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Société DOSSIER : Mai-68

En Mai-68, l'Yonne avait ses "anti"

mercredi 16 mai 2018 à 10:56 Par Kevin Dufreche, France Bleu Auxerre

Si les grèves et les manifestations ont été importantes et suivies, l'Yonne était en Mai-68 un département de droite, qui comptait ses "anti".

L'anti-communisme, l'autre face de Mai-68. (Extrait d'une affiche de campagne de Jean-Pierre Soisson en 1968)
L'anti-communisme, l'autre face de Mai-68. (Extrait d'une affiche de campagne de Jean-Pierre Soisson en 1968) - Collection B. Massot - IHS CGT 89

Yonne, France

La jeunesse et les ouvriers "de gauche" contre le pouvoir "de droite" : l'affrontement était à peine caricatural en Mai-68. En plus des revendications sur les conditions de travail des ouvriers, la France est secouée par une contestation du pouvoir gaulliste, et une envie de libération des mœurs, qui n'a pas épargné l'Yonne.

Un département plutôt à droite

Le mouvement de contestation et les grèves importantes dans l'Yonne ne doivent pas faire oublier que le département est à l'époque plutôt à droite. Hormis le candidat de gauche élu dans la circonscription d'Auxerre en 1967 lors des élections législatives, les deux autres députés sont de droite (l'un est gaulliste, l'autre adhère au parti de Valéry Giscard d'Estaing), comme la majorité des élus locaux, notamment les maires ruraux. L'historien icaunais membre de l'association Adiamos 89 Denis Martin définit l'Yonne comme un département "calme", pas habitué aux mouvements de contestation qui le gagnent tout au long du mois de mai : grève totale des transports pendant plusieurs semaines, les grandes usines occupées jour et nuit, lycéens et professeurs en grève qui eux aussi occupent leurs établissements...

Et puis il y a tout ce qui est entendu à la radio, et vu à la télévision : les images des barricades parisiennes, des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre. "Je voyais ça d'un peu loin, mais comme dirait de Gaulle, c'était un peu la chienlit !", s'amuse Maurice Bardonneau, 30 ans à l'époque, ouvrier dans un magasin de meubles, et gaulliste revendiqué. 

Le spectre du complot communiste

"Je n'approuvais pas du tout ce que faisait les jeunes, poursuit Maurice Bardonneau, qui est à l'époque proche de Jean-Pierre Soisson, futur député de la circonscription d'Auxerre. Pour moi c'était un peu la débandade, menée par une bande d'anarchistes : Cohn-Bendit, Krivine...". Des anarchistes, mais aussi des communistes, bête noire de la droite à l'époque selon Denis Martin :

"L'argument principal de la droite c'est : « c'est un complot communiste, manipulé depuis Moscou, pour renverser le gouvernement ». C'est d'ailleurs ce que Jean-Pierre Soisson va mettre sur ses affiches."

Il faut dire que même si effectivement l'Yonne est un département plutôt à droite, le Parti Communiste fait autour de 20% aux élections, à l'image du score national, et que la CGT est particulièrement bien représentée dans les usines.

Dans l'Yonne la droite a su se mobiliser, une fois les événements terminés sur le point de se terminer. Le 1er juin, au lendemain de l'allocution à la radio du général de Gaulle, dans laquelle il martèle "je ne me retirerai pas", ses partisans se réunissent dans toute la France. Résultat, plus de 3.000 personnes viennent clamer leur soutien au président de la République dans les rues d'Auxerre, quand la plus grosse manifestation d'ouvriers et de lycéens n'en avait réuni que 2.000 au maximum.

Une petite présence de l'extrême-droite

Même si aucun incident violent n'a eu lieu dans l'Yonne entre pro et anti Mai-68, les grévistes craignaient l'extrême-droite, représentée dans le département par quelques étudiants à Dijon, originaires d'Auxerre principalement. "Pour nous c'était le mouvement Occident qui était le danger, qui pouvait noyauter le piquet de grève, explique Gérard, ouvrier gréviste chez Guillet à Auxerre en 1968. On avait toujours un peu la trouille de penser que nos « ennemis » allaient entrer dans l'entreprise pour casser les machines, et ensuite nous montrer du doigt en disant « regardez ces salopards, ils ont cassé l'outil de travail ! »".

Politiquement, la droite sort bien renforcée de Mai-68 : battu un an plus tôt lors de l'élection législative dans la circonscription d'Auxerre, Jean-Pierre Soisson devient député pour la première fois le 30 juin 1968.