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Société

De terroriste à militant anti-radicalisation, l'Isérois David Vallat raconte son parcours

jeudi 3 mai 2018 à 11:37 Par Florine Boukhelifa, Nicolas Crozel et Alexandre Berthaud, France Bleu Isère et France Bleu

David Vallat, originaire de Villefontaine (Isère), a fait partie des tout premiers Français partis faire le djihad, dans les années 90. Condamné à de la prison ferme, il combat aujourd'hui l'islam radical et raconte dans un livre son "retour par pallier" à une vie "normale".

L'Isérois David Vallat lutte aujourd'hui contre l'islam radical. PHOTOPQR/LE DAUPHINE/MAXPPP
L'Isérois David Vallat lutte aujourd'hui contre l'islam radical. PHOTOPQR/LE DAUPHINE/MAXPPP

Chasse-sur-Rhône, France

À 46 ans, David Vallat est chargé d'affaires dans l'industrie, père de famille et... "repenti" du djihad, ou plutôt "revenu" du djihad. "Le terme de repenti renvoie à l'univers du pardon, moi j'ai purgé ma peine, je ne suis pas en quête d'un pardon, je place ma démarche sur le plan de réflexion" confie celui qui aujourd'hui est pleinement réinséré dans la société et multiplie les conférences et les interviews pour dénoncer l'islam radical.

L'interview de David Vallat en intégralité sur l'antenne de France Bleu Isère le jeudi 3 mai.

Cinq ans de prison 

Ce jeudi 3 mai, il donne une conférence au Centre social de Chasse-sur-Rhône à partir de 19 h 30. L'occasion de "boucler la boucle" puisque c'est par l'intermédiaire du "réseau" de Chasse-sur-Rhône  qu'il se trouve "embrigadé" et c'est aussi à Chasse-sur-Rhône qu'il est arrêté en août 1995 après les attentats notamment du RER St Michel à Paris. C'est aussi, ce retour,  l'occasion dit il "revenir à un univers mental apaisé", plus de vingt ans après les faits et sa condamnation à cinq ans d'emprisonnement pour "association de malfaiteurs en liens avec une entreprise terroriste". 

"À 15 ans on nous montre "Nuit et brouillard", on nous dit "plus jamais ça" et "ça recommence à quelques centaines de kilomètres de chez nous"

David Vallat, originaire de Villefontaine, a 15 ans lorsqu'il se convertit à l'Islam. Quelques années plus tard, il a 22 ans lorsqu'il rejoint la Yougoslavie pour intégrer le Groupe islamique armé (GIA). Celui qui ne "supporte pas que des citoyens (les bosniaques) soient pris pour cible pour leur état civil" pense qu'il va avoir une place pour agir sur le terrain, défendre un peuple opprimé, . "Une erreur fondamentale de ma part et de celle de tous les candidats au djihad" admet-il.

"Intégrer l'idée de mourir"

"C'est en fait le terrain qui agit sur moi, on échappe plusieurs fois à la mort et j'ai besoin d'une doctrine qui me permette de ne pas faire marche arrière, de vaincre ma peur." Il fait alors la connaissance de Saoudiens qui l'aident à intégrer l'idée de mourir pour ses idéaux. "La peur disparaît à l'instant où je valide que si je meurs, ce sera en tant que martyr". 

Son parcours se poursuit en Afghanistan, où il suit pendant près de dix mois des entraînements dans un camp afghan. Maîtrise d'une idéologie politique, religieuse, mais aussi du maniement d'armes russes, David Vallat a connu une véritable formation en temps record. Il sera d'ailleurs chargé de faire passer des armes entre la Yougoslavie et l'Algérie, avant de complètement se désolidariser de ces actions. 

"J"ai été disculpé de toute action lors des attentats parisiens"

Un temps proche de Khaled Khelkal, l'ancien djihadiste, David Vallat s'était déjà éloigné de l'organisation terroriste au moment de l'attentat du RER B à Saint-Michel, survenu le 25 juillet 1995, et tient à le rappeler : "l'instruction a montré qu'on ne pouvait pas m'inculper et je serai d'ailleurs disculpé à partir du 29 juin 1995, date à laquelle j'ai fait scission avec les GIA.

Un éloignement d'abord financier puisqu'il ne versera plus rien à l'organisation à compter de cette date. Ensuite, un conflit d'idées puisque "ce que je voyais se mettre en place ne correspondait en rien à ce pour quoi je m'étais engagé, à savoir un réseau d'acheminement d'armes des Balkans jusqu'en Algérie." 

"À l'époque j'aurais cautionné un attentat contre Charlie Hebdo"

Ensuite, il y a les "années prison" puis le retour à la liberté et un long chemin sur lui même.  "Dans cette doctrine chaque fois que vous validez un pallier il est impossible de faire marche arrière et vous avancez vers la radicalisation, il en est de même pour le chemin retour, il faut dévalider (sic) chaque pallier et ça ne se fait pas sans effort." Pendant presque 20 ans, David Vallat reste discret, ne dit rien de son passé et mène une vie tranquille. Pendant sa détention, il lit beaucoup et reprend ses études. Durant cette période, il obtiendra son BTS commercial.

Puis arrivent les attentats de 2015 à Paris. La tuerie de Charlie hebdo (dont David Vallat dit qu'il l'aurait validé si elle avait eu lieu 20 ans plus tot)  sonne comme un déclic. "Ce qui me fait sortir de mon mutisme c'est qu'après Charlie, j'ai plus d'auditoire possible". En effet le choc dans l'opinion est tel qu'il devient possible de parler de ça. 

Il combat aujourd'hui l'islam radical

Et puis il y a aussi ce retour de bâton, ce que David Vallat appelle "le retour du délit de blasphème" que veulent imposer les radicaux musulman.  À partir de ce moment-là, l'ancien djihadiste raconte son histoire, écrit un livre (Terreur de jeunesse ed. Calmann Levy")  et s'engage dans la lutte contre la radicalisation. "_Force doit revenir à la loi et seulement à la loi"_martèle celui qui mène un combat quotidien contre les imams radicaux qui continuent de sévir en toute impunité en France. 

"Tant que nous n'énoncerons pas clairement le problème, les solutions seront toujours à coté" conclu celui qui a rejoint l'AIPER (le centre d’analyse des islams politiques et radicaux. "Nous produisons des éléments  de langage à destination de la jeunesse et des professeurs ou éducateurs, _nous devons mener en premier des actions de prévention_" conclut David Vallat. 

* La conférence a lieu à 19h30 au centre social de Chasse-sur-Rhône à l'initiative de l'UPOP (Université Populaire Ouverte du Pays Viennois)