Société

Romillé : des médecins défient l'Assurance Maladie

Par Camille Revel, France Bleu Armorique dimanche 16 octobre 2016 à 16:23

Le Dr Victor Lecué fait partie des cinq médecins "frondeurs" de Romillé qui facturent la consultation à 25 euros.
Le Dr Victor Lecué fait partie des cinq médecins "frondeurs" de Romillé qui facturent la consultation à 25 euros. © Radio France - Camille Revel

Les cinq médecins généralistes de la maison médicale de Romillé, en Ille-et-Vilaine, fixent depuis le début de l'année le tarif de la consultation à 25 euros. La CPAM dénonce une pratique qui met en danger le système de santé, les praticiens l'accusent de menaces.

Ils sont cinq en tout. Cinq médecins généralistes installés dans la maison médicale de Romillé, en Ille-et-Vilaine. En janvier 2016, ils ont décidé de suivre un mouvement de "Désobéissance tarifaire" - alors qu'un accord conclu entre les médecins et l'Assurance maladie, mais boudé par plusieurs syndicats prévoit le passage de 23 à 25 euros du tarif de la consultation en mai 2017. Alors que "la consultation est bloquée à 23 euros depuis 2011", ça ne passe pas pour ces généralistes, explique l'un d'entre eux, le Dr Victor Lecué. Ils demandent donc - "ce complément d'honoraires, qui n'est pas appliqué aux patients en difficulté économique", précise le médecin. Selon lui, "92% des mutuelles remboursent les 2 euros supplémentaires".

Cette désobéissance part aussi d'un ras-le-bol dit-il : "On en a marre d'être considéré comme les méchants. On aime notre métier, les patients ont besoin de nous, on ne compte pas nos heures, mais les caisses d'Assurance Maladie nous accusent de tout - alors que les médecins généralistes font partie des moins bien rémunérés en Europe. Nous craignons une désertification médicale, et un désastre sanitaire."

"92% des complémentaires prennent en charge le dépassement de 2 euros" - Dr Victor Lecué

Mais pour la CPAM, cela doit cesser : la directrice de la caisse d'Ille-et-Vilaine, Claudine Quéric, explique : "Ce n'est pas régulier, ce n'est pas normal, et c'est même dangereux. On commence comme ça, et si les institutions laissent faire, on met en risque le système de santé dans sa globalité. Deux euros, ça peut paraître insignifiant, mais c'est un premier pas pour un dépassement tarifaire. Le respect des accords est fondamental pour la survie du système, sinon, chacun fait comme il veut, la population qui revendique un égal accès aux soins pour tous n'a plus satisfaction."

"Si les institutions laissent faire, on met à risque le système de santé dans sa globalité" - Claudine Quéric, CPAM 35

En avril dernier, elle s'est donc rendue sur place pour rencontrer les médecins, mais certainement précise-t-elle " pas pour les menacer : je ne me suis pas placée dans cette situation de cette nature-là : je suis venue pour échanger, dialoguer avec eux, faire aussi les rappels qui sont de mon devoir, de faire, peut-être aussi les aider à resituer le sens à donner à une action de cette nature là en terme d'avenir pour le système de santé, mais une menace, jamais". Les praticiens, eux, dénoncent une visite ayant pour but de "les intimider, leur demander de cesser sous peine de sanctions"'.

La maire UDI de Romillé, Marie-Hélène Daucé, a elle aussi reçu en septembre dernier un coup de fil de la directrice de la CPAM : "Elle m'a dit "en tant qu'élue, vous êtes là pour faire appliquer la loi", qu'elle allait alerter les médias. Je crois que mes médecins sont assez grands, je n'ai pas à m'immiscer dans leurs décisions. Les habitants comme moi-même tenons énormément à nos médecins, et nous tenons à les garder." Pour les généralistes, c'est "une intervention totalement incompréhensible, voire inadmissible" envers l'élue.

Les médecins de la maison médicale de Romillé invitent patients et médias à venir les rencontrer sur leur lieu de travail ce mardi 18 octobre à 19h30.

Cinq médecins de Romillé défient l'Assurance Maladie

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