Société

En Haute-Vienne, des vélos pour les migrants

Par Solène De Larquier, France Bleu Limousin et France Bleu samedi 24 juin 2017 à 6:00

Mohamed et Yasin, deux migrants hébergés à Limoges, ont reçu des vélos remis en état.
Mohamed et Yasin, deux migrants hébergés à Limoges, ont reçu des vélos remis en état. © Radio France - Solène de Larquier

A la suite d'une initiative citoyenne, des bénévoles récupèrent et remettent en état des vélos pour les confier à des réfugiés en Haute-Vienne. Le but : leur apporter un peu de liberté. Reportage à Limoges où l'association Véli vélo a lancé un appel aux dons.

Un vélo pour les migrants. C'est la nouvelle mission qu'a récemment entrepris l'association Véli vélo. Tout est parti d'une initiative citoyenne lorsque des migrants et réfugiés sont arrivés à Saint-Léger-La-Montagne en octobre 2016. Comme plusieurs habitants de la région, Damien Tabard, agriculteur et chauffeur de bus scolaire s'est demandé ce qu'il pouvait faire pour aider lorsqu'il a appris qu'une quarantaine de migrants et réfugiés allaient venir. "Certains se sont proposés pour donner des cours. Avec quelques personnes, nous nous sommes dit que ce serait bien aussi de les aider à être mobiles, d'autant plus qu'il n'y a pas de commerces à Saint-Léger-la-Montagne. Une solidarité s'est mise en place et une trentaine de vélos ont pu être récoltés et remis en état" explique Damien Tabard.

"Nous nous sommes dit que ce serait bien de les aider à être mobiles"

Quelques incidents ont eu lieu au départ : "La plupart viennent de pays assez plats ou n'ont pas forcément fait de vélo avant. Ils avaient par exemple du mal avec le frein dans les descentes et on a eu quelques chutes... Mais heureusement ça s'est bien arrangé" raconte l'agriculteur. Petit à petit, les vélos ont été adoptés par les migrants et réfugiés. "Tellement qu'ils ont tenu à les garder avec eux lorsqu'ils sont partis de Saint-Léger-la-Montagne pour aller vers d'autres centres en Limousin" ajoute l'agriculteur qui les a aidé à transporter leurs vélos. "Une fois dispersés dans d'autres centres, les autres résidents ont commencé à dire qu'ils aimeraient aussi avoir un vélo. C'est vraiment un symbole de liberté pour eux." Damien Tabard raconte d'ailleurs une anecdote d'un voyage en Afrique : "Je me baladais à vélo et les gens m'appelaient patron. Alors je leur disais, 'mais je suis comme toi, pourquoi tu m'appelles patron ?' Ils m'ont répondu : 'Toi, tu te déplaces en vélo, nous à pied'".

Une initiative citoyenne qui fait des émules à Limoges

Une vingtaine des migrants de Saint-Léger sont désormais résidents du Centre d'accueil et d'orientation (CAO) de Limoges, rue Babylone. Justine Bazert y est référente social : "On les a vus débarquer avec un fourgon de vélos, on a été très surpris ! Nos quarante résidents prennent le bus et n'ont pas de vélo. On n'a pas eu de demandes directes mais on s'est aperçus que plusieurs nouveaux arrivants ont commencé à prêter leurs vélos." Badri, originaire Somalie, est très reconnaissant envers les habitants de Saint-Léger et des alentours : "Beaucoup nous ont aidés". Comme tous ceux qui ont eu un vélo, Badri est l'a pris avec lui à Limoges : "Ici, il y avait 40 personnes avant notre arrivée à Limoges... la plupart n'avaient pas de vélo alors maintenant on les partage avec eux, on les utilise ensemble." Un bel élan de générosité avec tout de même quelques sueurs froides parfois car les règles de sécurité et de conduite ne sont pas toujours assimilées : "Certains n'en ont jamais fait de leur vie", explique Justine Bazert.

Le CAO de Limoges permet aux migrants et réfugiés d'utiliser le réseau de bus et les encourage à le faire pour être autonomes mais aussi pour aller vers la population locale, échanger avec elle. Mohammed a conservé son vélo mais il s'est aussi mis à prendre le bus : "Lorsque j'ai un programme fixe, comme du travail, je prends le bus. Le vélo c'est pour un usage différent, lorsque j'ai du temps libre. C'est très bien pour faire de l'exercice, pour le corps mais pour l'esprit aussi", explique-t-il.

"Le vélo, c'est bien pour faire de l'exercice, pour le corps mais aussi pour l'esprit"

A Limoges, Damien Tabard a sollicité l'association Véli vélo, qui milite pour l'usage du deux roues. L'idée de départ était d'aider les migrants et réfugiés à garder leurs vélos en état. "Nous sommes venus pour réparer les vélos avec eux, raconte Jérôme Fraisse, le président de l'association limougeaude, mais nous nous sommes aperçus qu'il y avait une forte demande de la part d'autres résidents du CAO pour avoir leur propre bicyclette." L'association a donc fait appel aux dons pour en récupérer. "Nous avons déjà eu une dizaine de retours favorables, nous comptons les remettre aux migrants la semaine prochaine" ajoute-t-il.

L'association espère également mettre en place des ateliers de réparation avec les migrants mais aussi d'encadrement pour apprendre les bases du vélo et les règles de sécurité.

→ Pour en savoir plus : le site internet de l'association "Véli-vélo"