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Drôme : qui sont les colleuses féministes de Valence ?

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Par , France Bleu Drôme Ardèche

Pour rendre visibles les violences et les injustices faites aux femmes, des féministes drômoises se rejoignent en pleine nuit et collent des messages sur les murs. On les retrouve principalement à Valence, mais aussi à Chabeuil ou Crest. Âgées de 19 à 49 ans, elles sont de plus en plus nombreuses.

Les colleuses de Valence ont montré leur soutien à Alice Coffin en réalisant un collage devant l'université.
Les colleuses de Valence ont montré leur soutien à Alice Coffin en réalisant un collage devant l'université. © Radio France - Claire Leys

Élo, Camille et Cathy sont armées de peinture noire, de colle et de feuilles blanches, format A4. Des outils inoffensifs en apparence, mais redoutablement efficaces. En pleine nuit, plusieurs fois par mois, ces trois Valentinoises se retrouvent pour coller leur colère sur les murs. "On ne tue jamais par amour", "Céder n'est pas consentir" ou encore "Mes tétons ne sont pas une invitation". Des phrases courtes, percutantes, pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles, entre autres. 

Un des collages visibles à Valence.
Un des collages visibles à Valence. © Radio France - Nathalie Rodrigues

Féminicides : derrière les chiffres, des femmes

Cette pratique est apparue en France en septembre 2019, à Paris. Les messages collés aux quatre coins de la capitale ont rapidement inondé les réseaux sociaux et, ailleurs dans le pays, d'autres femmes ont suivi le mouvement. A Valence, l'idée de coller a émergé au début de l'année 2020, et chaque colleuse a son histoire. "Ma belle-sœur a été tuée par son mari en 2006, raconte Cathy, une des Valentinoises à l'origine du projet. A cette époque, j'entendais déjà qu'une femme mourrait tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou de son ex... Quinze ans plus tard, les chiffres sont toujours les mêmes. Ça me bouleverse, ça me révolte". 

En France, le ministère de l'Intérieur estime qu'au cours d'une année, 213 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint. Dans la Drôme, 572 faits de violences conjugales ont été recensés en 2018 par la préfecture. 

Il y a quelques mois, Cathy s'est rendue à Marseille. Là bas, les collages sont omniprésents. Elle a eu envie de reproduire l'expérience chez elle, dans la Drôme. "Sur les collages, on peut lire les noms des victimes de féminicides (meurtre d'une femme en raison de son genre, NDLR), leurs âges, les circonstances dans lesquelles elles ont été tuées. Ce n'est pas comme donner un simple chiffre. On se rend compte que ces femmes ont existé, on leur redonne leur place et surtout, le collage renvoie l'acte à ce qu'il est : un crime."

Les messages sont collés en pleine nuit, sur des murs repérés en amont.
Les messages sont collés en pleine nuit, sur des murs repérés en amont. © Radio France - Nathalie Rodrigues

Aujourd'hui, une dizaine de personnes font partie des colleuses de Valence, elles sont âgées de 19 à 49 ans. Plusieurs fois par mois, elles se réunissent pour organiser leurs actions. Il faut d'abord trouver un lieu, "tous les murs ne s'y prêtent pas, et on ne colle pas sur des habitations", détaille Camille, la vingtaine. Les militantes repèrent également la présence de caméras de vidéosurveillance puis choisissent les phrases à coller. 

Reprendre la rue

Pour amplifier la visibilité des messages, les photos des collages sont postées sur un compte Instagram. "Beaucoup de jeunes femmes nous soutiennent, certaines demandent à participer aux actions", explique Élo, colleuse de la première heure. Toutes ne vont pas jusqu'au bout de la démarche, notamment parce qu'on leur rappelle les risques encourus", poursuit-elle. Lors d'un collage, les féministes s'exposent à un contrôle d'identité de police et peuvent être poursuivies pour dégradation volontaire. "Ce qu'on craint également ce sont les mauvaises rencontres avec des passants qui pourraient se montrer agressifs. En ce moment, il fait chaud et il y a des personnes alcoolisées dans les rues. Ça ne facilite pas le dialogue", précise Élo. 

Les messages arrachés sont rapidement recollés par les militantes. C'est le cas de celui-ci à Valence.
Les messages arrachés sont rapidement recollés par les militantes. C'est le cas de celui-ci à Valence.

Malgré les risques, Camille ne compte pas renoncer aux collages. Pour elle, c'est aussi un moyen de se réapproprier l'espace public. "Dès qu'on exprime une opinion féministe, certains répondent qu'on est trop virulentes et qu'on devrait se cantonner à des actions qui ne dépassent pas des bords. Avec les collages, nous prenons de la place, nous occupons la rue de nuit et affirmons qu'on n'a pas peur, ou du moins que nous faisons face à nos peurs", résume-t-elle, déterminée. 

Affiches arrachées aussitôt recollées 

La durée de vie des collages est très aléatoire, certains survivent plusieurs semaines, d'autres sont arrachés quelques heures seulement après leur apparition. Pour Cathy, Camille et Élo, la destruction d'une collage n'est pas une défaite, bien au contraire. "Notre but est de faire réagir les passants. Lorsque quelqu'un arrache une affiche, on réussit notre mission... puisque notre message a suscité une émotion, quelle qu'elle soit", explique Élo. Ces phrases sans fioriture ouvrent le débat autour des violences sexistes, mais aussi de l'homophobie, la transphobie ou encore du racisme. "Et si certains n'ont pas envie de les voir, on les recolle", conclut Élo. 

Le numéro d'écoute national destiné aux femmes victimes de violences est régulièrement collé sur les murs, comme ici à Valence.
Le numéro d'écoute national destiné aux femmes victimes de violences est régulièrement collé sur les murs, comme ici à Valence.

Les colleuses ne comptent pas s’arrêter là. Elles envisagent de contacter la mairie de Valence pour que le 39 19, numéro dédié aux femmes victimes de violences, soit affiché dans les commerces et les lieux publics. 

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