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Société DOSSIER : Mémorial du camp de Rivesaltes

TÉMOIGNAGE - Elle a sauvé des centaines d'enfants juifs du camp de Rivesaltes

mercredi 22 juin 2016 à 3:56 Par Paul Ferrier, France Bleu Roussillon et France Bleu

C'est une vieille dame aujourd'hui âgée de 95 ans. Il a fallu attendre le 12 mai dernier pour que Dora Amelan reçoive les insignes de Chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur. Elle a été honorée pour le sauvetage de centaines d'enfants juifs internés dès 1942 au camp de Rivesaltes.

Dora Amelan en 1943
Dora Amelan en 1943 - Fonds OSE/CDJC Mémorial de la Shoah

Rivesaltes, France

Dora Amelan a 21 ans en 1942. Originaire de Strasbourg, cette jeune juive française fuit la zone occupée pour rejoindre la "zone libre". C'est à ce moment-là qu'elle rencontre Andrée Salomon, une figure de l'OSE (Oeuvre de secours aux enfants), une association juive qui s'occupe de venir en aide aux enfants juifs.

Avec l'OSE, Dora part à Rivesaltes au printemps 1942 pour devenir assistante sociale au camp.

"C'était horrible, les gens habitaient dans des baraques, sur de grandes planches de bois où ils passaient leurs journées. Avec juste un peu de paille et une couverture."

Dora Amelan commence son action au camp de Rivesaltes dans les cuisines de l'hôpital du camp. Elle distribue aux prisonniers une soupe nourrissante, censée soigner la malnutrition qui sévit dans le camp. Dans l'hôpital, les médecins étudient les effets de ce manque de nourriture. Ils recueillent des échantillons d'urine qu'ils entreposent dans des bocaux. "L'odeur était insupportable" se rappelle Dora Amelan.

Cinq cents enfants libérés du camp de Rivesaltes

Après les cuisines de l'hôpital, elle va être chargée d'une autre mission : libérer les enfants du camp. L'association OSE obtient de la préfecture de Perpignan, préfecture alors sous l'autorité de Vichy, la possibilité de faire sortir du camp les enfants de moins de 13 ans.

Il faut d'abord convaincre les parents de laisser partir les enfants, de s'en séparer. Il faut ensuite obtenir l'autorisation de la préfecture. L'autorisation est parfois officielle, mais parfois, il faut agir clandestinement.

"Je n'oublierai jamais le jour où j'étais avec Andrée Salomon à la préfecture de Perpignan. Elle a tenu un discours aux officiels qui m'a fait pleurer. Elle leur a démontré la cruauté inouïe de laisser des enfants de moins de 13 ans dans un camp comme Rivesaltes. Ceux qui ont pu être libérés ont été sauvé. Les autres enfants ont été déportés."

En tout ce sont plus de 500 enfants ont évité le voyage vers les camps de la mort, grâce entre autres à la détermination de Dora Amelan. Leurs parents n'auront pas cette chance. Plus de 2 000 juifs étrangers, seront déportés du camp de Rivesaltes vers Drancy puis Auschwitz. Peu en reviendront.

Dora Amelan en 1942 dans le camp de Rivesaltes - Aucun(e)
Dora Amelan en 1942 dans le camp de Rivesaltes - Fonds OSE/CDJC Mémorial de la Shoah

Les enfants sauvés seront eux d'abord logés dans des bâtiments loués par l'OSE avant, pour la plupart, de changer d'identité et de se cacher chez l'habitant.

"Quand je suis partie du camp de Rivesaltes, j'étais chargée, toujours par l'OSE, d'aller ravitailler et de payer les familles qui cachaient des enfants juifs dans les campagnes. L'OSE faisait rentrer de l'argent de Suisse puis nous le confiait. C'était pour que les familles qui hébergeaient un enfant juif, pour qu'elles puissent les nourrir. Mais il y avait deux cas de figure : ceux qui cachaient des enfants par conviction, mais il y avait aussi des gens qui le faisaient pour l'argent."

Après la guerre, Doia Amelan, part s'installer dans le tout nouvel état d'Israël, où des enfants qu'elle a sauvé l'ont retrouvée. Des retrouvailles pleines d'émotion bien sûr, que Doria résumera pudiquement, en disant : "On s'est embrassé."