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De la Guinée jusqu'à Montpellier, le parcours de Souleymane Sow

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Par , France Bleu Hérault

Souleymane Sow, un jeune Guinéen de 24 ans, est arrivé à Montpellier en 2018. Il a quitté son pays natal à l'âge de 20 ans, a vécu dans la forêt marocaine et a traversé la mer Méditerranée dans un zodiac avant d'être accueilli en France.

Si la Préfecture lui a accordé un sursis de 6 mois, Souleymane Sow n'a plus le droit de travailler.
Si la Préfecture lui a accordé un sursis de 6 mois, Souleymane Sow n'a plus le droit de travailler. © Radio France - Clara GUICHON

À 20 ans, Souleymane Sow a quitté la Guinée pour fuir des violences familiales. Il est arrivé à Montpellier en 2018 et a trouvé du travail dans la boulangerie Pain et Partage de Montpellier, qui lui a offert un CDI en décembre 2020. Malgré cette offre de travail, la Préfecture a rejeté sa demande d'asile et sa carte de séjour et lui a délivré une Obligation de quitter le territoire (OQTF) d'ici six mois. Souleymane Sow était l'invité de France Bleu Hérault.

Pourquoi avez-vous quitté la Guinée? 

Je peux vous raconter mon parcours, mais pas ce que j'ai vécu en Guinée. C'est trop dur pour moi. Je veux oublier. Et le raconter me ferait du mal.  

Vous avez vécu des choses compliquées et c'est ça qui vous a poussé à partir. Et vous avez traversé plusieurs pays avant d'arriver jusqu'ici. 

Je suis parti seul, sans argent. Je suis arrivé au Mali, j'ai dormi une nuit dehors. Puis je suis parti en Algérie et j'ai traversé la frontière marocaine à pied. 

Je suis resté là-bas pendant un an. J'ai vécu dans la forêt, caché, parce que c'est impossible pour nous de vivre en centre-ville. Les policiers venaient tous les jours à 6 heures du matin. S'ils te trouvent, ils t'attrapent.

Et soit ils te ramènent au pays, soit ils te mettent en prison, soit ils t'emmènent dans le désert et te laissent là-bas : c'est à toi de te débrouiller tout seul pour revenir. Alors on se levait à 4h du matin. On tapait des kilomètres pour se cacher quelque part jusqu'à 13h. Puis on revenait pour faire la cuisine et manger.  

Vous viviez tout seul au Maroc?  

Non, j'ai rencontré des gens dans la forêt, notamment mon meilleur ami. Lui aussi était Guinéen, il avait une vingtaine d'années. Et je l'ai perdu là-bas. Il est tombé malade et ça s'est empiré. Il n'arrivait plus à marcher même deux ou trois mètres. Alors je l'ai porté jusqu'au village voisin.

Pendant deux ou trois heures, on a demandé aux citoyens s'ils pouvaient appeler une ambulance. Ils refusaient tous, prétextant qu'ils n'avaient pas le numéro alors qu'ils n'avaient juste pas envie. J'ai parlé avec un boutiquier pendant longtemps et lui a accepté. 

J'ai dû laisser mon ami, car souvent, quand l'ambulance arrive, les policiers viennent aussi. Je me suis caché dans la forêt. Le soir, j'ai appelé mon ami. Il disait que ça allait, mais j'ai senti à sa voix que ce n'était pas le cas. Après deux ou trois jours, il ne répondait plus à mes appels. Quelques jours plus tard, ils sont venus à la boutique pour dire qu'il était décédé. C'est comme ça que j'ai appris qu'il était mort. Et je n'ai jamais vu son corps.  

"Quand on prend ces risques, on sait qu'on a entre 80% et 90% de chances de mourir." - Souleymane Sow  

Et après vous êtes arrivé en France?  

Non, je suis arrivé en Espagne. J'ai traversé la mer Méditerranée, grâce à un Mauritanien que j'avais rencontré au Maroc. Je n'ai rien payé.

Comment avez-vous traversé la mer Méditerranée?  

Sur un zodiac, un petit bateau gonflable. Le trajet a duré 24 heures. On était 59 sur le bateau. À un moment donné, le bateau s'est dégonflé et a pris l'eau. Les gens ont commencé à crier. C'est moi qui les ai calmés, en disant que ça ne servait à rien, que si on faisait n'importe quoi, on allait perdre notre vie. Quelques temps après, on a vu le bateau de la Marine Espagnole. C'est lui qui m'a sauvé.  

Vous aviez prévu d'arriver en Europe?  

Non. J'ai seulement quitté la Guinée pour protéger ma vie.  

"Ils m'ont dit d'appeler le 115 tous les jours mais j'ai dit : c'est impossible ! Je ne parle pas français et je n'ai pas de téléphone." - Souleymane Sow.  

Et après, vous êtes donc arrivé en France. Comment avez-vous été accueilli en France ? 

J'ai passé une nuit dehors puis je suis allé voir une association qui aide les demandeurs d'asile. Ils m'ont dit d'appeler le 115 pour trouver un logement, mais ça ne répondait pas. Après, je suis allé à la Croix-Rouge pendant plusieurs semaines. J'ai pris des cours de français, je travaillais à la Banque Alimentaire de Montpellier en même temps et j'ai trouvé un travail à la boulangerie Pain et Partage de Fabrègues.  

Le patron disait qu'il avait recruté beaucoup d'apprentis, que tous avaient abandonné parce que c'était trop dur pour eux. Ça l'était pour vous ?  

Bien sûr que c'est dur. Mais quand on a l'envie, tout est possible.  

La dernière fois qu'on s'est rencontré, vous cherchiez un logement, vous avez trouvé quelque chose?  

Non, je dors à droite à gauche, chez des amis.  

Aujourd'hui, la Préfecture vous a accordé un sursis de six mois, dans quel état d'esprit êtes-vous?  

La Préfecture m'a demandé de retirer les deux recours que j'avais déposés contre l'Obligation de quitter le territoire (OQTF). Elle m'a dit que, après les six mois, je devrai retourner en Guinée pour demander un passeport et un visa pour la France. 

J'ai accepté parce que je n'ai pas le choix. Mais sincèrement, je pense que si elle en avait envie, la Préfecture pourrait me régulariser. C'est facile pour elle. Moi, je ne peux pas retourner en Guinée. Après toutes les galères que j'ai rencontrées... Je ne veux pas retourner à zéro, c'est impossible pour moi.

Interview avec Souleymane Sow

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