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Croisade anti-harcèlement sur Twitter : des témoignages "très utiles mais parfois dangereux"

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Par , France Bleu Isère, France Bleu
Grenoble, France

Laure Germain-Phion, avocate spécialisée dans le droit du travail, revient ce lundi 23 octobre sur la déferlante anti-harcèlement "Balance ton porc" sur Twitter, et les dizaines de milliers de témoignages qui l'accompagnent. Des déclarations importantes mais potentiellement risquées, prévient-elle.

Laure Germain-Phion, avocate grenobloise, livrait son sentiment sur la vague numérique de témoignages contre le harcèlement sexuel.
Laure Germain-Phion, avocate grenobloise, livrait son sentiment sur la vague numérique de témoignages contre le harcèlement sexuel. © Radio France - Simon de Faucompret

Tout a commencé par les révélations sur Harvey Weinstein. Depuis le 10 octobre, l'influent producteur américain s'est vu accusé à de multiples reprises de harcèlements et d'agression sexuelle par des actrices de cinéma. En réaction, les témoignages ont fusé sur les réseaux sociaux, avant de s'unir sous une même bannière : le hashtag #BalanceTonPorc sur Twitter.

Les victimes de harcèlement, d'agression sexuelle et de viols peuvent ainsi partager leurs expériences et gagner en confiance, après parfois plusieurs années de silence. Un mouvement "très utile", juge l'avocate Laure Germain-Phion. Spécialisée dans le droit du travail, elle connaît bien ces problèmes de harcèlement qui peuvent survenir au sein d'une entreprise ou d'un bureau. "La parole est en train de se libérer", observe-t-elle. "On prend conscience du phénomène."

"Balancer son porc, c'est s'exposer à de la diffamation."

Mais en racontant leur agression sur les réseaux sociaux, ces personnes prennent des risques, avertit l'avocate. "En balançant son porc, comme les gens le disent sur Twitter, certaines indiquent le nom de leur agresseur." Or, nommer quelqu'un publiquement (ou le rendre parfaitement identifiable, même sans livrer son nom), c'est "s'exposer à des risques de sanction pénale, comme la diffamation", expose Laure Germain-Phion.

Une personne se jugeant diffamée a 3 mois pour lancer une procédure pénale, à partir de la publication du témoignage. "Si une femme ayant identifié son agresseur sur Twitter se voit visée par une telle procédure, elle ne dispose que de 15 jours pour apporter les preuves de l'agression", développe l'avocate. Non seulement le délai est très court, mais il semble également difficile d'apporter des éléments tangibles permettant de certifier l'agression. "Je suis persuadée que 99% des femmes concernées n'ont pas ces preuves", déplore-t-elle. "Ce qui ne veut absolument pas dire qu'elles n'ont jamais été agressées. Mais elle s'exposent bien à des sanctions pénales."

Où s'arrête la drague ?

Laure Germain-Phion en profite pour donner quelques précisions sur la différence entre drague, même lourde, et harcèlement sexuel. "On parle de harcèlement lorsqu'il y a des agissements à caractère sexuel, répétés, portant atteinte à la dignité de la personne ou créant de la tension", définit-elle. Les actes doivent être répétés, elle insiste là-dessus. "Sauf si l'acte est particulièrement grave. Quand la pression est trop forte, un seul geste peut suffire pour qu'on parle de harcèlement."

Drague lourde ou harcèlement... une décision sujette aux subjectivités ? "Tout est une question d'appréciation par les tribunaux", révèle l'avocate. "Quand un collègue de travail vous serre gentiment la main et vous complimente, difficile de parler d'autre chose que de drague. Mais quand ce compliment dégénère, qu'il s'accompagne de messages insistants, d'autres gestes prétendument affectueux mais déplacés... Là, c'est différent."

"Nous avons tous les outils juridiques pour lutter contre le harcèlement en France."

La juridiction française, cependant, est plutôt bien lotie en la matière. "Nous avons tous les outils juridiques pour lutter contre le harcèlement en France. La définition du harcèlement a été modifiée en 2012", pointe Laure Germain-Phion. "On protège mieux les victimes, de harcèlement mais aussi de lynchage médiatique." D'où cette constante menace diffamatoire.

Réécouter l'interview de Laure Germain-Phion par Nicolas Crozel, ce lundi 23 octobre sur France Bleu Isère.

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