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Société

Comment maintenir les services publics dans les campagnes du Pays Basque ?

lundi 23 avril 2018 à 5:25 Par Théo Hetsch, France Bleu Pays Basque

Comment maintenir les services publics en zones rurales ? C'est le dossier France Bleu Pays Basque ce lundi, alors que les manifestations se multiplient pour la défense du service public. Une manifestation avait lieu jeudi dernier, une autre est prévue dans 10 jours, le 5 mai prochain.

Ispoure a perdu fin 2017 son service de chirurgie ambulatoire. Un peu plus loin, à Baïgorry, le guichet des finances publiques devrait fermer. Les petites communes se sentent abandonnées
Ispoure a perdu fin 2017 son service de chirurgie ambulatoire. Un peu plus loin, à Baïgorry, le guichet des finances publiques devrait fermer. Les petites communes se sentent abandonnées © Radio France - Théo Hetsch

Pays Basque, France

Bureaux de poste, hôpitaux, finances publiques... Les communes rurales perdent peu à peu leurs services publics. Par exemple à Ispoure, l'Agence régionale de santé et la clinique Luro ont décidé de fermer en décembre dernier le service de chirurgie ambulatoire.

La goutte d'eau de trop pour le maire de la commune, située près de Saint-Jean-Pied-de-Port, Claude Barets : "ça concerne autant la fondation Luro que le service fiscal ou l'école, où l'on arrive pas à créer de classe alors que les effectifs le permettraient, soupire le maire, on se sent un peu délaissés par ici".

Même inquiétude en Soule, où la commune de Saint-Engrâce pourrait voir fermer son école primaire. Les élèves devraient rejoindre le RPI (regroupement pédagogique intercommunal) de Licq-Laguinge.

Quand des opérateurs privés surfent sur la baisse des services publics

L'une des réponses avancées par l'Etat face à la fermeture des guichets porte sur le numérique. Tout est disponible en ligne et bientôt, plus qu'en ligne. Pôle emploi, la CAF, l'assurance maladie ou encore les demandes de carte d'identité : de plus en plus de démarches ne sont plus possibles au guichet et se font uniquement sur internet.

C'est le cas, depuis novembre dernier, des cartes grises. Et cela fait les affaires d'entreprises privées, comme la société "Service cartes grises". Elle a ouvert un bureau à Saint-Jean-de-Luz depuis 2012 et voit, depuis novembre, le nombre de ses clients augmenter. Comme Valérie, qui vient acheter une carte grise pour un scooter : "chez moi, j'ai une très mauvaise connexion internet, je fonctionne sur un tout petit portable qui est cassé, c'est très compliqué de faire ça en ligne". 20 à 25 euros pour une carte grise, 15 euros pour un changement de domicile, sans compter le prix de la carte elle-même, c'est le prix à payer lorsqu'on ne peut remplir soi-même le dossier en ligne.

La société a commencé ses activités en 2009, mais voit le nombre de ses clients affluer depuis octobre dernier et la fermeture des guichets en Préfecture. - Radio France
La société a commencé ses activités en 2009, mais voit le nombre de ses clients affluer depuis octobre dernier et la fermeture des guichets en Préfecture. © Radio France - Théo Hetsch

30 à 50 cartes grises sont faites là chaque jour. Le patron, Jean-Luc Korrichi : "_on a tous les déçus d'internet_, tous ceux qui ont eu des bugs ou qui sont tombés sur des sites malveillants, explique-t-il, on peut enfin leur faire leurs cartes grises". Et ça marche tellement bien qu'il s'apprête à ouvrir une nouvelle boutique à Bayonne.

450 à 500 réclamations adressées au défenseur des droits

Il y a 10 jours, le défenseur des droits, Jacques Toubon, a alerté sur la numérisation croissante des services publics. "Dans la dématérialisation, il y a quelque chose qui n'est pas accessible pour une partie des gens, rappelle-t-il, en particulier les plus vulnérables touchées par la fracture numérique".

Dans les Pyrénées-Atlantiques, trois déléguées du défenseur des droits sont là pour aider les usagers dans leur litiges avec les administrations. Et ils sont assaillis : "en moyenne, on reçoit 450 à 500 réclamations pour des problèmes d'accès aux services publics" explique Frantz Neblai, délégué à Pau.

Comment maintenir un hôpital dans une ville de 1 800 habitants ?

C'est le dilemme posé à l'établissement de Saint-Palais. Il a été créé il y a cinq ans, suite à la fermeture d'une clinique privée. Et depuis, mutualisé avec le centre hospitalier de Bayonne, il se porte plutôt bien : nombre d'intervention en hausse (20 500 journées d'hospitalisations en 2017), comptes dans le vert, etc...  La directrice de l'hôpital, Stéphanie Cohort : "on a la possibilité de faire des recrutements médicaux alors que c'est compliqué partout et ce, grâce aux postes partagés avec l'hôpital de Bayonne".

"Le nombre d'accouchements augmente également" - Stéphanie Cohort, la directrice de l'hôpital.

Le centre dispose aujourd'hui de 25 médecins salariés, de 36 médecins partagés avec Bayonne, de 17 médecins libéraux et de cinq internes. Une équipe fournie grâce aux mutualisations de moyens. Mais cela n'est pas sans douleur : la CGT dénonçait vendredi dernier des conditions de travail de plus en plus compliquées.

Les maisons de service au public : une des solutions ?

C'est peut-être une des solutions pour maintenir les guichets dans les communes rurales : les regrouper dans des maisons de services au public. Il y en a près de mille sur toute la France, 4 au Pays Basque. La moitié se trouve dans des bureaux de postes, aménagés pour l'occasion, et donc, maintenus eux aussi. C'est le cas, par exemple, à Saint-Etienne-de-Baïgorry, où une MSAP a ouvert en octobre 2016.

Il existe un millier de MSAP en France, dont quatre au pays basque. La moitié se trouve dans des bureaux de poste. - Radio France
Il existe un millier de MSAP en France, dont quatre au pays basque. La moitié se trouve dans des bureaux de poste. © Radio France - Théo Hetsch

De l'extérieur, c'est un bureau de poste tout ce qu'il y a de plus classique. Mais sur la porte, d'autres logos côtoient celui de la poste : pôle emploi, la CAF, l'assurance maladie ou encore la Carsat : tous sous un même toit. A l'intérieur, Pierre Etcheverry, le postier accompagne les personnes sur l'ordinateur à disposition. "Souvent, ils n'ont même pas d'adresse mail, raconte-t-il, il faut donc commencer par cela".

Des personnes âgées viennent le voir, mais pas seulement : "des jeunes aussi, qui ont internet, mais pas forcément la possibilité de scanner les documents". Des gens de tout le secteur, comme Etiennette, d'Irouléguy. Elle a des soucis avec son dossier de retraite : "j'ai oublié d'envoyer deux fiches de paie dans mon dossier, je viens voir comment régulariser la chose" explique-t-elle.

Pôle emploi, la CAF, l'assurance maladie ou la Carsat : tous sont disponibles ici, sur un ordinateur et avec un conseiller si besoin. - Radio France
Pôle emploi, la CAF, l'assurance maladie ou la Carsat : tous sont disponibles ici, sur un ordinateur et avec un conseiller si besoin. © Radio France - Théo Hetsch

Pierre a été formé pour toutes ces démarches. Un partenariat gagnant pour la Poste : les administrations la rémunère pour ces services, qui attirent du monde. Plus d'une dizaine par jours ici. "Sans cette MSAP, les horaires du bureau de Baïgorry auraient sans doute été réduits aujourd'hui", avoue Eric Rasquin, le directeur de secteur du réseau La Poste. Trois autres Maisons de services au public existent sur le territoire, à Espelette, Tardets et Mauléon.