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Société

Droit de vote, allocation à vie... Les personnes handicapées du Vaucluse réagissent aux annonces du gouvernement

jeudi 25 octobre 2018 à 21:36 Par Marie-Jeanne Delepaul, France Bleu Vaucluse

Le gouvernement a annoncé jeudi 10 mesures pour "améliorer le quotidien" des personnes handicapées. Reportage dans une association de L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse) pour savoir ce qu'en pensent les principaux concernés.

Plusieurs personnes handicapées sous tutelle, qui vivent au Moulin de l'Auro, aimeraient pouvoir voter.
Plusieurs personnes handicapées sous tutelle, qui vivent au Moulin de l'Auro, aimeraient pouvoir voter. © Radio France - Marie-Jeanne Delepaul

L'Isle-sur-la-Sorgue, France

"Plus simple la vie" : c'est le slogan choisi par le gouvernement jeudi pour annoncer dix mesures qui concernent les personnes handicapées. L'une des annonces touche les personnes placées sous tutelle, soit 300.000 adultes en France, souvent lourdement handicapées mentales. Désormais, elles auront ledroit de voter, se marier, se pacser ou divorcer sans l'accord d'un juge.

"Quand on est une personne différente et qu'on a une maladie grave, on ne peut pas faire ce qu'on veut." - Estelle, sous tutelle

Plusieurs associations saluent cette avancée. Mais qu'en pensent les premiers concernés ? À L'Isle-sur-la-Sorgue, l'association du Moulin de l'Auro, qui appartient à la fédération de l'Arche, accueille des personnes handicapées mentales. Parmi elles, Estelle, 23 ans, handicapée à 80%. Elle est sous tutelle, donc directement concernée par l'annonce du gouvernement et elle se réjouit de pouvoir voter comme tout le monde : "Je suis allée à la mairie avec mes parents. Je leur ai demandé : comment ça se fait que vous pouvez voter et moi non ?" Ils m'ont dit : "Ce n'est pas de ta faute, tu es née avec une maladie grave donc tu ne peux pas tout faire." C'est pas facile ! Je suis déçue parce que je suis une personne différente, on ne peut pas faire ce qu'on veut. Je me bats pour être citoyenne, c'est pas facile mais j'essaye. Peut-être qu'il faut que j'ose aller toute seule. On a une photo, on met dans l'enveloppe, on met dans l'urne, c'est tout simple. Mais ça, c'est un secret, je ne dois pas le dire à mes parents, c'est personnel !"

Estelle, 23 ans, "se bat pour être citoyenne". - Radio France
Estelle, 23 ans, "se bat pour être citoyenne". © Radio France - Marie-Jeanne Delepaul

Estelle, sous tutelle, voudrait voter "comme tout le monde"

Tous les résidents de l'association n'ont pas cette envie de voter. D'ailleurs, parmi ceux qui le peuvent déjà, parce qu'ils ne sont pas sous tutelle, très peu exercent leur droit : "à peine 10 %" confie une éducatrice. Mais Aurélie, 25 ans, n'est pas de ceux-là. Elle est sous tutelle, handicapée à 80%, et voter, elle en rêve depuis longtemps : "Cela fait des années que je vais accompagner mes parents au bureau de vote, et je mets le bulletin dans l'urne." Aurélie aimerait bien, la prochaine fois, mettre son propre bulletin dans l'urne. 

Le gouvernement veut modifier le code électoral pour cela, et mettre cette mesure en place, au plus tard pour les élections municipales de 2020, d'après une interview de la secrétaire d'Etat Sophie Cluzel au Parisien

Ce serait une grande avancée pour le directeur du Moulin de l'Auro, Philippe Verdier : "Il y a des gens qui vont être ravis de se sentir participants à la société, d'être reconnus comme personne à part entière, d'aller voter sans forcément avoir l'autorisation de."

Le droit de vote pour les personnes sous tutelle : une avancée ? Le reportage France Bleu

Le risque de manipulation

Mais supprimer le recours au juge suscite aussi des interrogations, y compris, chez les professionnels. Cécile Gilbert est psychanalyste et s'occupe de la communication au Moulin de l'Auro. Elle craint la manipulation : "Donner le droit de vote à tout le monde, c'est aussi prendre le risque de faire voter par, et donc ne pas les faire voter, eux. Moi je peux leur dire "j'adorerais que tu votes pour mon ami qui va se présenter pour les prochaines élections municipales !" La force d'influence que l'on a sur ces personnes est très, très forte."

"La force d'influence que l'on a sur ces personnes est très, très forte." - Cécile Gilbert, chargée de communication de l'association.

Pour les éducateurs du Moulin de l'Auro, il faudrait accompagner cette mesure : rendre la politique accessible, avec, pourquoi pas, des programmes simplifiés.

"Saisir un juge, c'est compliqué, aucune personne sous tutelle ne le faisait." - Marc Geiger, avocat

Dans ces conditions, pourquoi ne pas maintenir le recours au juge, pour décider, au cas par cas, d'autoriser ou non le droit de vote ? "Le problème est que dans les faits, aucune personne sous tutelle ne faisait la démarche de demander un juge, qui sont compliqués à saisir, cela demande de recourir à un avocat, etc." soupire Marc Geiger, avocat au barreau de Carpentras, spécialisé en droit des personnes.

Kim et Anthony, 27 ans, sont fiancés, mais ne peuvent se marier sans l'accord du juge et de leur tuteurs. - Radio France
Kim et Anthony, 27 ans, sont fiancés, mais ne peuvent se marier sans l'accord du juge et de leur tuteurs. © Radio France - Marie-Jeanne Delepaul

Outre le droit de vote, la mesure annoncée par le gouvernement permettrait aussi aux personnes sous tutelle de se marier, se pacser ou divorcer sans demander l'avis du juge. Au Moulin de l'Auro, Kim et Anthony, 27 ans, sont justement fiancés : "On s'est rencontrés ici, il y a cinq ans, on est amoureux, j'aimerais vivre avec ma chérie", sourit Anthony. Mais même si la "barrière" du juge saute, le tuteur peut toujours s'opposer à ce genre de décision.

Simplifier les démarches administratives

L'autre mesure importante annoncée par le gouvernement jeudi, c'est la fin des lourdeurs administratives. Il propose que les personnes handicapées à plus de 80 % pourront toucher à vie l'allocation adulte handicapé (AAH), sans en refaire régulièrement la demande. Jusqu'à présent, pour recevoir cette aide financière de 860 euros maximum, il fallait refaire un dossier tous les cinq ans auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). "On réévalue les capacités de la personne, mentale et physique, pour voir s'il y a une évolution positive ou négative. Au vu de cette évolution, la MDPH réattribue pour cinq ans ou non cette allocation" explique Cécile Gilbert.

Cela représentait beaucoup de démarches pour les familles... Des démarches inutiles pour des personnes handicapées à 80 % : "Au-delà de 80% en général on a un handicap très lourd : des cécités, des paralysies totales, des maladies mentales sévères, donc ce sont des pathologies sur lesquelles on a -hélas - une visibilité qui ne va pas dans le bon sens. Donc réévaluer tous les cinq ans ça fait perdre du temps et de l'énergie à tout le monde" souligne Cécile Gilbert.

Autre mesure de simplification annoncée :  les enfants lourdement handicapés recevront leur allocation jusqu'à 20 ans sans refaire une demande tous les douze ou dix-huit mois.

Simplifier les démarches administratives : le reportage France Bleu