Société

Dounia Bouzar : "Les techniques de l'islamisme radical ont changé"

Par Eric Turpin, France Bleu Nord lundi 2 juin 2014 à 10:00

Dounia Bouzar, fondatrice du centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam

Dounia Bouzar est l’auteure du livre "Désamorcer l'islam radical" paru aux Editions de l'Atelier en janvier dernier. Cette ancienne éducatrice lilloise travaille depuis plusieurs années sur le sujet. Elle observe une évolution des techniques de radicalisation. Les jeunes qui ont un simple mal-être, comme tout adolescent, peuvent basculer.

« Il y a une mutation du radicalisme » , explique Dounia Bouzar, ancienne éducatrice lilloise, aujourd’hui chargée de mission par le gouvernement. « L’islam radical utilise beaucoup internet et ce que je l’appelle les dérives des techniques sectaires pour dire au jeune que le malaise qu’il ressent dans son corps ou dans la société est le signe qu’il a été élu par Dieu, pour appartenir à un groupe supérieur, et pour sauver le monde qui est en déclin » .

« On n’est plus dans des filières de recrutement »

Dounia Bouzar estime que le temps des filières de recrutement est révolu. L’islam radical a changé de méthode pour faire basculer des jeunes dans le radicalisme. « Tant qu’on raisonnera en termes de filières de recrutement organisées, avec une tête de réseau et une hiérarchie, on n’arrivera pas à désamorcer le problème » , assure l’ancienne éducatrice lilloise. « Là on a vraiment à faire à un discours qui, tout d’un coup, fait autorité sur des jeunes, qui donne un sens à leur vie, leur donne une place. Et vous avez des tas de jeunes qui se radicalisent seuls, ou en petit groupe. Par internet, ils trouvent quelqu’un de physique » .

La prison n’est qu’un aspect du problème

« Mehdi Nemmouche est passé par la prison. L’enfermement est un facteur qui facilite » , reconnaît Dounia Bouzar. « Mais d’autres ne passent pas par la prison et il faut surtout réfléchir à cette question : comment ce discours arrive à faire basculer des jeunes en moins de deux mois, et pas forcément des jeunes qui vont en prison et qui ont des problèmes » .

Comment désamorcer l’islam radical

« A la suite de la sortie de mon livre, une cinquantaine de parents m’ont téléphoné. Ils ont compris comment ils avaient perdu leur enfant mentalement. Parce qu’on parle de la Syrie, du passage à la violence, mais bien avant çà, le basculement dans l’islam radical provoque une perte mentale » , explique Dounia Bouzar. 

« L’enfant est là sans être là. Il ne voit plus ses anciens amis, en disant qu’ils ne sont pas dans le vrai. Il ne veut plus faire de la guitare et du sport, en disant que la mixité c’est le diable. Il ne veut plus aller à l’école  », analyse t-elle.*«  Et le dernier indicateur, il remet en question l’autorité des parents. L’autorité du groupe, donc de l’islam radical, prend le dessus sur celui des parents »* .

Pour aider les parents à reconnaître les signes que leur enfant se radicalise, Dounia Bouzar a fondé le centre de prévention des dérives sectaires liées à l'Islam. Un numéro vert a été mis en place par le ministère de l’intérieur depuis le 29 avril : 0 800 005 696 .

 

Dounia Bouzar, fondatrice du centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam

Partager sur :