Société

Dordogne : "Mon fils a eu une vie et je veux qu'on le reconnaisse", Mélanie, mère d'un enfant mort-né

Par Caroline Pomès, France Bleu Périgord samedi 10 décembre 2016 à 17:20

Mélanie Fabry et Clothilde Philippy, présidente et vice-présidente de l'association Périgord Etern'ailes qui regroupe les mères d'enfants morts-nés
Mélanie Fabry et Clothilde Philippy, présidente et vice-présidente de l'association Périgord Etern'ailes qui regroupe les mères d'enfants morts-nés © Radio France - Caroline Pomès

Ce samedi, la mairie de Périgueux et l'association Périgord Etern'ailes qui regroupe les parents souffrant de deuil périnatal ont inauguré une stèle pour le souvenir des enfants morts-nés de Périgueux au cimetière du Nord. Un pas de plus vers la reconnaissance de ces enfants oubliés

"Mon fils a existé, je l'ai senti vivre dans mon ventre". Mélanie a 30 ans. Il y a deux ans, elle a accouché d'un bébé mort suite à des complications de grossesse. Son fils Esteban était nocif pour elle et inversement. A cinq mois de grossesse, les médecins ont déclenché un accouchement. Aujourd'hui, elle a une petite fille d'un an et selon la loi elle n'a qu'un enfant. Un manque de reconnaissance qui la blesse au quotidien. C'est pour ça qu'elle a créé avec Clothilde Philippy, également mère d'un enfant mort-né l'association Périgord Etern'ailes pour aider ces couples qui n'arrivent pas à faire leur deuil correctement.

Son fils n'a pas le droit de porter son nom de famille. La seule trace administrative de son bébé se trouve "en bas d'une page du livret de famille à la rubrique "enfant décédé"". Mais si seulement le manque de considération s'arrêtait-là. Ses proches la font également souffrir en ne prenant pas conscience de son deuil.

"Quand on me dit nous on ne l'a pas connu, donc pourquoi le pleurer ? Ce sont des phrases qui font très mal" - Mélanie, mère d'un enfant mort-né.

Tabou et ignorance

"Mon bébé c'est un tabou chez certaines personnes, raconte Mélanie les larmes aux yeux. Alors que ce que je demande tout simplement c'est qu'on le reconnaisse." Pour son mari, qui la soutient dans son combat, c'est pareil. "On a préparé la vie d'un enfant pendant des mois et d'un seul coup, c'est son départ qu'on doit organiser, c'est un choc. Tout s'écroule d'un coup."

"Nous avons vécu deux deuils, celui de notre fils mais aussi celui de la vie qu'on aurait pu avoir et qu'on avait commencée à imaginer, de sa première dent à sa première rentrée des classes." - Mélanie

L'association a choisi de ne rien écrire sur la stèle mais d'y graver un papillon pour le symbole de la transformation - Radio France
L'association a choisi de ne rien écrire sur la stèle mais d'y graver un papillon pour le symbole de la transformation © Radio France - Caroline Pomès

C'est avec émotion que Mélanie, vice-président de l'association Etern'ailes, dépose une première gerbe de fleur devant cette stèle en granite encore vierge. Mélanie et son mari ont décidé il y a deux ans de verser les cendres de leur enfant dans le jardin au souvenir des enfants au cimetière de Mérignac en Gironde. Aujourd'hui, cette stèle "me permettra de sortir du travail et d'aller me recueillir quand j'en ai envie et pourquoi pas de réveiller des consciences. Ces enfants sont morts mais ils ont existé dans le ventre de leur mère."

Il est donc possible à partir de ce samedi pour tous les couples de Périgueux touchés par un deuil périnatal de contacter l'association pour accrocher une plaque avec le prénom de leur enfant.