Société

Départementales | Parité obligatoire : "Les femmes doivent y aller à fond"

Par Marina Cabiten, France Bleu vendredi 6 mars 2015 à 10:55

Sandrine Rousseau, porte-parole pour Europe Ecologie Les Verts
Sandrine Rousseau, porte-parole pour Europe Ecologie Les Verts © MaxPPP

C'est l'une des nouveautés des élections départementales qui auront lieu les 22 et 29 mars prochains : la parité obligatoire. Les citoyens voteront pour des binômes, tous composés d'un homme et une femme. Entretien avec Sandrine Rousseau, porte-parole d'EELV.

Les futurs conseils départementaux, pour lesquels les électeurs sont appelés à voter les 22 et 29 mars prochains, seront composés de 50% de femmes et 50% d'hommes. Car la parité obligatoire a été instaurée pour ce scrutin , et ce sont pour des binômes homme/femme que les citoyens se prononceront. Forcer la parité, est-ce une bonne chose pour la vie politique française ? Sandrine Rousseau livre son analyse, en tant que porte-parole d'Europe Ecologie Les Verts mais aussi en tant qu'auteur d'un "Manuel de survie à destination des femmes en politique" (éditions Les Petits Matins) publié ce mois-ci. 

La parité obligatoire, est-ce une bonne chose ?  

"Jusqu'ici, les départements étaient des fiefs d'hommes. Il y a aujourd'hui trois conseils généraux qui n'ont aucune femme parmi leurs élus, alors que nous représentons 52% de la population. C'est proprement hallucinant et il était indispensable de féminiser les conseils généraux. Ceci dit, les binômes garantissent la parité mais ça ne garantit pas que les femmes soient complètement reconnues dans leur mandat politique. Mais c'est un premier pas intéressant." 

Citation Sandrine Rousseau - Radio France
Citation Sandrine Rousseau © Radio France

Les binômes ne garantissent pas non plus que les femmes accèdent après le scrutin à des postes aussi décisionnaires ou stratégiques que les hommes. 

  "C'est un problème constaté dans plusieurs exécutifs, notamment dans les mairies. Les femmes sont désormais adjointes au maire, mais elles sont très souvent nommées à la petite enfance, et beaucoup moins sur des portefeuilles comme l'économie par exemple. La question est donc : comment attribuer aux femmes des responsabilités politiques sur tous les sujets de la vie publique, parce qu'elles sont aptes à tous les gérer. Mais au moins, des femmes vont rentrer dans les conseils généraux." 

Certains politiques, y compris des femmes, ne croient pas en cette parité forcée. C'est le cas de la vice-présidente du conseil général du Calvados, Anne d'Ornano, qui trouve cette parité obligatoire "peu flatteuse" pour les femmes. D'autres soulignent les difficultés à trouver des candidates qualifiées étant donné le moindre nombre de femmes engagées en politique.

"Le jour où il y aura autant de femmes incompétentes que d'hommes incompétents en politique, nous aurons fait un grand pas ! Oui, il y aura sans doute parmi les futures conseillères départementales certaines femmes ayant moins d'expérience que d'autres élus masculins. Ceci dit, je ne pense pas que pour exercer un mandat politique il faille de l'expérience. Au contraire, cette parité obligatoire est l'occasion de ramener la société civile dans les institutions. Particulièrement dans les départements qui gèrent tout ce qui est politique sociale, familiale, les collèges, les logements... Des domaines sur lesquels les femmes, même si elles n'ont pas eu de mandat avant, ont une expertise et sont capables de gérer très bien, peut-être même mieux dans certains cas que les hommes en place." 

Citation Sandrine Rousseau - Radio France
Citation Sandrine Rousseau © Radio France

Les femmes ont-elles selon vous une approche différente de la politique que les hommes ?  "Les femmes n'ont pas un comportement type, les hommes non plus. Ceci dit, les jeux de pouvoir en politique ne sont pas appréhendés de la même manière par les deux sexes, c'est indéniable. Les hommes parlent beaucoup, fort, longtemps, ils occupent l'espace. Les femmes sont plutôt dans l'action. Mais il ne faut pas dire que les femmes sont angéliques et que les hommes ne le sont pas, attention aux caricatures. Quoi qu'il en soit, plus les assemblées d'élus représentent l'ensemble de la société, mieux c'est."

Quels conseils donnez-vous aux femmes candidates à ces élections départementales ? 

"Pendant la campagne, il faut que les femmes s'emparent d'une méthode aujourd'hui beaucoup plus masculine : aller serrer des mains, faire de la politique de terrain pour obtenir de la visibilité publique. Et j'ai envie de dire aux nouvelles élues : Affirmez-vous ! N'ayez pas peur de parler en public, n'écoutez pas toujours les critiques car elles sont beaucoup plus nombreuses à l'égard des femmes. Faites la part des choses, assumez-vous, soyez vous-mêmes et c'est comme ça qu'on renouvellera la vie politique." 

Citation Sandrine Rousseau - Radio France
Citation Sandrine Rousseau © Radio France

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