Société

Des passionnés font revivre la Grande Guerre sur les réseaux sociaux

Par Eric Turpin, France Bleu Alsace, France Bleu Champagne-Ardenne, France Bleu Elsass, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure), France Bleu Lorraine Nord, France Bleu Nord, France Bleu Picardie et France Bleu Sud Lorraine jeudi 10 novembre 2016 à 18:00

Des enfants découvrent les noms des soldats tombés pendant la Grande Guerre sur l'Anneau de la Mémoire
Des enfants découvrent les noms des soldats tombés pendant la Grande Guerre sur l'Anneau de la Mémoire © Maxppp -

Depuis le début du centenaire de la Première Guerre mondiale, des passionnés font un travail de mémoire sur Twitter et Facebook et suscitent un véritable engouement. C’est le cas de Stéphanie Trouillard, journaliste à France 24, et Paul Reed, un historien anglais qui travaille pour la télévision.

Depuis trois ans, nous célébrons en France le centenaire de la Grande Guerre. L’occasion de rendre hommage aux soldats tombés sur les champs de batailles. Cette guerre mondiale a fait des millions de morts et de blessés. Chaque famille a perdu un père, un fils, un frère, un oncle, ou un grand père.

La Grande Guerre, c’était il y a 100 ans. Cela semble très loin. Et pourtant, à l’occasion de son centenaire, des journalistes passionnés d’histoire la font revivre sur Twitter. C’est le cas de Stéphanie Trouillard, 33 ans, journaliste à France 24. Depuis trois ans, elle partage sur le réseau social ses articles sur la Grande Guerre et ses reportages.

L’histoire familiale

« Depuis l’enfance, je suis passionnée d’histoire. Mon père est généalogiste amateur. J’ai décidé de l’aider en m’intéressant plus particulièrement au destin des Poilus de notre famille. Nous avons découvert que trois de mes arrière-grands-oncles ont été tués au cours de la Grande Guerre. Nous ne savions rien d’eux. J’ai donc décidé d’enquêter sur leurs parcours. Je raconte à la fois mes recherches à travers des articles pour France 24 et aussi sur mon compte Twitter », raconte-t-elle.

Sa plus grande émotion ? L’inauguration de l’Anneau de la Mémoire à Notre-Dame-de-Lorette le 11 novembre 2014. « Je savais que le nom de mon arrière-grand-oncle Joseph Trouillard, tué le 25 septembre 1915 à Angres, à quelques kilomètres de là, allait y figurer. Quand je l’ai vu, j’ai été très émue car j’ai senti un lien très fort avec mon histoire familiale », confie Stéphanie Trouillard.

C’est aussi son histoire familiale qui a amené Paul Reed à se passionner pour la Grande Guerre. « J’ai grandi en écoutant les histoires de ma grand-mère », explique cet historien anglais de 49 ans qui travaille pour la télévision, « Elle était une jeune fille pendant la guerre et elle se rappelait les blessés de la Somme rentrant chez eux ,couverts de boue. Son frère et tous ses cousins sont allés à la guerre en 1914. Seul son frère est revenu ».

On peut presque toucher la Grande Guerre à Verdun"

Ce passé est particulièrement présent aujourd’hui encore. « J’ai eu une maison dans la Somme pendant plus de 20 ans donc ce champ de bataille est particulièrement près de mon cœur », affirme Paul Reed, qui n’oublie pas ses ancêtres morts à Verdun. « C’est un endroit fascinant ! Tous ces trous d’obus, barbelés et tranchées sous les arbres dans la forêt... On peut presque toucher la Grande Guerre à Verdun ».

Le devoir de mémoire

Le devoir de mémoire est indispensable pour Stéphanie Trouillard. « Si je prends l’exemple de mon arrière-grand-oncle, un jeune soldat originaire d’un petit village du Morbihan qui a été tué à 2 500 km de chez lui sur le front d’Orient, il a eu un destin surprenant. Personne n’est venu se recueillir là où il a été tué jusqu’à ce que je fasse le voyage. J’ai un peu l’impression de le faire revivre et de lui redonner sa place dans l’histoire de notre famille. Il est important de connaître son passé pour éviter que cela se reproduise », souligne la journaliste de France 24.

Paul Reed insiste de son côté sur les leçons de l’histoire. « En tant qu’Européen engagé, la guerre me dit qu’en temps de crise, l’Europe doit rester unie, ce qui explique pourquoi le vote récent de mon pays pour quitter l’Union Européenne m’attriste », précise l’historien.

Etudier le passé avec les outils d'aujourd'hui"

Twitter est un outil formidable pour toucher un large public, en particulier les plus jeunes. « Je reçois souvent des messages de lycéens qui me suivent et qui sont passionnés par cette période. Je suis aussi suivie par des professeurs d’histoire qui se basent souvent sur mes articles pour parler de la Grande Guerre auprès de leurs élèves », affirme Stéphanie Trouillard

La journaliste a suivi pendant toute une année scolaire une classe d’un lycée de Sotteville-Lès-Rouen en Normandie grâce à Twitter : « Les élèves me posaient des questions directement sur leurs recherches de Poilus. Je suis aussi venu en classe rencontrer les élèves et leur expliquer mon travail. Cela leur montre qu’on peut étudier le passé mais avec les outils d’aujourd’hui ».

La Grande Guerre, ce n’est pas ringard. Et Stéphanie Trouillard de rappeler le succès du jeu vidéo à succès Battelfield qui se déroule pendant cette période. « La Grande Guerre raconte la vie de gens ordinaires dans des circonstances extraordinaires. C’est pour cette raison, je pense, qu’elle continue de fasciner », martèle Paul Reed qui compte plus de 18 000 abonnés sur Twitter.

« Je suis étonné mais cela signifie qu’il y a beaucoup de gens intéressés et que ce que je publie n’est pas ennuyeux ! », se réjouit l’historien anglais. Suivie par 12 000 personnes sur son compte Twitter, Stéphanie Trouillard est tout aussi surprise : « On pourrait penser que l’histoire n’est pas forcément un sujet très tendance et qu’elle attire surtout des tranches d’âges plus élevées mais j’ai pu voir une vraie communauté se créer autour de la Première Guerre mondiale ».

Un véritable échange avec les internautes

Quand elle part en reportage pour France 24, Stéphanie Trouillard n’hésite pas à interagir avec les internautes. « Lors du centenaire de la Bataille de Verdun, j’ai demandé aux "twittos" s’ils avaient eux-mêmes des soldats de leur famille qui y avaient participé. Beaucoup m’ont renvoyé des messages très émouvants avec des photos de leurs ancêtres », raconte la journaliste.

« Quand je vais dans tel ou tel cimetière, certains me demandent de prendre une photo de la tombe de quelqu’un de leur famille. Certains me posent des questions sur tel événement. J’aime beaucoup ce côté interactif et instantané », ajoute-t-elle.

Un point de vue partagé par Paul Reed : « Parfois les gens me demandent de l’aide pour la recherche de leurs ancêtres militaires. Souvent, ils tweetent une photo et me demandent de la regarder. J’aime vraiment ça. Quand vous faites de la télévision ou écrivez un livre, vous n’avez pas souvent la chance de parler à votre public. Twitter permet de le faire ».

Si les réseaux sociaux avaient existé en 1914….

En 1914, internet n’existait pas. Encore moins Twitter ou Facebook. Les réseaux sociaux auraient-ils eu un effet sur le déroulement de la Grande Guerre ? « Aujourd’hui nous sommes inondés d’images de conflits que ce soit en Irak ou en Syrie. Tous les jours sur notre fil Twitter ou Facebook, nous voyons des photos ou des vidéos de combats ou d’enfants blessés. Les réseaux sociaux émeuvent les internautes, mais ils n’ont pas le pouvoir d’arrêter les guerres », regrette Stéphanie Trouillard.

« Cela aurait peut-être affecté le désir de certains de s’enrôler, de servir, de combattre et de mourir », s’interroge Paul Reed. « Mais ils nous donneraient un aperçu fascinant de ce que pensaient les troupes. Une grande partie serait sur la nourriture, la boisson et leurs familles. C’est ce que l’on voit dans les lettres de la Première Guerre mondiale », ajoute l’historien anglais.