Société

Dans les Deux-Sèvres, des détenus murmurent à l'oreille des chevaux

Par Noémie Guillotin, France Bleu Poitou et France Bleu mardi 5 janvier 2016 à 7:00

Les stages des détenus durent cinq séances
Les stages des détenus durent cinq séances © Radio France - Noémie Guillotin

Les Ecuries du Châtelier à Missé, à côté de Thouars dans le nord des Deux-Sèvres, accueillent en ce moment quatre détenus de la prison de Poitiers/Vivonne pour un stage de médiation équine. Le cheval comme vecteur pour réapprendre à communiquer. Et mieux se réinsérer.

"L’animal pose des jalons que la personne va retrouver dans la société. Des choses auxquelles elle a échappé sans doute un certain moment pour en être là", explique Richard Rivallin, le patron du centre équestre "Les Ecuries du Châtelier", à Missé. Il poursuit : "Les codes en prison se sont pas du tout les mêmes. On est dans des notions de territoires, de règles qui ne vous appartiennent pas. Là, leur choix c'est d'aller vers l’autre pour arriver à quelque chose, de se reconstruire et d’avoir confiance en soi".

Avant de monter à cheval, séance brossage en liberté - Radio France
Avant de monter à cheval, séance brossage en liberté © Radio France - Noémie Guillotin

Le stage se déroule sur cinq séances. Ce mardi, c'est la 2e. Richard encourage les détenus à communiquer avec leur animal : "c'est cet effort que je veux de ces personnes. En sortant elles devront aller vers les gens sinon elles seront complètement rejetées". Et ça commence dès l'arrivée au pré. Robin retrouve Mikado, "la petite faiblesse qui vous perdra", s'amuse le stagiaire en repensant au slogan publicitaire. Ensuite direction le manège. Les premières caresses. En silence ou avec quelques mots. Il faut préparer la monture, brosser, curer les sabots. 

Les stagiaires semblent en confiance. Tout comme les chevaux. D'ailleurs, Pepito est tellement à l'aise qu'il se couche en plein milieu du manège et laisse Mehdi grimper sur son dos.

Medhi se hisse sur Pepito, sous les regards amusés du groupe - Radio France
Medhi se hisse sur Pepito, sous les regards amusés du groupe © Radio France - Noémie Guillotin

"On revit, ça fait un peu de chaleur"

Les selles sont attachées, il est temps de monter. Pas, trot, galop, Richard donne ses instructions.  Mehdi a le sourire même si Pepito lui donne du fil à retordre. _"En tant que détenu, ça fait longtemps que j’avais pas vu la nature. C'est un bol d’air". Toucher l'animal : "on revit, ça fait un peu de chaleur,  ça fait du bien". Et Robin d'ajouter : "Ça nous apprend à nous re-détendre parce que la prison c'est du stress, de l'angoisse en permanence. Beaucoup de sentiments qu’on ne peut pas traduire avec un cheval"_.

Ces quatre détenus doivent sortir d'ici quelques mois, un an pour certains. Richard rappelle que sur son dernier groupe de quatre "trois sont sortis avec un bracelet électronique. Ce n'est pas forcément l'équitation qui l'a fait mais ça a joué, j'en suis persuadé. Sinon, je ne le ferais pas", conclut-il.

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