Société

Des garennes à lapins découvertes par des archéologues Dijonnais

Par Thomas Nougaillon, France Bleu Bourgogne lundi 29 mai 2017 à 4:17

Rémi Landois est doctorant au sein du laboratoire Artehis de l'Université de Bourgogne
Rémi Landois est doctorant au sein du laboratoire Artehis de l'Université de Bourgogne © Radio France - Thomas Nougaillon

C'est dans la forêt domaniale du Val Suzon qu'une quinzaine d'archéologues ont mis au jour ces garennes. Les garennes ce sont des constructions médiévales liées à un privilège seigneurial. Ces galeries étaient creusées par l'homme elles étaient destinées à l'élevage de lapins en semi-liberté.

C'est une drôle de découverte que viennent de faire une quinzaine d'archéologues et d'étudiants de l'Université de Bourgogne membres du laboratoire Artehis... Dans la forêt communale de Val-Suzon à une dizaine de kilomètres de Dijon ils ont mis au jour des garennes à lapins. La découverte a été faite sur le territoire communal de Messigny-et-Vantoux au dessus du hameau de Sainte-Foy.

5 mystérieux monticules

Le site avait été repéré en 2016 grâce à une prospection LiDAR qui permet d'étudier la topographie du sol sous la végétation. Cinq mystérieux monticules rectangulaires de quelques mètres carrés regroupés en bordure de forêt avaient été repérés. Une certitude ces tertres n'étaient pas d'origine naturelle... Il ne restait plus à nos archéologues qu'à fouiller ces monticules pour savoir ce qu'ils abritaient!

L'une des garennes de lapins fouillée par Rémi Landois et ses collègues de l'Université de Bourgogne - Radio France
L'une des garennes de lapins fouillée par Rémi Landois et ses collègues de l'Université de Bourgogne © Radio France - Thomas Nougaillon

Des furets pour attraper les lapins

Et c'est justement en fouillant la terre qu'ils ont découverts ces réseaux sous-terrains, ces galeries recouvertes de grosses pierres. Ces garennes ont été construites par l'homme au Moyen-Age, elles servaient à élever des lapins en semi-liberté. L'archéologue Rémi Landois est le doctorant responsable de l’opération. Tout en soulevant l'une des pierres, il nous explique comment on se servait de ces garennes à l'époque. "Ici ce qui est intéressant c'est que l'on a l'une des entrées de cette garenne, mais ce qu'il faut imaginer c'est qu'il y en avait au moins deux à l'époque. Et pour chasser ces lapins, on ne venait pas avec des armes, en fait on les piégeait à l'aide d'un furet que l'on plaçait à l'une des entrées. A l'autre extrémité on plaçait des filets pour capturer les lapins qui étaient effrayés par ces bêtes!"

Rémi Landois

Sous l'une des pierres on aperçoit l'une des galeries construites au Moyen-Age pour abriter les lapins - Radio France
Sous l'une des pierres on aperçoit l'une des galeries construites au Moyen-Age pour abriter les lapins © Radio France - Thomas Nougaillon

A qui pouvaient bien appartenir ces garennes?

Un premier indice d'interprétation est arrivé de recherches aux Archives Départementales de la Côte-d'Or, à travers un document du XVIème siècle. Celui-ci relate un conflit entre les religieux de la Sainte-Chapelle de Dijon, alors seigneurs de Val-Suzon, et les habitants de la commune voisine d'Étaules. Dans ce texte, la présence de "garennes à lapins" est mentionnée à proximité du hameau de Sainte-Foy, sans que leur localisation précise ne soit pour autant donnée. Ce sont elles qui ont été retrouvées par nos chercheurs Dijonnais!

Les religieux de la Sainte-Chapelle de Dijon étaient vraissemblablement les propriétaires de ces garennes - Radio France
Les religieux de la Sainte-Chapelle de Dijon étaient vraissemblablement les propriétaires de ces garennes © Radio France - Thomas Nougaillon

On ne sait pas combien de lapins vivaient là mais on sait à quoi ils servaient!

Ces lapins étaient élevés pour être mangés ou vendus sur les marchés, la peau de ces animaux était également utilisée. Seul l'une des cinq garennes à lapins identifiées a été fouillée, aucun os d'animal n'a été retrouvé. La forêt du Val Suzon a reçu en octobre 2016 le label "Forêt d'Exception" pour son patrimoine écologique et historique. C'est dans ce cadre que ce travail archéologique est réalisé. Fin mai le site du chantier de fouilles va être rebouché. Des photos ont été prises, une cartographie très précise du lieu va être établie. Ces documents vont également être utilisés par Rémi Landois qui va pouvoir alimenter sa thèse de doctorat.

Reportage dans la forêt du Val Suzon