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Dossier : Coronavirus

Coronavirus : le marché des médicaments face au risque de pénurie

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Par , France Bleu

Si les fabricants de médicaments se veulent rassurants, affirmant qu’il n’y a pas de risque de pénurie, des données européennes montrent que les tensions ont augmenté sur certains marchés ces dernières semaines. Certains principes actifs, fabriqués en Chine notamment, commencent à manquer.

Selon France Assos Santé, certains médicaments, dont le Plaquenil, sont en rupture de stock.
Selon France Assos Santé, certains médicaments, dont le Plaquenil, sont en rupture de stock. © Maxppp - Frédéric Vennarecci / APM

Officiellement tout va bien, comme l’expliquait le ministre de la Santé, Olivier Véran, devant le Sénat le 26 février, "il n’y a aucun problème de pénurie de médicaments". 

Le ministre aurait pu préciser : la situation n’est pas pire que d’habitude. Le marché des médicaments a connu une forte augmentation des pénuries ces dernières années. En France, le nombre de ruptures d’approvisionnement a été multiplié par 20 entre 2008 et 2018.

L’ANSM (agence nationale de sécurité du médicament) admet que ses équipes "sont mobilisées dans le contexte du coronavirus COVID-19 afin d'anticiper les potentielles tensions d'approvisionnement de médicaments qui pourraient survenir". Mais la consultation de sa base de données ne semble pas montrer d’augmentation du phénomène ces deux derniers mois. Pourtant, plusieurs experts que nous avons consultés doutent de l’actualisation des données de l’agence. "On sait par exemple qu’il y a des ruptures sur le Plaquenil, explique Yann Mazens, chez France Assos Santé, nous l’avons constaté sur le terrain, or quand vous le cherchez dans la base de l’ANSM, vous ne le trouvez pas." Bruno Bonnemain, lui note que les sédatifs dont les hôpitaux commencent à manquer ne figurent pas dans la liste. "C’est le problème des agences, renchérit Yann Mazens, elles sont toujours rassurantes, jusqu’à ce qu’on soit au pied du mur."

Si les bases de données de l’ANSM manquent parfois de transparence et d’actualisation, c’est moins le cas de certaines de ses homologues européennes. Celles que nous avons consultées montrent toutes une augmentation assez nette des déclarations de pénuries depuis le début du mois de février. En Belgique par exemple, la base Pharmastatut a soudainement grossi ces deux derniers mois. L’Agence fédérale des médicaments (AFMPS) a recensé plus de 370 déclarations pour février et mars, alors qu’elle en avait eu environ 560 pour la période s'étalant de novembre 2018 à fin janvier 2020. Contactée, l’AFMPS confirme que ses "experts observent une augmentation des indisponibilités de manière globale". L’agence précise que cette augmentation est partiellement due à un changement de réglementation qui oblige dorénavant les fabricants à déclarer leurs ruptures d’approvisionnement dans les trois jours sous peine de sanction. Mais elle n’exclut pas un "effet COVID-19".

Les autorités belges ne sont d’ailleurs pas les seules à observer cette hausse. En Autriche, la liste des pénuries a enregistré 59 nouvelles références sur février et mars, soit autant que sur toute l’année précédente. En Espagne, le nombre de déclarations a plus que doublé ces deux derniers mois. La France peut-elle échapper au phénomène ?

"Les médicaments sur lesquels il y a le plus de problèmes d’approvisionnements en temps normal sont les anticancéreux, les vaccins, et les antibiotiques", explique Bruno Bonnemain. Concernant les antibiotiques, l’un des plus courants d’entre eux, l’amoxicilline, concentre toutes les attentions. La France a déjà connu en 2013, une pénurie de ce médicament très utile pour de nombreuses pathologies. Dans un rapport publié en 2016, l’ANSM soulignait la dépendance des fabricants européens vis-à-vis de leurs fournisseurs indiens et chinois. Ces deux pays fabriquent 60 à 80% des principes actifs des médicaments prescrits en Europe. Or, ces dernières semaines, la désorganisation de l’économie chinoise due à l’épidémie de COVID-19, et la réaction indienne qui a consisté a fortement restreindre ses exportations de médicaments et de principes actifs font craindre de nouvelles tensions. "Nous nous attendons à de gros soucis, avec un effet retard, peut être vers le mois de mai, estime Yann Mazens. La conjonction des problèmes chinois et indiens pour ce qui est des substances actives, ajoutés au problèmes de fabrication dans certaines régions d’Europe comme l’Italie du Nord peut créer des pénuries."

Face à ce risque, connu depuis plusieurs années, Bruno Bonnemain de l’académie de pharmacie demande "l’établissement d’une liste de médicaments essentiels sur lesquels on ait une vraie visibilité sur les risques en terme d’approvisionnement. Actuellement, ça reste très difficile de suivre ça au jour le jour. Sur les 15.000 spécialités autorisées en France, seules 200 sont réellement indispensables. C’est sur celles-là qu’il faut se concentrer." Interrogés sur la possibilité de pénurie sur certains médicaments, samedi 28 mars lors de leur conférence de presse, le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la Santé, Olivier Véran ont admis qu’il y avait effectivement des "risques".  Soulignant que le problème était "mondial" Edouard Philippe concluait en expliquant qu’il avait "bon espoir que la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis seront capables de s’entendre avec la Chine et les autres pays qui sont capables de produire en masse ces produits dont nous avons besoin."

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