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Dossier : Coronavirus

Coronavirus : la France peut-elle relever le défi de l’ouverture des lits en réanimation ?

- Mis à jour le -
Par , France Bleu

Pour faire face à l'afflux de malades atteints du coronavirus, le gouvernement s'est fixé pour objectif de multiplier par trois le nombre de lits de réanimation dans le pays. Cet objectif est-il réalisable ? Et à quel prix ? France Bleu fait le point.

Personnel hospitalier du service réanimation accueillant des malades du Covid-19 à Saint Etienne, le 2 avril 2020
Personnel hospitalier du service réanimation accueillant des malades du Covid-19 à Saint Etienne, le 2 avril 2020 © Maxppp - Rémy PERRIN/ PHOTOPQR/LE PROGRES

De l'Ile-de-France vers la Bretagne et du Grand Est vers l'Occitanie, les évacuations de malades se poursuivent pour soulager les hôpitaux surchargés de malades du coronavirus. Dans le Grand Est notamment, les capacités initiales en lits de réanimation ont été multipliées par trois depuis le début de l'épidémie et atteignent aujourd'hui 1.150 places. Mais sans les nombreux transferts de patients organisés quotidiennement, tous les malades ayant besoin d'assistance respiratoire ne pourraient pas être pris en charge a expliqué mardi le directeur général de l'Agence régionale de santé (ARS), Christophe Lannelongue.

Depuis le début de la pandémie pourtant, les hôpitaux, les cliniques privées et les établissements de soins à but non lucratif se sont réorganisés pour accroitre leurs moyens en réanimation, cruciaux pour soigner les cas les plus graves. Des milliers de lits ont été libérés et transformés pour accueillir les malades. 

Inégalités territoriales

Un défi humain et logistique. En temps normal, "la France compte 5.000 lits en réanimation" public et privé confondus, a rappelé mercredi le ministre de la Santé Olivier Véran faisant référence aux statistiques officielles. Comme l'illustrent les cartes réalisées par franceinfo ou encore le Guide Santé*,  ces équipements sont inégalement répartis sur le territoire. Seuls 29 des 95 départements de la  métropole disposent par exemple de services de réanimation autorisés dans le secteur privé (lucratif et non-lucratif) révèle l'enquête du Guide Santé. La Bretagne, les Pays de la Loire, la région Centre-Val de Loire sont particulièrement mal loties.

© Le Guide Santé
© Le Guide Santé

"C'est aussi dans ces départements que les services de réanimation des CHU sont les moins dotés" selon le Dr Jean-Pascal Del Bano, médecin et auteur de l'enquête. Cette "crise sanitaire sans précédent montre la nécessité de repenser et d'accroître les capacités sur une large partie du territoire, dans le public comme dans le privé." 

14.000 lits de réanimation, un objectif réaliste ?

Pour faire face à la situation, le gouvernement a fixé un objectif "de l'ordre de 14.000 lits" sur tout le territoire national. "Le plan blanc a déjà permis d'augmenter nos capacités à 10.000 lits" a réaffirmé le ministre de la Santé lors de son audition devant la mission d'information de l'Assemblée nationale sur la gestion du coronavirus. Dans le secteur privé, 100.000 interventions chirurgicales non-urgentes ont été déprogrammées pour permettre de transformer près de 4.500 lits en un temps record. 

"Mais la réanimation ce n'est pas qu'un lit, rappelle le Dr Jean-Pascal Del Bano, cela nécessite à minima deux infirmières pour cinq patients, un médecin réanimateur, des aides-soignants, un appareil respiratoire par lits, une surveillance continue, des médicaments... tout cela est précisément défini dans le code de la santé publique, cela ne s'improvise pas." "Il y a six paramètres : s’il en manque un seul, c’est fini, confirmait Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée, dans un entretien au Monde mardi, s’il manque des pousse-seringues − c’est le cas à Paris − la réanimation s’arrête, pareil s’il manque des masques." 

Manque de personnel et de médicaments

Or les incertitudes sont nombreuses. Interviewé sur TF1 jeudi, le Premier ministre Edouard Philippe a reconnu des "tensions très fortes" sur certains médicaments utilisés en réanimation et en soins intensifs. 

Dans les zones en tension on manque également de personnel. En Ile-de-France, l’APHP a lancé un appel aux professionnels via la plateforme "RenfortsCovid" et une application de formation accélérée à la réanimation pour les infirmières. Mais "être infirmier en réa, c'est minimum trois mois de formation en temps normal",  insiste le Dr Del Bano. "Les soignants font des efforts considérables avec les moyens dont ils disposent, c'est le système D", regrette le co-fondateur du Guide Santé qui espère des investissements massifs des pouvoirs publics à l'issue de la crise. 

Une solidarité interrégionale est toutefois à l'oeuvre. A Lille, par exemple, une trentaine d'infirmiers et aides-soignants se sont portés volontaires pour soulager leurs collègues franciliens durant une semaine. "Ces infirmiers ne travaillent pas forcément en réanimation, a expliqué François Guth, directeur général du pôle lillois du groupe Ramsay à France Bleu Nord. Mais ils travaillent en blocs opératoires, en salle de réveil, en unités de soins intensifs cardiologiques ou chirurgicaux. Ils sont donc habitués à l'environnement de ces plateaux techniques."

"Tout le monde se plie en quatre, mais les conditions ne sont pas optimales

"Dans le privé comme dans le public, nous avons multiplié par deux nos capacités, en privilégiant la transformation d'unités où les personnels sont familiarisés avec les patients intubés et ventilés", confirme Christian-Michel Arnaud, président du Syndicat national des anesthésistes réanimateurs de France (SNARF). En temps normal cependant, ces services gèrent "des patients sur des durées courtes, deux à trois jours, et pas durant des semaines." "Tout le monde se plie en quatre, assure l'anesthésiste de 65 ans qui supplée actuellement un collègue parti prêter main-forte à Mulhouse, mais on est en situation de crise, même dans les services de réanimation l’afflux est tel que la prise en charge des patients ne peut être la même qu'en temps normal, on fait le maximum avec ce que l’on a, dans des conditions qui ne sont pas optimales."

* Carte réalisée avec les données de la dernière enquête SAE (Statistique annuelle des établissements de santé) datent de 2018. Après avoir sélectionné les 66 établissements de santé privé autorisés à pratiquer l'activité de réanimation en France, le Guide Santé a dénombré le nombre de lits autorisés pour cette activité ainsi que pour les activités de soins intensifs et de surveillance continue (qui co-existent souvent au sein d'une même structure).

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