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ENQUÊTE - À l'hôpital d'Aulnay, les infirmiers dénoncent le manque de moyens et "la maltraitance" des patients

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Usés et écœurés, les deux-tiers du personnel soignant paramédical des urgences de l'hôpital d'Aulnay se sont mis en arrêt de travail. Ils dénoncent la maltraitance infligée aux patients, fautes de moyens et d'effectifs suffisants.

Photo d'illustration Photo d'illustration
Photo d'illustration © Maxppp - Michel Viala

La situation se dégrade chaque jour un peu plus au service des urgences de l'hôpital intercommunal Robert Ballanger d'Aulnay, en Seine-Saint-Denis. Il ne s'agit pas là du Covid, mais d'un manque de moyens et d'effectifs : 70 % du personnel soignant (infirmiers, aides-soignants et brancardiers) s'est mis en arrêt maladie. 58 salariés sur 80, précisément. Certains sont en burn-out. Raison pour laquelle la direction a déployé le plan blanc lundi dernier. Validé par l'ARS (Agence régionale de Santé), il permet notamment d'assigner les personnels des autres services aux urgences. Mais ce n'est pas sans conséquence sur la situation sanitaire des patients.

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Tout a commencé dimanche dernier. Lorsque les infirmiers, en sous-effectif, et en manque de moyens, ont dû prolonger leur vacation de 12h supplémentaire, soit 24 heures d'affilé. Ils en sont ressortis usés et écœurés par la maltraitance infligée aux patients : Isabelle*, infirmière, cite notamment cet homme, qui a fait plusieurs crises d'épilepsie, dans un coin, à l'insu des soignants : "Il était au départ dans une salle de déchoquage. Il en a été sorti pour libérer la place, et a été installé dans le couloir, sans surveillance. Cette personne aurait dû être transférée dans un service de neurologie. Ce que nous ne sommes pas du tout : nous sommes dans un service d'urgences ! Mais elle est restée là, allongée durant des heures, livrée à elle-même, faute de place en neurologie." 

Dans le couloir des urgences de l'hôpital Robert Ballanber d'Aulnay, des lits ont été installés avec des séparations de fortune - D.R.

Bien sûr qu'il y a de la maltraitance !

Ce mois d'août, les urgences ont dû s'organiser pour aliter jusqu'à trente patients, parfois très âgés. Ils auraient dû être transportés vers d'autres services, selon leur pathologie. Ils se sont retrouvés dans une impasse, ces services étant fermés ou n'ayant plus de place si bien qu'ils sont restés plusieurs jours ici. "Ce n'était pas leur place" rappelle Isabelle. _"__Nous n'avions rien pour les accueillir. Alors nous sommes allés chercher des brancards, des lits dans les étages. Et nous les avons alignés dans le couloir. Nous avons fait des séparations, des cloisons de fortune, entre eux, pour préserver l'intimité et la dignité de ces patients. Parfois même avec des chariots de linge sale !"_Isabelle souligne que ce couloir n'étant pas prévu à accueillir des lits, il n'est pas équipé en prise d'oxygène, matériel d'aspiration, ou monitorage : "c'est un lieu où circulent normalement les brancards". Isabelle est très attachée à l'une des "valeurs" de ce métier : le respect de l'être humain. "Quelqu'il soit, d'où qu'il vienne. Mais là, bien sûr qu'il y a de la maltraitance !" dit-elle, amère.

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Pour palier ce manque de personnel des urgences, en arrêt, la direction a déprogrammé des opérations chirurgicales, ce que nie l'ARS, qui écrit que "dans le cas du CH d'Aulnay, il s'agit de trouver du personnel mais en aucun cas de déprogrammer des opérations chirurgicales". Et pourtant, la direction de l'hôpital confirme bien les déprogrammations. L'objectif étant d'assigner les soignants du bloc opératoire aux urgences, alors que le métier n'est pas le même, explique Isabelle, infirmière urgentiste : "Travailler aux urgences demande des compétences particulières. Nous devons avoir les bons gestes pour palier par exemple un arrêt cardiaque, une hémorragie, ou un accident vasculaire cérébrale ; nous devons injecter des drogues et des médicaments". "Ce que ne sait pas faire une infirmière dont le quotidien consiste à servir un chirurgien au bloc. Si vous l'envoyez aux urgences, elle ne saura pas établir les bons diagnostics, avoir les bons réflexes. Elle ne sait même plus perfuser. Car ce sont des soins qu'elle ne fait plus !", poursuit Sarah*,  infirmière également en arrêt.  "Il y a de multiples pathologies qui arrivent aux urgences. Un patient qui vient par exemple pour une brûlure d'estomac peut être susceptible de faire une crise cardiaque. Encore faut-il le savoir. Mais peu importe, pour les dirigeants de l'hôpital, dit-elle, l_e plus important, est de remplir le planning : une infirmière est une infirmière. Qu'elle ait travaillé aux urgences ou pas, ils_ [la direction] s'en moquent. Tout ce qu'ils voient, c'est un chiffre en bas de la colonne. Il faut sept infirmiers pour faire tourner les urgences. Peu importe d'où ils viennent et s'ils seront capables d'y travailler." De son côté, Isabelle confirme : il faut "remplir le planning, par des noms ou des numéros", peu importe qu'ils soient compétents ou non. Nous sommes identifiés sous forme de numéro. Nous sommes des numéros !" s'écrie-t'elle.

Service des urgences à l'hôpital Robert Ballanger : le café est prêt à être servi dans le couloir où sont parqués les patients - DR

Changez de métier, si vous n'êtes pas capable de gérer une situation de crise !

Avant de se mettre en arrêt de travail, le personnel soignant paramédical des urgences de Robert Ballanger a prévenu à plusieurs reprises la direction et lancé une dernière alerte, le week-end dernier. Mais le cadre d'astreinte, représentant la direction en congé, leur a répondu par téléphone, depuis son domicile : "Changez de métier, si vous n'êtes pas capable de gérer une situation de crise."

Mercredi dernier, la direction a promis des améliorations lors d'une réunion. Mais ces soignants n'y croient pas, lassés des promesses : "On nous promet des choses, mais on ne respecte pas ces promesses." Lassés aussi du chantage qui leur est fait : "Pensez aux patients. Ne pensez pas à vous", leur répètent les dirigeants de Robert Ballanger, ce à quoi Sarah réplique : "Nous, nous y pensons, contrairement à vous !"

Sondage effectué en interne auprès des personnels paramédicaux du service des urgences, suite à la réunion avec la direction tenu le 18 août 2021 - N.D.

Sarah et ses collègues en ont "ras-le-bol". Ils veulent "des promesses avec échéances, comme sur un chantier, avec des dates précises". "__On a tellement tout donné, on donne de son temps, de sa famille, de sa personne. A force de donner, donner, donner, il ne nous reste plus rien. Et c'est pour cela qu'on en arrive là. On n'a plus rien. Ils nous ont tout pris" conclut Sarah, les larmes aux yeux.

*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l'anonymat des personnes.

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