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Société

Deux Ligériens vont traverser la Méditerranée pour les migrants

lundi 10 août 2015 à 19:15 Par Marie Rouarch, France Bleu Saint-Étienne Loire

Maria Guerra et Alain Gomez n'ont rien de deux sportifs professionnels. Ils sont co-responsables de la communauté Emmaüs de Saint-Étienne et sa région. Pour partager l'héritage de l'Abbé Pierre, pour dénoncer la situation inhumaine vécue par les migrants, ils ont décidé de traverser la Méditerranée. Lui à la nage, elle en kayak. Un challenge prévu le 11 août après deux ans de préparation.

Alain Gomez s'entraîne depuis deux ans pour traverser la Méditerranée à la nage en soutien aux migrants
Alain Gomez s'entraîne depuis deux ans pour traverser la Méditerranée à la nage en soutien aux migrants © Radio France - Antonin Bouvier

Leur projet s'appelle "Article 13". Pour l'article 13 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme. Il dispose que "Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays." Cet article est bafoué tous les jours en Méditerranée selon Maria Guerra et Alain Gomez, tous deux co-responsables de la communauté Emmaüs de Saint-Étienne et sa région.

Alors pour dénoncer cette situation - ces naufrages à répétition et les 2 000 morts en Méditerranée depuis le début de l'année - ils se sont lancé un défi : traverser le détroit de Gibraltar, entre Tarifa, en Espagne, et les côtes marocaines, lui à la nage, elle en kayak . Traversée programmée le 11 août prochain .

Alain Gomez et Maria Guerra se sont entraînés dans la Loire avant de rejoindre Tarifa, en Espagne - Radio France
Alain Gomez et Maria Guerra se sont entraînés dans la Loire avant de rejoindre Tarifa, en Espagne © Radio France - Antonin Bouvier

Maria Guerra et Alain Gomez quitteront Tarifa, accompagnés d'un bateau d'assistance. À leur arrivée, après 6h de traversée environ, ils planteront un drapeau "article 13" sur le sol marocain, avant de repartir immédiatement en bateau, direction l'Espagne, par peur d'être interpellés. Dès leur retour côté européen, ils planteront également un drapeau, symboliquement.

Maria Guerra traversera la Méditerranée en kayak le 11 août prochain

Deux citoyens ordinaires

Pourtant, ils n'ont rien de deux sportifs professionnels. Lui nageait déjà mais elle, n'avait jamais fait de kayak de sa vie. Maria Guerra a pu compter sur sa bonne condition physique et deux ans d'entraînement dans la Loire surtout, pour se lancer dans l'aventure. "Du point de vue sportif, je ne suis pas confirmée en kayak, reconnaît-elle, c'est sûr, il faut beaucoup plus de temps, mais ce qui m'anime c'est la motivation, c'est la conviction, c'est l'Abbé Pierre, sa parole, son héritage" .

"Nous-mêmes avons vécu le déracinement"

À travers ce challenge, ils veulent dénoncer "l'absurdité d'un système qui favorise la circulation des marchandises et des capitaux, mais qui entrave celle d'enfants, de femmes et d'hommes fuyant la misère, les guerres et autres fléaux" . Eux qui viennent aussi de familles d'immigrés : les parents de Maria ont fui la dictature de Franco en Espagne, Alain est né au Maroc. "Nous-mêmes avons vécu le déracinement, explique Maria Guerra, et on a eu la chance d'être accueillis dans le pays que nous avions choisi et d'avoir la possibilité de s'y installer librement et de s'y épanouir." Alors ces migrants reconduits de force, parqués dans des bidonvilles, ça les choque.

"Article 13"

Avant même leur traversée, Alain Gomez et Maria Guerra veulent faire de leur initiative un événement populaire. Une pétition pour le respect de l'article 13 a été mise en ligne, tout comme un modèle de petit bateau en papier à prédécouper et à mettre à l'eau le jour de leur départ, et un avatar "article 13" à diffuser sur les réseaux sociaux.

Maria Guerra espère un soutien populaire au projet "Article 13" - Radio France
Maria Guerra espère un soutien populaire au projet "Article 13" © Radio France - Marie Rouarch

Préparation en conditions réelles

Alain Gomez et Maria Guerra sont arrivés à Tarifa quelques jours avant la traversée. Quelques jours passés les yeux sur l'horizon, à observer les côtes marocaines.

"Ca paraît tout proche et on se met à la place des migrants qui regardent la côte espagnole"

témoigne Maria. Du temps aussi pour découvrir le Détroit de Gibraltar, appréhender le trafic intense des ferrys et porte-containers, goûter l'eau fraîche et faire quelques ajustements : prévoir une pommade pour gérer la température de l'eau ou les échauffements, etc.

Alain et Maria se sont entraînés en conditions réelles dans les eaux du Détroit de Gibraltar

Quelques heures avant le départ, Alain et Maria se disent sereins. "Advienne que pourra" lance le nageur. Visualiser Tarifa, le détroit et les côtes marocaines les a en tout cas conforté dans leur conviction : tous les deux veulent apporter leur "petite part", contribuer à dénoncer la situation catastrophique des migrants.

Alain et Maria témoignent, à quelques heures de la traversée

Un projet soutenu de longue date par Emmaüs France, Emmaüs International et le navigateur et artiste, Titouan Lamazou, parrain de l'opération "Article 13".

Pour Thierry Kuhn, président d'Emmaüs France, Emmaüs, c'est l'action et l'interpellation