Société

De Kaboul aux bancs de l'université lilloise, le beau chemin de deux sœurs cyclistes

Par Camille Marigaux, France Bleu Nord et France Bleu jeudi 12 octobre 2017 à 13:40

Thierry Communal (à gauche) a aidé Masomah et Zhara de A à Z pour leur installation à Lille.
Thierry Communal (à gauche) a aidé Masomah et Zhara de A à Z pour leur installation à Lille. © Radio France - Camille Marigaux

De Kaboul à l'université de Villeneuve d'Ascq. La belle histoire du jour est celle de deux sœurs afghanes championnes de vélo dans leur pays, qu'elles ont fui avec leur famille grâce à un Nordiste. Aujourd'hui, elles veulent poursuivre leur rêve : les Jeux Olympiques 2020.

C'est peut-être un signe, le foulard de Masomah Alizada, 20 ans, est blanc à pois rouge. A défaut de Tour de France, réservé aux hommes, elle et sa sœur de 19 ans Zahra rêvent en tout cas des Jeux Olympiques 2020. "C'est tellement différent ici en France, tout le monde fait du vélo ! Même les personnes âgées. Pour nous c'est vraiment une chance d'être ici", explique Masomah.

C'est peu dire. A l'origine, il y a ce documentaire d'Arte, "Les petites reines de Kaboul", consacré à ces femmes passionnées par le vélo qui luttent pour pratiquer leur sport favori en Afghanistan, où le passage des Talibans a laissé beaucoup de traces dans les mentalités. Pour les hommes, une femme à vélo est un tabou.

Une rencontre qui change leur vie

Début 2016, Thierry Communal, un habitant de Gondecourt, regarde la télé avec son père. Les deux hommes tombent sur ce documentaire. Touchés et impressionnés par ces femmes mordues de cyclisme, ils gardent les yeux rivés sur l'écran jusqu'à la fin.

Il faut dire que ces femmes risquent parfois leur vie pour leur passion. Elles doivent en effet sortir de la ville pour s'entraîner et ne pas attirer les regards. Parmi elles, i ll y a donc Masomah et Zhara, dont la famille appartient à une ethnie minoritaire ce qui n'arrange rien.

Thierry et son père entrent en contact avec elles par Facebook. La vie fait bien les choses. Trois mois plus tard, ils se rencontrent pendant une course cycliste à Albi dans le Tarn. Les deux sœurs, déjà un peu connues grâce au documentaire, y sont invitées par la France. Thierry participe même à la course avec elles, et décide après coup d'aider Masomah et Zhara à revenir s'installer en France, avec leurs trois frères et leurs parents.

Avec l'aide de sa famille, Thierry s'occupe des demandes de visas, des passeports et des billets d'avion. Le 23 avril, les sept membres de la famille Alizada atterrissent à Paris. Direction un petit village de Bretagne, dans la maison de vacances de Thierry où tout le monde s'installe. Autant dire que c'est le dépaysement total pour la famille afghane.

Entre deux cours de français, reprendre le vélo

Depuis la rentrée, Masomah et Zhara étudient le français à l'université de Lille grâce à un programme dédié aux demandeurs d'asile, unique en France. Elles ont aussi chacune un logement étudiant. Le reste de la famille est restée en Bretagne en attendant d'avoir le statut de réfugié. Mais là-bas tout un réseau de solidarité s'est créé autour d'eux, des habitants viennent même apprendre le français aux parents.

Zahra aimerait travailler dans la médecine, elle pense à être sage-femme et le rêve de Masomah c'est l'archéologie. Mais surtout, de continuer le cyclisme et la compétition. Depuis le début des cours, elles n'ont pas repris le guidon. Mais Thierry, lui-même amateur de vélo, a d'ailleurs pas mal pédalé avec elles cet été sur les routes bretonnes et il sait qu'elles ont du potentiel !

Il cherche désormais un club pour qu'elles puissent commencer à participer à des courses. Car l'objectif de Masomah et Zhara ? Les JO de 2020 à Tokyo, rien que ça ! Avant cela, on les verra peut-être dans la foule à l'arrivée du Paris-Roubaix...

Pour donner un coup de main à Thierry, Masomah, Zhara et leur famille, une cagnotte existe pour récolter les dons qui serviront à finaliser les démarches administratives et l'installation de tous à Lille.