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Société

Enfants en danger en Seine-Saint-Denis : des délais trop longs pour les mesures judiciaires

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Par , France Bleu Paris, France Bleu

Le 5 novembre, les juges des enfants de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, dénonçaient des délais d'application trop longs des mesures éducatives qu'ils prononcent. Les travailleurs sociaux chargés de les appliquer font le même constat. 600 enfants sont en attente d'un éducateur. Reportage.

Une salle d'entretien dans les locaux de l'AVVEJ, à Aulnay-sous-Bois
Une salle d'entretien dans les locaux de l'AVVEJ, à Aulnay-sous-Bois © Radio France - Rémi Brancato

Seine-Saint-Denis, France

Les services de la protection de l'enfance en danger en Seine-Saint-Denis n'ont plus les moyens de travailler correctement. Après la tribune des juges des enfants, publiée le 5 novembre dernier par France Inter et Le Monde et dénonçant des mesures éducatives judiciaires qui tardent à s'appliquer, les travailleurs sociaux de l'AVVEJ, l'association pour la vie et vers l'éducation des jeunes, chargés de cette protection des mineurs en danger, montent aussi au créneau. L'antenne d'Aulnay-sous-Bois a ouvert ses portes à France Bleu Paris.

ECOUTER - Le dossier de France Bleu Paris sur l'enfance en danger en Seine-Saint-Denis.

En Seine-Saint-Denis, le service d'investigation d'orientation d'action et d'éducation (SIOAE) de l'AVVEJ compte 50 salariés chargés de faire appliquer les mesures de protection de l'enfance, prononcées par l'un des quinze juges des enfants de Bobigny. Ils mènent soit des mesures judiciaires d'investigation et d'éducation (MJIE), soit des actions éducatives en milieu (AEMO), qui visent à accompagner les familles lors de rendez-vous avec des éducateurs et des psychologues, sans placer les enfants.

600 mesures d'accompagnement en attente

Mais faute de moyens humains et financiers suffisants, 600 enfants pour lesquels une AEMO a été prononcée en Seine-Saint-Denis n'ont toujours pas rencontré d'éducateur. L'AVVEJ en compte 222 sur sa liste d'attente. "On essaie d'exercer des mesures de protection pour des enfants qui ont été désignés comme en danger" détaille Julie Derancourt, chef de service du SIOAE à Aulnay. Certains attendent 12 à 18 mois : "on se rend compte en le disant à quel point c'est scandaleux, les délais sont de plus en plus longs et cela ne fait qu'augmenter" détaille-t-elle.

ECOUTER - "Plusieurs centaines d'enfants attendent d'être pris en charge par les services" Julie Derancourt, cheffe de service à l'AVVEJ

Dans les locaux de l'association, chaque famille, ou presque, qui rend visite aux éducatrices, a eu à subir ces dysfonctionnements. Dans une petite salle d'entretien colorée, deux petites filles de 8 et 10 ans sont venues échanger avec leurs deux éducatrices. Depuis un an et demi, elles les aident à se reconstruire, après le départ de leur père, qui souffre de graves problèmes d'alcoolisme, et qui était violent envers leur mère. 

"J'étais impatiente que les éducatrices arrivent"

"Grâce à nos éducatrices, on commence à se sentir mieux chez nous, ma mère commence à moins s'inquiéter" raconte timidement la plus âgée. Mais entre la décision du juge et le début du suivi, six mois se sont écoulés. "Pour moi, cela a été un peu long, il y avait trop de problèmes et j'étais impatiente que des éducatrices viennent" ajoute-t-elle, sans nommer les multiples intrusions du père dans le foyer, après la séparation du couple, "trop de bagarres, des fenêtres cassées" décrit simplement la fillette. 

"Six mois d'insécurité, c'est très long pour un enfant"

"Ces filles là avaient besoin d'être protégées au moment où le juge l'a dit" s'indigne son éducatrice Nadine Marseille. "Pour certains six mois ce n'est rien mais six mois d’insécurité c'est très long pour un enfant" ajoute-t-elle. Depuis la mise en place de l'AEMO, les parents sont séparés et les fillettes se sentent mieux. "Pendant six mois, elles ont dû se protéger d'elles-même, ce sont des choses qui peuvent avoir des effets sur leur développement" déplore l'éducatrice.

"Il va falloir que nous décidions si nous prenons d'abord ces enfants-là ou un bébé qui attend"

Dans le bureau voisin, trois de ses collègues discutent d'une famille. Deux adolescentes, sœurs, en souffrance, dont l'une "vivaient à la rue l'été dernier et rentrait très tard chez elle, quand elle rentrait" détaille Valérie Feller, qui a mené avec sa collèguen psychologie une MJIE. Elle souhaiterait formuler une demande d'AEMO auprès du juge des enfants. "Il faut les accompagner pour qu'elle accepte d'aller vers le soin, c'est une gamine qui ne va pas bien" insiste Valérie Feller, "en espérant que cela ne mette pas des mois et n'attende pas sa majorité".

Des enfants en danger sur liste d'attente

"Le souci c'est que cette mesure va se retrouver dans notre liste d’attente et qu'il va falloir que nous décidions si nous prenons d'abord ces enfants-là ou un bébé qui attend et qui pourrait lui aussi se dégrader : c'est cornélien" regrette Julie Derancourt, qui rappelle que tous les enfants pris en charge ici font l'objet de mesures judiciaires et sont considérés comme "en danger" par le juge des enfants. "Ils ont besoin d'une protection : il n'y a pas une situation plus dangereuse qu'une autre" ajoute-t-elle.

Des problèmes à plus long terme pour la société

Pourtant, malgré les décisions des juges, 600 attendent encore l'application des mesures actuellement en Seine-Saint-Denis, faute de "moyens financiers" dénoncent les travailleurs sociaux, bien conscients que le département, en charge de la protection de l'enfance, n'a pas de budget suffisant pour répondre aux besoins. Les élus du conseil départemental de Seine-Saint-Denis dénoncent régulièrement la baisse des dotations de l'Etat, comme ce mercredi à l'Assemblée nationale.

"Les enfants qui restent en danger vont poser des problèmes à la société dans le futur, en tant que futurs adolescents, par exemple, même s'il ne faut pas réduire les problèmes à cela, poser des problèmes de délinquance" avertit Julie Derancourt. "Ce sont les adultes de demain qu'on est en train de mettre à mal" ajoute-t-elle, soulignant le coût social et financier à venir pour la société.

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