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Crack à Paris : "Dans mon boulot, personne ne se doute que je consomme ça"

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Par , France Bleu Paris, France Bleu

Le confinement rend encore plus visibles consommateurs et vendeurs de crack, dans le Nord-Est parisien. Alors que l'Unité de lutte contre les stupéfiants traque les transactions pour remonter le fil des réseaux, les consommateurs, des accidentés de la vie aux profils multiples, errent dans le métro.

75% des infractions de crack se produisent dans les XIXème, XVIIIème et Xème arrondissements parisiens.
75% des infractions de crack se produisent dans les XIXème, XVIIIème et Xème arrondissements parisiens. © Maxppp - Benoit HASSE

Dans les couloirs de la ligne 12, Anissa traîne tard le soir. Accro au crack depuis vingt-quatre ans, elle recherche à chaque dose l'expérience de la première fois. "La sensation de planer est hyper éphémère, ça va durer cinq secondes. On monte, on descend automatiquement, lâche-t-elle les yeux dans le vide. Quand je suis en manque, je suis prête à me gerber dessus, à me vomir dessus, malheureusement."

Pourtant, à 40 ans, Anissa travaille. Elle est esthéticienne à mi-temps. "Dans mon boulot, personne ne se doute que je consomme ça, personne !", assure-t-elle. Ses yeux pétillants ne laissent rien paraître. Mais ses mains abîmées, cachées dans son sweat à capuche, et ses dents, rongées par le crack, montrent quelques signes d'addiction. Car le crack ne touche pas que ceux déjà à la rue. Les profils des consommateurs sont variés. Des accidentés de la vie tombés dans l'addiction malgré eux.

C'est un gros budget donc je me prive, je ne mange pas.

Il suffit d'une première dose. Le crack, ce dérivé de la cocaïne à bas prix, est extrêmement addictif. "C'est un gros budget donc je me prive, je ne mange pas, confie Anissa, qui consomme une dizaine de doses chaque jour. Je paie la drogue avec des tickets resto offert par l'association qui m'héberge."

Des tickets restaurants pour payer les modous, ces vendeurs de cracks, qu'elle finit par haïr. "C'est plus des vendeurs, ce sont des secrétaires, des fourmis, s'énerve-t-elle, comme pour souligner l'organisation du réseau, qui n'a plus grand chose d'artisanal. Ils ne nous respectent pas. Je dirais que 80% des modous sont des violeurs refoulés et nous, les femmes, d'une manière ou d'une autre il faut qu'on paye."

Témoignage d'Anissa, accro au crack depuis 24 ans.

Avec le confinement, des vendeurs plus nombreux et plus visibles

Ces vendeurs se voient par dizaines dans le Nord-Est parisien : Place Stalingrad, dans les jardins d’Éole ou dans les stations de métro. 75% des infractions liées au crack à Paris ont lieu dans les XIXème, XVIIIème et Xème arrondissements. Avec la crise sanitaire, le trafic est devenu encore plus visible. Le parquet de Paris reçoit de nombreuses plaintes de riverains.

"Pendant le confinement, notre unité a été mobilisée pour vérifier les attestations dans les transports, on a laissé pendant plusieurs mois les stations Gare du Nord et Stalingrad sans effectif de police, explique Olivier, brigadier chef de l'Unité de lutte contre les stupéfiants, qui dépend de la Brigade des réseaux franciliens. Depuis septembre, on a vu une forte augmentation de vendeurs dans ces deux stations." L'absence de touristes a aussi forcé les vendeurs de Tour Eiffel à se rabattre sur le crack.

131 interpellations et 35 personnes écrouées ces six derniers mois

Créée officiellement en décembre 2019, l'Unité de lutte contre les stupéfiants est exclusivement dédiée à la lutte contre le crack, dans le métro et le tramway. Ses seize agents traquent, notamment grâce à la vidéosurveillance, les transactions dans le métro et le tramway, pour interpeller ensuite acheteur et vendeur

Reportage en immersion lors d'une intervention de l'Unité de lutte contre les stupéfiants.

Ils sont ensuite présentés à un officier de police judiciaire, au groupe "crack" de la Sûreté régionale des transports (SRT). Ces six derniers mois, le groupe crack de la SRT a procédé à 131 interpellations. 35 personnes ont été écrouées et 31.170 euros saisis. 

Mais les agents l'assurent : l'accompagnement médico-social des consommateurs est essentiel. Anissa a pensé plusieurs fois à se faire accompagner. Elle veut s'en sortir, surtout pour son fils de 22 ans. Mais l'addiction est plus forte. "La volonté, elle est dure, avoue-t-elle. Et ça je ne peux que le faire moi-même. En plus, en France il y a tout ce qu'il faut, je le sais." On l’appelle, sur la rame de métro. Un groupe de toxico, "ses amis de cœur", confie-t-elle dans un léger sourire.

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