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Société

Des Lorrains pro-euthanasie visés par une enquête judiciaire

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Par , France Bleu Sud Lorraine

Un mois après une vague de perquisitions en France et la saisie de 130 flacons suspects, un Lorrain témoigne. Bernard, 80 ans, assume sa volonté de mourir sans souffrance. En cas de maladie grave, il n'hésitera pas à utiliser du pentobarbital, un produit interdit pour l'homme en France.

L'association Ultime Liberté réclame la légalisation de l'euthanasie volontaire et du suicide assisté
L'association Ultime Liberté réclame la légalisation de l'euthanasie volontaire et du suicide assisté © Maxppp - Marc Ollivier / PQR Ouest France

Meurthe-et-Moselle, France

Le mois dernier, les forces de l'ordre ont engagé une vague de perquisitions à travers toute la France, dans le cadre d'une enquête ouverte fin juillet. Près de 130 flacons suspectés de contenir du pentobarbital ont été saisis. Cet anesthésiant est interdit en France depuis 1996 pour l'homme. A une certaine dose, ce produit est létal. Selon les partisans du suicide assisté, ce liquide permet de mourir rapidement et sans souffrance.

"Les gendarmes sont venus à 6h du matin"

Bernard vient de fêter ses 80 ans en famille. Il habite en Meurthe-et-Moselle, dans l'agglomération de Nancy, et il fait partie des personnes perquisitionnées, il y a un mois et demi. "Les gendarmes sont venus à 6h du matin, j'étais encore dans mon lit, raconte-t-il. Ils sont entrés et ils ont fouillé dans mon bureau et les pièces du haut. Mais j'étais détendu : je savais qu'ils ne trouveraient rien". 

Ce n'est pas pour autant que Bernard abandonne l'idée d'utiliser ce produit, en cas de grande souffrance ou de maladie grave : "Si d'aventure, j'ai confirmation d'une pathologie incurable ou douloureuse, je n'hésiterais pas. Je le prendrais ce produit."

"Je n'ai pas peur de la mort mais de la façon de mourir", témoigne Bernard sur France Bleu Lorraine

C'est en accompagnant ses proches en fin de vie que Bernard a pris sa décision : "J'ai vu mourir pas mal de personnes dans ma famille et en particulier mon épouse."

"Ma femme était une femme superbe. Je l'ai vu physiquement diminuée, et encore c'est un piètre mot. Les reins ne fonctionnaient plus, donc on la ponctionnait devant moi. Je l'ai vu avec des tuyaux pour respirer etc. Cela ne devrait pas être permis des trucs pareils."

Mais pourquoi prendre le risque de commander sur Internet ce produit interdit en France ? "Ecoutez, il y a le revolver, mais ça fait mal, répond ironiquement Bernard. Se jeter de la Tour Eiffel ? J'y étais il y a deux jours, j'ai regardé et je me suis dit merde, ça fait mal. Se jeter dans la Seine ? Je me suis dit merde, elle est trop froide. Alors, autant choisir quelque chose de correct qui ne fait pas trop mal."

"Je n'ai pas peur de la mort, mais de la façon de mourir"

"Je n'ai pas peur de la mort parce qu'elle fait partie de la vie. Mais j'ai peur de la façon de mourir. Ce n'est peut-être pas très courageux de ma part, comme on me l'a dit. Mais je n'ai pas envie de souffrir inutilement, poursuit le Lorrain. Je revendique le droit de pouvoir m'en aller en toute légalité."

Le pentobarbital peut être acheté sur Internet de manière clandestine pour 600 ou 700 euros, explique Jean-Claude Couturier, lui aussi membre de l'association Ultime Liberté. (Le siège de cette association est situé en Haute-Marne. Elle possède plusieurs antennes locales dont une à Nancy. Elle compte environ 2000 adhérents.)

"Mais ce n'est rien par rapport à ce que coûte un voyage en Suisse ou en Belgique. Entre 5 et 15 000 euros estime-t-il. Notamment, parce qu'il faut payer une nuit d'hospitalisation et ce n'est pas donné."

C'est pourquoi Jean-Claude Couturier réclame aujourd'hui la liberté de choisir sa fin de vie, le tout encadré par une loi légalisant l'euthanasie volontaire et le suicide assisté. Pour lui, la loi Claeys-Leonetti de 2016 sur la fin de vie est "une aberration". (Cette loi proscrit toujours l'euthanasie et le suicide assisté en France mais autorise l'arrêt des traitements en cas "d'obstination déraisonnable").

"Il suffit de penser à l'affaire Lambert et cela montre à quel point cette loi est nulle."

"Ce qui est présenté comme une amélioration, la sédation profonde, c'est inefficace et hypocrite, dénonce-t-il. C'est un problème de liberté individuelle. Il appartient à chacun de décider de sa vie. Tant qu'on n'aura pas une loi sérieuse équivalente à celle de la Belgique, on aura autant de gens qui se suicideront."

L'association Ultime Liberté a lancé une pétition en ligne. Plus de 9 000 signatures ont été récoltées en quelques semaines.

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