Société

Des téléphones "grand danger" pour lutter contre les violences conjugales dans les Pyrénées-Orientales

Par Armêl Balogog, France Bleu Roussillon et France Bleu vendredi 29 janvier 2016 à 18:16

Le téléphone grand danger ou TGD pour les victimes de violences conjuguales
Le téléphone grand danger ou TGD pour les victimes de violences conjuguales © Maxppp - Anne-Cécile Juillet

Le département des Pyrénées-Orientales est maintenant doté de "téléphones grand danger". Ils seront confiés, selon les besoins, à des personnes victimes de violences conjugales. Ils leur permettent de prévenir plus rapidement les forces de l'ordre en cas de danger imminent.

En 2014,143 personnes sont mortes de violences conjugales, selon le ministère des Affaires sociales. Parmi elles, 118 femmes et 25 hommes. Ces victimes étaient en grave danger mais n'ont pas pu être secourues à temps. Le "téléphone grand danger" a été créé pour prévenir ces tragiques événements.

Les huit "téléphones grand danger" attribués sur signalement

Le "téléphone grand danger" (ou TGD) est un "dispositif de téléprotection", selon la loi pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes (2014-873) qui l'a créé. D'apparence tout à fait banale, le smartphone est doté d'un bouton, au dos, qui, quand on l'enclenche, appelle directement Mondial Assistance.

Le service de télésurveillance fait alors un contre-appel, pour s'assurer que le danger encouru par le possesseur du téléphone est sérieux. Puis il contacte la police ou les gendarmes qui interviennent immédiatement. Actuellement, 157 téléphones sont déployés en France, ils ont servi à 304 personnes.

Le département des Pyrénées-Orientales vient de se doter de huit "téléphones grand danger". Ils seront attribués, sur signalement, aux personnes en danger, pour une durée de six mois. Des signalements qui peuvent être faits par des particuliers (voisins, familles), mais aussi des associations de défense des droits des femmes ou encore par les forces de l'ordre.

Après le signalement, les dossiers seront évalués par des associations, dont le CIDFF 66, l'Adavip et l'Apex. Ceux jugés en grand danger seront remis au Procureur de la République qui est en mesure d'attribuer les TGD. Achille Kiriakides, procureur dans le département, assure qu'une fois prévenus, la police et les gendarmes interviennent immédiatement.

Achille Kiriakides, procureur de la République, présente le téléphone

La personne violente doit avoir interdiction de contacter sa victime

Mais toutes les victimes de violences conjugales ne pourront pas en avoir. La loi est claire :

"Le dispositif de téléprotection ne peut être attribué qu'en l'absence de cohabitation entre la victime et l'auteur des violences et lorsque ce dernier a fait l'objet d'une interdiction judiciaire d'entrer en contact avec la victime dans le cadre d'une ordonnance de protection, d'une alternative aux poursuites, d'une composition pénale, d'un contrôle judiciaire, d'une assignation à résidence sous surveillance électronique, d'une condamnation, d'un aménagement de peine ou d'une mesure de sûreté."

Autrement dit, seules les victimes n'ayant plus de contact avec leur conjoint-e violent-e sont susceptibles d'avoir ce téléphone. Ainsi, ces derniers ne pourront pas s'apercevoir que les victimes ont un nouveau téléphone.

Aucun(e)

Rassurer et redonner confiance aux victimes 

Les victimes pourront sortir de chez elles avec le TGD et n'auront qu'à appuyer sur le bouton si elles sont en danger. Si, par exemple, la personne violente les attends au coin d'une rue ou près de leur travail.

"Ça lui permet de ne pas s'enfermer, de ne pas rester chez elle, de continuer à vivre le mieux possible, le plus possible, explique Hermeline Malherbe, la présidente du département. (...) On redonne confiance aussi pour ne plus avoir peur, et ça c'est très important."

Pour Hermeline Malherbe, la présidente des P.-O., le TGD rassure les victimes

Le TGD permet aussi aux victimes de ne pas commettre elles-mêmes l'irréparable. Parmi les 25 femmes ayants tués leurs conjoints en 2014, cinq étaient victimes de violences conjugales - ce qui n'est pas sans rappeler l'histoire de Jacqueline Sauvage, cette victime de violences conjugales pendant 40 ans qui a fini par tuer son mari.

Ne pas oublier les autres victimes

"Le téléphone, c'est bien", commente Josine. Elle est elle-même victime de violences conjugales, et pour elle, il ne faut pas oublier les victimes qui n'encourent pas un "grand danger" - selon le terme de la loi. Celles qui sont en danger chez elles, mais en danger quand même.

"Elles n'aiment pas ça recevoir des coups, de se faire insulter par leur compagnon. Mais elles restent quand même, souvent pour les enfants - c'est vrai, c'est à tort, mais c'est comme ça. Il faudra beaucoup les aider parce que la construction ou la reconstruction après pour les femmes, c'est un travail de longue longue longue haleine."

Josine, victime de violences, pensent à celles qui n'auront pas de TGD

Les victimes de violences conjugales peuvent contacter le CIDFF (téléphone : 04.68.51.16.37 - adresse : 52, rue du Maréchal Foch, 66000 Perpignan).