Société

En Allemagne, des emplois à 80 centimes de l'heure proposés aux réfugiés

Par Corinne Fugler et Marie-Thérèse Koehler, France Bleu Alsace, France Bleu Elsass et France Bleu mardi 23 août 2016 à 5:10

Un centre de premier accueil à Fribourg-en-Brisgau
Un centre de premier accueil à Fribourg-en-Brisgau © Maxppp - Thierry Gachon

Pour faciliter leur intégration, l'Allemagne veut proposer aux migrants des emplois payés 80 centimes de l'heure, à l'exemple des mini-jobs qui existent déjà pour les chômeurs de longue durée. Il est question de créer 100.000 offres.

Le gouvernement allemand veut créer 100.000 offres d'emploi à 80 centimes de l'heure pour les réfugiés en Allemagne, dont 11.600 dans le Bade-Wurtemberg, d'ici trois ans. L'objectif est de donner l'occasion à ces migrants de perfectionner leur allemand et de découvrir leur pays d'accueil à travers le monde de l'entreprise. "Les réfugiés qui restent en Allemagne ne doivent pas devenir des chômeurs de longue durée",  explique le ministère du travail fédéral.

Des offres d'emploi à deux vitesses

Les recrutements viennent de débuter, mais ils sont déjà très contestés. Les réfugiés ne percevront en effet que 80 centimes de l'heure, contre un euro et cinq centimes pour les chômeurs de longue durée. Les réfugiés travailleront dans les structures d'accueil qui les logent. Ils auront donc moins de frais de transport et d'hébergement, se justifie le gouvernement. Un argument que réfute la députée des Verts Brigitte POTHMER, en charge des questions d'emploi.

Brigitte POTHMER, députée des verts

Ces jobs au rabais ne faciliteront pas l'accès des réfugiés au monde du travail. Elle parle plutôt d'offres d'emploi à deux vitesses. "Malheureusement, les réfugiés ne pourront exercer que des activités très éloignées du véritable marché du travail allemand. Ces activités ont été conçues pour des chômeurs de longue durée qui ont besoin d'une structure d'accueil où on les prend en charge au quotidien. Cela concerne des personnes qui n'ont pas travaillé depuis longtemps, ce qui n'est pas le cas des réfugiés, qui, eux, insistent pour trouver un emploi".

Un travail d'utilité publique

Il ne s'agit pas d'un vrai travail, mais seulement d'une proposition d'activité, se défend Gudrun HEUTE-BLUHM, la directrice générale de l'association des villes allemandes : "certains réfugiés travaillent déjà dans les foyers d'accueil : ils tiennent le bar, ils effectuent des travaux de nettoyage... Bref, ils font pas mal de choses et se réjouissent qu'on les mette à contribution. On les occupe de manière utile et on leur permet d'avoir une petite rétribution. Ce n'est ni un salaire, ni un vrai travail, comme remplacer des vendeurs ou autre, mais des tâches qu'ils n'effectueraient sans doute pas en temps normal. Plutôt un travail d'utilité publique".

Gudrun HEUTE-BLUM, directrice de l'association des villes allemandes

"Pour 75% des offres d'emploi, cet argument n'est pas valable", répond Brigitte POTHMER. "Les réfugiés sont très mal payés parce que la ministre du travail, Mme Nahles, veut absolument créer 100.000 jobs à 80 centimes. Elle n'a pas réussi à faire débloquer assez d'argent par le ministère des finances, voilà pourquoi les réfugiés doivent travailler pour moins cher encore que les chômeurs de longue durée".

Une solution d'attente

Les migrants hébergés en dehors des foyers d'accueil ne seront pas payés davantage pour autant. Ils continueront cependant à percevoir une aide du Land voisine de 300 euros par mois, contre 140 euros pour les personnes accueillies dans des structures officielles. Les réfugiés susceptibles d'être recrutés n'ont pas encore de permis de séjour définitif. En attente de documents en règle, ils ne peuvent donc pas prétendre à un emploi en temps que tel.

Le reportage de Marie-Thérèse Koehler