Société

VIDÉO - Emmener son animal de compagnie au travail, une tendance qui se développe

Par Magali Fichter, France Bleu mardi 3 octobre 2017 à 20:38 Mis à jour le mercredi 4 octobre 2017 à 11:20

Chez Wamiz, il y a trois chiens pour quinze employés
Chez Wamiz, il y a trois chiens pour quinze employés © Radio France - Magali Fichter

Ce mercredi, c'est la journée mondiale des animaux. Et si vous pouviez... les emmener au travail ? Une tendance qui vient des Etats-unis, et qui serait bénéfique à la fois pour les employés et pour leurs compagnons à poils. À condition de respecter certaines règles.

Élisa Gorins tapote sur son ordinateur, dans un open-space parisien où travaillent une quinzaine de personnes. Sagement assise à ses pieds, Nala, son épagneul papillon de six ans. Elle a commencé à l'emmener au travail il y a un an, "pas par choix, mais parce que Nala souffre d'anxiété de la séparation". En clair, le petit chien ne supporte pas d'être seul. Élisa était un peu stressée au début, mais Nala s'est montrée sage et adaptée à la vie de bureau. Si bien que d'autres toutous lui ont emboîté le pas. Ils sont désormais trois chiens pour quinze employés, dans cette petite entreprise qui gère un site internet, Wamiz, spécialisé dans les animaux de compagnie.

La tendance "Pets at work", littéralement "animaux au travail", est surtout développée pour l'instant aux Etats-unis, notamment dans la Silicon Valley ou dans les start-ups. Seulement 16% des Français peuvent emmener leurs chiens au travail, selon un sondage Ipsos pour la marque Purina. Mais pour 61% des personnes interrogées dans ce même sondage, cela permettrait de diminuer son stress.

Des mascottes qui mettent l'ambiance

Et en effet, selon Elisa, la présence des chiens agit comme un véritable antistress au sein de l'équipe. "Rien que parce qu'il faut les sortir régulièrement ! Cela remplace les pauses-clopes. On en profite pour s'aérer, nous aussi". Mais cela ne s'arrête pas là. Selon Anaïs Drux, sa collègue chef de projet et maîtresse d'une petite Malinka, "l'ambiance est plus fun. Un open-space avec plein de gens qui travaillent sur des choses très différentes, ce n'est pas forcément l'endroit le plus gai du monde. Mais les animaux, ça crée du lien. Les collègues nous demandent comment vont nos chiennes, si elles ont bien mangé, ils s'y attachent". "Et du coup, on est beaucoup plus proches qu'avant", renchérit Elisa.

Anaïs, avec Malinka et Nala - Radio France
Anaïs, avec Malinka et Nala © Radio France - Magali Fichter

Les patrons de l'entreprise, Adrien Magdelaine et Adrien Ducousset, voient cette tendance d'un très bon œil. "C'est un vecteur de vie sociale au bureau. Il y a un côté mascotte, on met régulièrement leurs photos sur les réseaux sociaux, on a fait une petite fête pour l'adoption de Malinka", expliquent-ils. "Et effectivement, ça détend. On caresse l'un des chiens, on lui envoie une balle : cela permet de faire une petite pause !"

Le chien, un animal social, mais qui fatigue... comme nous !

Une tendance bénéfique pour l'humain, donc. Mais qu'en est-il du chien ? "La mienne, en tout cas, elle adore. Le lundi, dans le RER, Malinka est complètement surexcitée à l'idée d'aller au travail. Du coup, moi aussi, ça me motive", rigole Anaïs. Effectivement, selon le docteur Claude Béata, spécialiste en médecine du comportement des animaux de compagnie, "le chien est un être social. Il aime être avec son maître, être avec le groupe. Mais il faut faire attention à ce qu'il ne soit pas soumis à un stress sonore ou visuel, par exemple. Il ne faut pas oublier que si nous sommes fatigués" après une journée de travail par exemple, "le chien peut l'être aussi."

Nakao, en formation de chien-guide, troisième toutou de l'entreprise, fait une petite sieste - Radio France
Nakao, en formation de chien-guide, troisième toutou de l'entreprise, fait une petite sieste © Radio France - Magali Fichter

Des règles simples à adopter pour éviter la pagaille

Le chien peut aussi se comporter d'une manière inappropriée. Par exemple, il peut vouloir défendre le territoire de son maître... à savoir son bureau. "Si c'est celui du directeur, ça va, mais sinon, ça peut être plus compliqué", sourit Claude Béata. De façon générale, le docteur souligne qu'emmener son chien au travail "introduit forcément du positif. La hiérarchie s'amollit devant le chien, cela change les rapports, ça les rend plus horizontaux", plus informels. Mais le revers de la médaille, cela peut être "le désordre, la malpropreté, ou tout simplement les collègues qui n'aiment pas les chiens ou qui en ont peur".

L'entreprise accueille aussi une petite gerbille, très appréciée par Nala - Radio France
L'entreprise accueille aussi une petite gerbille, très appréciée par Nala © Radio France - Magali Fichter

Pour remédier à cela, le docteur Béata préconise d'y aller en douceur. "Commencer par instaurer, par exemple, et après l'accord de toute l'équipe, un jour par semaine où l'on peut emmener son chien. Faire ensuite un retour d'expérience : qu'est-ce que ça a apporté ? Est-ce que ça peut s'étendre aux autres jours de la semaine ?" Et évidemment, il s'agit ensuite de mettre en place des règles claires, comme les endroits de l'entreprise interdits aux animaux, par exemple.

Un "collègue à poils"

Certains maîtres ne se contentent pas d'emmener leur animal au travail, ils en font un véritable partenaire. C'est le cas de Marie-Hélène, orthophoniste en Alsace. Depuis tout chiot, son golden retriever, Nelson, l'accompagne à son cabinet et lui sert de médiateur avec ses patients, qu'ils soient enfants ou adultes. "Chez les personnes âgées, cela permet souvent de délier la parole. Les patients vont me parler des chiens qu'ils ont eu dans leur vie, cela les apaise". Et pour les enfants, "le chien apporte de la spontanéité. Avec lui, l'exercice se transforme en jeu, on peut dessiner des lettres dans ses poils, on peut lui donner des ordres, mais sans crier," ce qui apprend aux jeunes patients à se canaliser.

Nelson en plein exercice - Radio France
Nelson en plein exercice © Radio France - Marie-Hélène Wassong DR

Et selon Marie-Hélène, la présence de Nelson en elle-même est apaisante... Même pour elle ! "C'est mon collègue à poils", sourit-elle. Et si les patients ont peur des chiens, pas de problème : "il a sa propre pièce, avec ses jouets, son panier, sa gamelle... et une porte qui ferme. J'ai eu le cas d'une petite qui avait très peur, je lui ai présenté le chien au fur et à mesure et tout s'est très bien passé." Encore une fois, tout est affaire de communication, l'idée étant de ne rien imposer à personne.