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Société

Comment prévenir le mal-être des forces de l'ordre ? Réflexion au sein de la police des Alpes-Maritimes

mardi 12 décembre 2017 à 12:35 Par Marion Chantreau, France Bleu Azur

Le ministre de l'Intérieur réclame une évaluation des mesures mises en oeuvre pour prévenir le suicide chez les forces de l'ordre. Dans les Alpes-Maritimes, des cellules de veille, des psychologues, des médecins sont chargés de venir en aide aux policiers. Le dispositif est-il suffisant ?

illustration police nationale
illustration police nationale © Maxppp - .

On s'oriente vers une année noire dans la police et la gendarmerie. Depuis début 2017, au niveau national, le nombre de suicides de forces de l'ordre est déjà supérieur à la moyenne. On recense 63 suicides : 47 chez les policiers, 16 chez les gendarmes. Un phénomène sur-représenté dans ces professions. Le ministre de l'intérieur, Gérard Collomb, réclame une évaluation des mesures mises en oeuvre pour prévenir le suicide chez les forces de l'ordre. 

Que fait-on dans les Alpes-Maritimes pour aider les policiers en détresse ?

Confrontation à la mort, fatigue, pressions...

Selon le syndicat de Police nationale Alliance, on recense quinze suicides de policiers en 10 ans dans les Alpes-Maritimes, deux depuis le début de cette année. S'il est difficile de distinguer les causes, d'ordre privées ou professionnelles, lorsqu'un policier met fin à ses jours,  la difficulté de son métier ne peut être occultée.

Karine Jouglas est secrétaire adjointe d'Alliance 06, membre du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), elle explique que les policiers sont confrontés régulièrement à "des situations traumatisantes, dramatiques, et des transferts peuvent être faits, parfois les missions s’enchaînent sans que le recul nécessaire ne puisse être pris, mais un policier reste un être humain". La fatigue liée aux horaires, la confrontation régulièrement à la mort et à la violence, le manque de moyens, peuvent être autant de facteurs aggravants le mal-être d'un policier. Olivier Oudin, commandant de Police en PACA, membre du syndicat des cadres de la sécurité intérieure, témoigne : " certains n'y arrivent plus, ne se sentent plus écoutés, et il est plus facile de passer à l'acte dans une profession où l'on possède une arme. Un suicide, c'est un cri de détresse qui arrive trop tard."

Renforcer la prévention, la détection d'un mal-être

D'où l'importance de détecter les signes avant-coureurs et pour les syndicats de s'attaquer aux racines du mal, de recréer du lien dans les services, de dépasser les corporatismes, d'améliorer les conditions de travail. Pour Karine Jouglas, ce n'est pas le port d'arme le fond du problème : "tous les policiers ne passent à pas à l'acte avec leur arme de service." Selon elle, il faut "remettre les souffrances des policiers au cœur de la réflexion, sans prendre de simples mesures d'affichage." 

Suite à l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, elle pointe du doigt le fait que des traumatismes, des blessures psychologiques n'aient pas encore été soignés : "des policiers qui l'avaient demandé ont été mutés, mais dans leurs nouvelles affectations en dehors de la région, ils ne sont pas forcément pris en charge, médicalement ou psychologiquement après ce qu'ils ont vécu."

Les médecins de prévention, statutaire, psychologues, assistantes sociales, sont autant de personnes ressources qui sont aujourd'hui davantage sollicitées. Patrick Mairesse, le directeur départemental de la sécurité publique, observe une évolution : "pendant de longues années, le psychologue œuvrant auprès des policiers dans les Alpes Maritimes était seul pour couvrir trois départements. Depuis un an, ils sont 2 rien que pour la Côte d'Azur". Chaque agent qui sort de l'école de police est renseigné sur les dispositifs de prévention. Depuis 1996, il existe des psychologues mis au service de la police pour les aider, les orienter. "Quand un fonctionnaire se sent fragiliser, il peut voir le psychologue, un collègue peut lui conseiller d'y aller.  La confidentialité des échanges est entièrement garantie et c'est essentiel ".

Des psychologues à l'écoute de tous les grades

Au niveau national, on compte 80 praticiens, soit un psychologue pour 1800 agents. Jean-Marc Sasso, est psychologue auprès des policiers dans les Alpes Maritimes depuis 1999 et rencontre environ 60 fonctionnaires par mois : "_on répond à la prise en charge des agents suite à un événement traumatique lié à sa vie professionnelle ou personnelle_. On propose un travail thérapeutique de court ou moyen terme, mais ce n'est en aucun cas une psychothérapie qui est entamé avec le policier. Il peut, par ailleurs, faire ce travail, en dehors." De l'agent de voie publique au commandant de brigade, du brigadier, à l'officier ou au commissaire, depuis 4 à 5 ans, les risques psycho-sociaux concernent tous les grades : "les officiers, commissaires, nous font part eux aussi de difficultés, de pressions, de malaises liés à l'image de la fonction. Tous les grades, tous les corps de la police peuvent être amenés à venir nous consulter pour diverses raisons." Même si des policiers ont encore parfois du mal à avouer leur fragilité, leur malaise.