Société

Crise des migrants : regards de deux Stéphanois engagés

Par Émeline Rochedy, France Bleu Saint-Étienne Loire mercredi 2 septembre 2015 à 17:17

Le père Riffard dans son bureau de l'église Sainte-Claire, à Montreynaud
Le père Riffard dans son bureau de l'église Sainte-Claire, à Montreynaud © Radio France

Face à la crise migratoire qui divise l'Union européenne, des Stéphanois engagés depuis longtemps sur ce dossier estiment que l'Europe ne peut pas se refermer sur elle-même : le père Riffard, qui accueille des demandeurs d'asile dans son église, et Alain Gomez, membre d'Emmaüs qui a franchi le détroit de Gibraltar à la nage en hommage aux morts en Méditerranée.

À Montreynaud, au nord de Saint-Étienne, les portes de l'église Sainte-Claire sont grandes ouvertes. A l'intérieur, des Congolais, des Ivoiriens, principalement, que le curé de l'église héberge, il doit d'ailleurs toujours s'en expliquer devant la justice.

Tous ont vu les images de ce camion retrouvé abandonné au bord d'une autoroute en Autriche, avec 71 corps en décomposition à l'intérieur, a priori les corps de Syriens; les images de la Hongrie, aussi, qui a posé des barbelés le long de sa frontière avec la Serbie. Notamment Mamadou, 16 ans, arrivé de Côte d'Ivoire au début de l'année : "On a vu ça à la télé, on s'est dit, c'est catastrophique", raconte l'adolescent, le regard dans le vide. "On s'est dit qu'on est pas des humains, c'est dur à voir. Ils fuient la guerre et ils ont trouvé la mort... "

"Les gens qui sont arrivés chez nous, ils auraient pu y laisser leur vie. Et on a qu'une idée en tête, les renvoyer chez eux", le père Riffard

Le père Riffard fait son possible pour que cet Ivoirien puisse continuer sa scolarité à Saint-Étienne. Il a aussi dans son bureau des dizaines de dossiers de demandes d'asile . Des demandes en cours, d'autres rejetées. Les dossiers lui paraissaient solides, il estime les motifs de refus bien faibles. Et l'homme d'église de commenter : "On s'émeut beaucoup quand il y a des noyés en Méditerranée, les cadavres dans le camion. Mais quand des gens passent chez nous, de fait, ce sont des gens qui auraient pu aussi y laisser leur vie. Ils ont eu de la chance, ils sont passés. Ils arrivent chez nous, et on a qu'une idée en tête, c'est de les renvoyer chez eux. Et là, on ne pleure plus ! Il y a quelque chose de pas très logique !", conclut le père Riffard.

Père Riffard

De l'autre côté de Saint-Étienne, un des responsables d'Emmaüs réagit lui aussi : Alain Gomez a rejoint le Maroc à la nage au début du mois d'août en hommage aux morts en Méditerranée. Une traversée baptisée Article 13, en référence à la Déclaration universelle des droits de l'Homme. La crise actuelle lui inspire une conviction : "Ces réfugiés cherchent à sauver leur vie. En les rejetant, on rejette une richesse, beaucoup sont formés, diplômés. On aura besoin de ces gens-là pour construire une France nouvelle ."   Ce mercredi, Alain Gomez rejoint d'autres membres de l'association à Manchester, au Royaume-Uni, rassemblement d'Emmaüs Europe pour organiser le lobbying à Bruxelles, notamment en vue de la réunion des 28 ministres de l'Intérieur le 14 septembre. Alain Gomez, qui apparait dans une campagne de publicité d'Emmaüs Rhône-Alpes sur les réseaux sociaux. C'est une série de clips qui met en avant des personnes d'apparence banale, "des personnes ordinaires qui deviennent extraordinaires " (c'est le slogan) au travers de leur engagement au sein d'Emmaüs.