Société

Djibi, un apprenti malien de 19 ans récompensé pour son mérite à Poitiers

Par Rivière Isabelle, France Bleu Poitou et France Bleu mercredi 23 septembre 2015 à 6:00

En 3 ans, Djibi, l'apprenti malien a appris le français et un métier.
En 3 ans, Djibi, l'apprenti malien a appris le français et un métier. © Radio France - Isabelle Rivière

Ils ont entre 19 et 24 ans, sont apprentis au Campus des métiers de St Benoît, et ce jeudi 23 septembre 2015, ils vont recevoir un prix décerné par la Société des membres de la Légion d'Honneur de la Vienne. Un prix qui récompense le mérite et les parcours d'intégration exemplaires.

A Poitiers, 6 apprentis du Campus des métiers de St Benoît vont recevoir un prix pour récompenser leur mérite ce jeudi 23 septembre 2015 dans les Salons d'honneur de l'Hôtel de ville. 

C'est la Société des membres de la Légion d'Honneur de la Vienne qui décerne ce prix tous les 4 ans. Il s'agit d'une part, de soutenir l'apprentissage, trop souvent considéré -à tort- comme une voie de garage. Et d'autre part, de prôner des valeurs telles que le mérite, le respect, et la motivation. Le jury sélectionne les candidats proposés par les CFA, Centres de formations des Apprentis de la Vienne. Sur les 12 dossiers examinés, 6 ont retenu l'attention du jury. Parmi eux, celui de Djibi Coulibali, apprenti pâtissier à la Boulangerie Montas, quartier de la Demi-Lune à Poitiers. 

Le lauréat est un apprenti qui ne parlait pas du tout français il y a 3 ans

Djibi Coulibali a 19 ans. Il y a 3 ans, il quitte le Mali pour Paris. Il veut "se construire un avenir". Son rêve, c'est d'apprendre la pâtisserie française. Sa mère, elle, lui recommande plutôt de faire des études en France. Elle l'envoie chez des amis, censés l'accueillir chez eux, mais à son arrivée à l'aéroport de Paris, Djibi ne voit personne. 

Le jeune malien, âgé de 16 ans, ne parle pas français. Il se retrouve seul, à errer dans l'aéroport pendant 3 jours, à manger ce qu'il trouve et à dormir où il peut. 

Repéré par les maraudes de la Croix Rouge, il est confié à l'Aide Sociale à l'Enfance, et envoyé dans un foyer d'urgence à Paris,  puis, au bout de 4 mois, dans une famille d'accueil de la Vienne. C'est dans l'un de ses foyers qu'il participe à une initiation à la pâtisserie. Ce qui confirme son souhait d'apprendre le métier. Avec ses tuteurs, il bâtit un projet de formation. Il n'a pas le choix : S'il veut reste en France, il doit trouver un patron d'apprentissage. 

C'est la Boulangerie Montas qui lui donne sa chance à Poitiers. 

Inscrit au CFA du Campus des métiers de St Benoît, près de Poitiers, Djibi apprend son métier dans une boulangerie familiale mais réputée de Poitiers, la Boulangerie Montas, avenue de Nantes et quartier de la Demi-Lune à Poitiers. 

"A l'époque on ne trouvait pas d'apprenti. Quand on m'a appelé pour me proposer de prendre Djibi, j'ai dit pourquoi pas. S'il est motivé, passionné, nous on est preneurs bien sûr", raconte Fabienne Montas, la patronne.     

Cette dernière se souvient encore de Djibi il y a 3 ans: 

" A l'époque, Djibi ne parlait pas français. Il comprenait, mais pas toujours. Il a fallu lui apprendre les subtilités de la langue. est-ce qu'il est allé à l'école au Mali? je ne sais pas. En tout cas, il avait peur de ne pas savoir compter", ajoute-t-elle. Nous on lui a juste expliqué que 2 et 2, ça faisait toujours 4. Que l'on compte en français ou en malien (Façon de parler). C'est important de savoir compter en pâtisserie. Ne serait ce que pour les mesures de farine, etc"

3 ans plus tard, à force de persévérance, de patience, l'équipe est fière : Djibi a désormais 2 CAP en poche (pâtisserie et chocolaterie) et entame une filière d'excellence, un BTM, Brevet technique des métiers en pâtisserie, toujours à la Boulangerie Montas. 

Son chef d'apprentissage, Christophe Montas, pourtant exigeant, le dit : "Je pense que c'est l'un des meilleurs apprentis que j'ai eu". 

Au Campus des métiers de St Benoît, l'équipe enseignante salue le parcours de Djibi Coulibali, à l'image de Jean-Bernard Vannier, CPE Conseiller principal d'Education, au sein de l'établissement: 

 "Ce qui est remarquable dans son parcours, au delà de ses aptitudes, c'est réellement la volonté de réussir. Tous ses effort  constants pour surmonter ses difficultés; le tout avec de la discrétion et une bonne humeur constante. C'est quelqu'un qui a fait de nombreux efforts, et c'est ça, je pense qui est récompensé par l'intermédiaire du prix qui va lui être décerné"

Pour le centre de formation des apprentis du campus des métiers de St Benoît, les 6 jeunes choisis pour ce "prix du mérite" portent à merveille les valeurs de l'apprentissage, et il est important de montrer qu'on peut se hisser socialement par ce biais.