS, soient surveillés. Or, s’il y a plus de 100 millions d’utilisateurs de Telegram, vous pensez bien qu’il n’y a pas 100 millions de terroristes ! La plupart des gens qui utilisent Telegram sont des gens qui apprécient simplement cette application.

"Ce qui compte, c'est l'attention des citoyens"

Il existe en revanche la possibilité pour les personnes qui reçoivent des messages problématiques ou suspects de faire des signalements. Et sur ce point-là, la loi a été améliorée depuis deux ou trois ans. Ce qui compte, c’est l’attention des citoyens. Lorsqu’on voit des contenus problématiques sur Facebook, on les signale. Il faut faire de même sur Telegram.

Que peuvent donc faire les services de renseignement face à ce type d’applications ?

Ils peuvent jouer la carte de l’infiltration. Pour éviter une surveillance généralisée, ces services savent se glisser dans des groupes de personnes, dans des conversations, comme on le fait dans les réseaux traditionnels, dans les mosquées ou les prisons où il y a des recruteurs par exemple.

Guilhem Fouetillou, spécialiste des nouvelles technologies