Société

Dijon : la Garantie jeunes remet les brebis égarées sur les rails de l'entreprise

Par Arnaud Racapé, France Bleu Bourgogne vendredi 23 octobre 2015 à 17:52

Clarice, 24 ans, a repris goût à la vie active après des années de chômage
Clarice, 24 ans, a repris goût à la vie active après des années de chômage © Radio France - Arnaud Racapé

C'est le dernier dispositif d'accompagnement vers l'emploi à destination des jeunes en difficulté : la Garantie jeunes, initiative européenne et relayée par l'Etat français, vise la prise en charge de 100.000 jeunes en 2017. A Dijon, sa mise en oeuvre date de mai dernier, 150 jeunes en bénéficient.

Les jeunes en question, âgés de 18 à 26 ans, en décrochage scolaire, chômeurs ou issus de quartiers bénéficiant de la politique de la ville, sont accompagnés pendant un an. Ils reçoivent une allocation de 450 euros, et suivent des ateliers de remise à niveau, d'aide aux entretiens d'embauche, le tout en lien avec le monde de l'entreprise.

Ateliers de remise à niveau

Michel Julien est le président de la mission locale de l'arrondissement de Dijon qui pilote l'opération, détaille le fonctionnement de ce dispositif : "La Garantie jeunes peut être complémentaire des emplois aidés, des contrats divers, etc. Pendant six semaines, les jeunes vont avoir un atelier intensif chaque jour, de remise à niveau dans tous les domaines, que ce soit les codes au travail, découvrir l'entreprise, faire du sport aussi. Il s'agit de redevenir citoyen à part entière. Et après ces six semaines, ils vont aller à la recherche, avec l'aide de la Garantie jeunes, d'un stage, d'une formation, d'un emploi. Et il y a certains jeunes qui sont déjà embauchés grâce à la Garantie jeunes. Donc c'est une façon de remettre le pied à l'étrier pour ces jeunes qui sont très, très en difficulté."

Démystifier le monde de l'entreprise

Les jeunes et les entreprises, voilà deux mondes qui ne demandent qu'à mieux se connaître et à balayer les préjugés qu'ils entretiennent l'un envers l'autre. Depuis le mois de mai, leur site de rencontre est donc tout trouvé, à la mission locale de Dijon, où 150 jeunes en situation de décrochage sont pris en charge dans le cadre de la Garantie jeunes,  censée leur redonner autonomie et confiance, tout en les confrontant à l'entreprise. Nadège Graziani est conseillère à la mission locale : "les freins sont variés. Ça peut être lié à des problématiques sociales, des jeunes qui sont en rupture familiale, isolés, qui n'ont pas forcément de logement, etc. Donc va agir là-dessus. Ensuite c'est surtout en termes de savoir-être. Par exemple on n'arrive pas à la mission locale avec une casquette, on arrive à l'heure, etc. Il faut renouer avec ces codes de comportement qui sont fondamentaux pour le monde de l'entreprise."

J'étais un peu désespéré

Et le bilan à mi-parcours est positif à en croire Clarice, 24 ans, titulaire d'un BTS en gestion de PME-PMI. Elle est en train de reprendre goût à la vie active, après des années de galère, à envoyer des dizaines de CV sans jamais de débouché : _"ça faisait longtemps que j'étais plus en cours et que je ne travaillais pas. Je me levais tard, je ne faisais rien de mes journées,  et là j'ai fait un stage, j'ai dû me lever, rencontrer des gens, je me suis aperçu que j'avais des difficultés. Par exemple pour le standard, le contact avec les clients ou pour l'informatique, il y a des choses que j'avais vues à l'école mais que j'avais oubliées." Même discours chez William, déjà diplômé de l'Ecole de la 2e chance à Chevigny, et qui se rêve en vendeur de prêt-à-porter  grâce à ses expériences acquises dans le cadre de la Garantie Jeunes. "J'étais un peu désespéré pour ne rien vous cacher. Et puis j'ai fait un stage à la Toison d'Or, et puis d'autres après, et ça s'est très bien passé, ils m'ont donné des responsabilités. Aujourd'hui je me sens mieux, j'ai confiance en moi quand je passe en entretien, c'est comme si je parlais à quelqu'un de normal, alors qu'avant j'étais très stressé."_

Des entreprises bien présentes

L'opération Garantie Jeunes ne fonctionnerait pas sans le concours et l'implication des patrons, sollicités à la fois pour venir parler au jeunes de la réalité du monde du travail, mais aussi pour leur offrir la possibilité de l'expérimenter. Ainsi Pascal Leterrier, directeur du Carrefour City de la rue de Transvaal à Dijon, a déjà embauché un jeune issu du dispositif : _"Après trois semaines de stage, voyant que ça s'était très bien passé, je lui ai dit que si j'avais une opportunité à lui offrir, je ne manquerais pas de l'appeler. L'opportunité s'est présentée, je l'ai rappelé, on s'est mis d'accord avec la mission locale, et depuis il est embauché au magasin." _Pascal Leterrier est conscient que dans le divorce qui existe entre certains jeunes et le monde de l'entreprise, les patrons ont leur part de responsabilité à assumer : "_évidemment nous avons une grande part de responsabilité quantà l'échec de tous ces jeunes. C'est donc à nous de faire le premier pas pour aller les chercher." _Côté financement, l'aide allouée pour chaque jeune est de 1.600 euros, une somme partagée entre l'Union Européenne et l'Etat français. François Hollande a annoncé sa volonté de généraliser la Garantie jeune à tout le territoire d'ici le mois de mars prochain.