Société

Dans les coulisses d'un "data center" lorrain

Par Angeline Demuynck, France Bleu Sud Lorraine lundi 23 octobre 2017 à 5:48

Gilles Caumont dans l'une des allées de son "data center". Ici, la température peut grimper jusqu'à 40 degrés
Gilles Caumont dans l'une des allées de son "data center". Ici, la température peut grimper jusqu'à 40 degrés © Radio France - Angeline Demuynck

Les "data centers", les centres de stockage de données numériques se développent sur tout le territoire. Visite guidée de l'un de ces coffre-forts informatiques à Maxéville près de Nancy.

On y a recours tous les jours, à chaque fois que l'on envoie un mail, que l'on lance une application ou que l'on fait une recherche sur Internet. Toutes les données produites par ces manipulations numériques sont hébergées dans des "data centers", des usines de serveurs qui se multiplient dans le monde entier. En Lorraine, plusieurs entreprises ont investi ce marché très porteur.

A Maxéville par exemple, la société Adista a développé deux centres de stockage. Des espaces fermés, emplis d'armoires austères qui abritent les données de PME françaises mais aussi de services publics (Services d'incendie et de secours, collectivités locales, etc.) Lors de sa création il y a 36 ans, l'entreprise installait du matériel informatique chez les particuliers. Elle s'est lancée dans le stockage de données en 2007. "On s'en occupe, on les sauvegarde, on les répare quand il y a un souci, explique le fondateur de la société. Au départ, nous étions 40 personnes et on faisait 10 millions d'euros de chiffre d'affaires", se souvient Gilles Caumont. Aujourd'hui, son entreprise emploie près de 400 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 80 millions d'euros.

Ces serveurs hébergent les données de nombreuses entreprises et collectivités - Radio France
Ces serveurs hébergent les données de nombreuses entreprises et collectivités © Radio France - Angeline Demuynck

Une forteresse numérique

Pour pénétrer dans l'un de ces centres, il faut montrer patte blanche. "Il faut produire le code pin, le badge, l'empreinte digitale, il y a des caméras partout, explique Bertrand Maujean, le responsable de la sécurité informatique du site. On est certain de savoir exactement qui est présent dans ces locaux". Le système lui doit fonctionner 24h/24, sans interruption. Pour cela, tous les équipements sont doublés : "on appelle ça la redondance, explique le salarié. Quand on a besoin d'un appareil, on en achète au moins deux".

Des petites attaques toutes les minutes"

La société doit aussi gérer les intrusions virtuelles. "Des attaques vraiment sérieuses qui obligent à une gestion de crise, cela n'arrive pas tous les quatre matins mais si on descend le seuil de détection, des petites attaques on en trouve toutes les minutes, reconnait le responsable de la sécurité. Il y a un "bruit de fond" permanent de malveillants qui scannent l'ensemble de l'Internet pour détecter des services mal sécurisés, ouverts. C'est à chaque milliseconde à l'échelle de notre réseau".

Un gouffre énergétique

Les écologistes dénoncent le gaspillage énergétique de tels équipements. Les machines consomment de l'énergie et produisent de la chaleur. La climatisation souffle en permanence. Résultat, pour les deux centres de Maxéville : une consommation d'électricité impressionnante, 350 Kw, soit l'équivalent de la consommation d'une quinzaine d'appartements. Mais le président relativise : "La consommation est moins élevée que si chaque entreprise gardait ses machines chez elle. On a des notions d'optimisation, de mutualisation qui divisent par 5 voire par 10 la consommation effective. Un data center ça consomme beaucoup mais beaucoup moins que si il n'y en avait pas", conclue Gilles Caumont. L'hiver, l'entreprise réutilise une partie de l'énergie dégagée pour chauffer ses locaux.