Infos

Dijon : une maison de la santé pour soigner les maux des policiers

Par Stéphanie Perenon, France Bleu Bourgogne jeudi 1 décembre 2016 à 15:28

Les services de la maison de la santé pour les fonctionnaires de police, sont désormais tous rassemblés au sein de la cité Eiffel à Dijon
Les services de la maison de la santé pour les fonctionnaires de police, sont désormais tous rassemblés au sein de la cité Eiffel à Dijon © Radio France - Stéphanie Perenon

C'est une première en France, une Maison de la santé dédiée aux fonctionnaires de police. A Dijon elle regroupe deux services de médecine, un service de psychologues et un d'assistantes sociales. Un outil pour accompagner au mieux, des policiers dont le malaise ne cesse de s'amplifier.

Burn-out, fatigue excessive, dépression, le malaise des policiers s'est aggravé ces dernières années. A leurs traditionnelles missions, se sont ajoutées celles liées au plan vigipirate et à la lutte contre le terrorisme. Mais face au manque de moyens et à une violence de plus en plus quotidienne, beaucoup craquent. Pour les accompagner dans notre région, il existe désormais une structure, la maison de la santé du SGAMI Est (secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur). Jusqu'à présent ses différents services étaient disséminés dans Dijon. Ils sont désormais tous regroupés en un seul et même lieu, au sein de la cité administrative Eiffel à Dijon.

Dans la salle d'attente,  dix à quinze personnes patientent chaque jour avant d'être accueillies sur rendez-vous - Radio France
Dans la salle d'attente, dix à quinze personnes patientent chaque jour avant d'être accueillies sur rendez-vous © Radio France - Stéphanie Perenon

C'est un moment important pour les policiers, déclarait ce jeudi, pour l'inauguration officielle, Pierre Gaudin, le Préfet délégué pour la défense et la sécurité auprès du préfet de la région Alsace-Champagne-Ardenne--Lorraine.

Pierre Gaudin, préfet délégué pour la défense et la sécurité

Des services regroupés dans un même bâtiment

Les services de médecine statutaire, médecine de prévention ainsi que le service de psychologues et de soutien opérationnel sont donc tous au même endroit. Un avantage pour les 4000 fonctionnaires de police affectés dans la région Bourgogne-Franche-Comté et tous les agents du Ministère de l’intérieur qui sont placés sous l'égide de la police. Un outil qui a de nombreux avantages pour Claude Gonzalez, médecin chef de la police nationale, "ici c'est la première fois qu'on réunit tous les professionnels compétents dans la prise en charge d'un policier, réunis dans de mêmes locaux. L'avantage, c'est qu'on va pouvoir mieux échanger nos informations et aussi rentabiliser l'action et évidement être beaucoup plus efficace dans le résultat."

Une souffrance au travail bien réelle

Et il y a du travail, pour Frédéric Pailard, le secrétaire régional du syndicat Alliance Police national en Bourgogne-Franche-Comté, c'est une bonne nouvelle, cela veut dire que "les autorités en ont pris conscience des difficultés, il faut dire qu'avec cinquante suicides par an, elles ne peuvent plus négliger ce fait là !".

"On a constaté un surcroît de collègues en situation de détresse psychologique . Des collègues qui n'hésitent plus à s'arrêter pour dépression, burn-out et pour fatigue excessive" - Frédéric Pailard, secrétaire régional Alliance Police Nationale

Le grand bénéfice cet outil poursuit Frédéric Paillard, c'est " qu'il va permettre une meilleure connexion entre les médecins ". Car la souffrance est réelle, dans tous les corps de métier, quels que soient les grades. Mais le responsable syndical prévient, " c''est positif mais pour être pertinent, l'administration doit donner réellement les moyens de fonctionner".

"Nos forces sont exsangues, la fatigue s'est installée, une certaine désorganisation également, et des problèmes de sous-effectif en plus de certains contingences budgétaires" - Frédéric Paillard, du syndicat Alliance Police Nationale

Frédéric Paillard, secrétaire régional du syndicat Alliance Police Nationale en Bourgogne-Franche-Comté

Un état de fatigue qu'a aussi constaté Philippe Paulin, médecin inspecteur régional à la Maison de santé, "ces dernières années, il y a eu une augmentation notable des personnels accueillis et depuis 12 mois, il y a une augmentation non négligeable des blessures en service. Cela représente presque la moitié de notre activité donc c'est très important de savoir accueillir au mieux ces personnels, car l’objectif c'est bien de les aider à reprendre dans les meilleurs conditions et accompagner leur retour dans leur service".

Philippe Paulin, médecin inspecteur régional à la Maison de la santé à Dijon - Radio France
Philippe Paulin, médecin inspecteur régional à la Maison de la santé à Dijon © Radio France - Stéphanie Perenon

Alors dans ce contexte perturbé, cet effort pour accompagner les fonctionnaires de police, au sein d'une maison de la santé plus pratique et plus fonctionnelle, c'est positif, pour Frédéric Pailard du syndicat Alliance. "Ça peut donner envie de continuer le travail avec abnégation." D'autres syndicats de policiers eux, sont moins enthousiastes et n'étaient pas présents pour l'inauguration. C'est le cas du syndicat Unité SGP en Bourgogne-Franche-Comté, qui regrette les "mots" de son administration et qui préféreraient voir cette même administration, réellement s'occuper des "maux" des policiers .

L''aménagement et les travaux de rénovation ont coûté 220 000 euros. Quinze personnes en assurent le fonctionnement dans cette nouvelle configuration depuis fin octobre.

Le reportage de Stéphanie Perenon

Partager sur :