Société

Clichy-sous-Bois : "Dix ans encore avant que ce ne soit une ville normale"

Par Faustine Calmel, France Bleu Paris et France Bleu lundi 26 octobre 2015 à 9:53

Vue d'ensemble du Chêne Pointu
Vue d'ensemble du Chêne Pointu © Maxppp - Arnaud Dumontier

Il y a 10 ans, Clichy-sous-Bois s'embrasait après la mort de deux adolescents, Zyed et Bouna, électrocutés dans un transformateur électrique après avoir fui la police. Dix ans après, la ville s'est transformée mais il y a encore, selon les élus et les habitants, "beaucoup de choses à faire".

Depuis la mort de Zyed et Bouna et les émeutes qui ont suivi, la ville de Clichy-sous-Bois a hérité du statut, lourd à porter, de ville symbole. Symbole des communes déshéritées, enclavées mais aussi symbole des efforts de l’État pour transformer la ville et ses 30.000 habitants. Et c'est indéniable, beaucoup a été fait dans cette commune qui a  bénéficié du plus ambitieux programme de rénovation urbaine jamais réalisé en France avec 670 millions d'euros investis dans le quartier du Haut-Clichy.

De nouveaux immeubles ont remplacé les tours dans le Haut Clichy - Radio France
De nouveaux immeubles ont remplacé les tours dans le Haut Clichy © Radio France - Faustine Calmel

Des immeubles entiers ont été abattus et reconstruits, une piscine et un groupe scolaire viennent d'être inaugurés.  Cette nouvelle école, qui porte le nom  de Claude Dilain, l'ancien maire de la ville récemment décédé, est située dans le Haut Clichy, un quartier en pleine rénovation urbaine où les tours ont cédé la place à des immeubles de taille plus modeste.  Un commissariat commun avec la ville voisine de Montfermeil a également été ouvert à Clichy.

Mais ces avancées ne suffisent pas à transformer totalement le quotidien des habitants. La ville souffre toujours de son enclavement et le tramway promis n'arrivera pas avant 2018. Les habitants, qui sont 46 % à prendre les transports en commun pour se rendre au travail, enchaînent toujours de longues heures de transport.

Plus d'une heure pour aller à Paris à seulement... 17 kilomètres de Clichy

L'ouverture d'une agence Pôle Emploi il  y a un an et demi ne signifie pas non plus que les offres d'emploi se bousculent. Le taux de chômage atteint 24,3 % et la ville compte 3.000 demandeurs d'emploi. 

"C'est pas bien vu de dire qu'on vient de Clichy quand on cherche un emploi"

La rénovation urbaine n'a pas non plus profité à toute la ville.  A commencer par le Chêne Pointu, immense ensemble de copropriété dégradé, où vivent 6.000 personnes dans 1.500 appartements et où prospèrent les marchands de sommeil.  Une convention avec l’État a été signée en juillet pour rénover ce parc de logements privés mais cela prendra du temps reconnaît l'adjointe au maire en charge de l'habitat privé : "Au moins 10 ans avant que l'on puisse vivre dans une ville normale".

"Dix ans encore avant que ce ne soit une ville normale"

Les dix ans des émeutes ont en tout cas eu un point positif. Certains projets ont subi ces derniers temps un coup d’accélérateur. C'est le cas de la "villa Médicis" à Clichy. Ce projet de résidence d'artistes, longtemps au point mort, a été relancé cet été par la ministre de la Culture. Fleur Pellerin a annoncé que la résidence pourrait voir le jour entre 2018 et 2020 pour monter en puissance jusqu'en 2023, date à laquelle doit être inaugurée la nouvelle gare du Grand Paris qui doit dynamiser ce quartier. Mais 2023, ce n'est pas avant... huit ans.