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Société

Paris : entre drogue et délinquance, des commerçants de la Goutte d'Or jettent l'éponge

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Par , France Bleu Paris, France Bleu

Les commerçants de la Goutte d'Or, dans le 18e arrondissement de Paris, ont le blues. Ces dernières semaines, ils sont plusieurs à avoir abandonné leur activité. Ils parlent d'une lassitude face à la violence et aux trafics de drogues qui gangrènent le quartier.

Rideau de fer fermé et mobilier empilé : le restaurant est définitivement fermé.
Rideau de fer fermé et mobilier empilé : le restaurant est définitivement fermé. © Radio France - Cyrille Ardaud

Goutte d'Or, Paris, France

C'était l'un des restaurants emblématiques du quartier de la Goutte d'Or, dans le 18e arrondissement. Si vous passez fréquemment dans le secteur vous y avez forcément mangé ou bu un verre. L'établissement _"_À la Goutte d'Or" était présent depuis près de cinquante ans. Il a fermé ce lundi 3 juin.

Karim Drif, dans son restaurant pour l'une des toutes dernières fois. - Radio France
Karim Drif, dans son restaurant pour l'une des toutes dernières fois. © Radio France - Cyrille Ardaud

Sur place, tout est encore installé : les tables, les chaises, les cartes sont toujours là. Seul le rideau de fer, fermé depuis dix jours, permet de comprendre que l'établissement est définitivement clos. Officiellement, c'est une dette de 3 000€ qui a conduit Karim Drif, le gérant, à prendre cette décision. En réalité, il n'en pouvait tout simplement plus : "Une usure, une fatigue. Gérer un commerce ce n'est déjà pas facile, mais le faire dans ces conditions, et dans un quartier comme la Goutte d'Or c'est encore pire."

La violence et la drogue font fuir les clients

D'autant que depuis quelques temps, le restaurant était parfois un peu vide : "On a perdu des clients. Quand ils quittent l'établissement il y a un risque qu'ils se fassent agresser au métro donc c'est compliqué, ils ne reviennent pas. Quand vous voyez des coups de couteau et des coups de feu... à un moment donné vous dites stop." Un discours qu'il n'est pas le seul à tenir.

Pendant 12 ans, Samir a tenu le kioque à journaux de Barbès. - Radio France
Pendant 12 ans, Samir a tenu le kioque à journaux de Barbès. © Radio France - Cyrille Ardaud

Samir Lebcher est surnommé le kiosquier de Barbès. Il a vendu des journaux pendant 12 ans au pied du métro. Mais il y a un mois il a été agressé, ça a été la goutte d'eau : "L’ambiance n'est pas propice au commerce ! Quand il y a des bagarres, des vols, ou des problématiques de bouchage d'entrée à ton commerce, ça donne pas envie d'y entrer. Derrière c'est le commerçant qui en subit les conséquences." Et quand on lui demande s'il connait d'autres commerçants qui ont fermé pour les mêmes raisons, il n'hésite pas une seule seconde : "Il y a moi. Sur le boulevard de la Chapelle, ils sont deux ou trois à avoir mis la clef sous la porte, le hammam il y a une pancarte bail à céder"

"Il y a des points de deal mais ça va aussi jusqu'au marché de gros !"

Les habitants du quartier font le même constat. Jean-Raphaël Bourge préside l'association de quartier Action Barbès. Pour lui, la situation s'est dégradée ces dernières années : "Il y a des points de deal, mais ça va aussi jusqu'au marché de gros où on est sur des structures mafieuses beaucoup plus importantes. On va trouver de la délinquance traditionnelle : de vol à la tire par exemple. On va trouver aussi les mineurs marocains qui sont des jeunes migrants en déshérence et qui sombrent dans la violence et la drogue." 

D'autres préfèrent se concentrer sur le positif. C'est le cas de Daniel qui habite depuis longtemps dans le coin : "Moi j'aime bien l'ambiance du quartier. À la station de métro Chapelle, je fais attention mais je n'évite pas le coin pour autant. Effectivement il y a du deal, de la vente de cigarettes de contrebande, mais ils n'insistent pas. Si on est pas preneur, ils nous laissent passer sans problème." Seule mésaventure, c'était il y a un cinq ans, Daniel s'est fait voler son téléphone. "Je n'étais pas du tout vigilant" précise-t-il immédiatement.

Une ZSP depuis 2012

Alors comment régler ces problèmes et rendre le quartier plus vivable pour les commerçants ? Déjà, le quartier est une zone de sécurité prioritaire (ZSP) depuis 2012. Cela permet normalement une présence renforcée de la police et des autres services de l'État. Pour Jean-Raphaël Bourge, ce n'est pas forcément le cas : "Il y a des situations aberrantes. Par exemple il y a un commissariat de police judiciaire en plein milieu de la rue de la Goutte d'Or, mais à quinze mètres de là on peut acheter du shit. De la même façon il y a des gens qui déversent des ordures juste à côté de l'entrée, mais ils laissent faire. Le quartier leur échappe complètement."  

"Nous demandons en permanence des effectifs supplémentaires" - Eric Lejoindre, le maire du 18e arrondissement de Paris - Radio France
"Nous demandons en permanence des effectifs supplémentaires" - Eric Lejoindre, le maire du 18e arrondissement de Paris © Radio France - Cyrille Ardaud

La question des effectifs de police, elle est centrale selon Eric Lejoindre, le maire du 18e arrondissement : "Nous demandons en permanence des effectifs supplémentaires parce que ce sont des problématiques qui relèvent du travail de la police. Nous demandons à l'état et au préfet de police de se mobiliser pleinement. Nous de notre côté, nous travaillons à la rénovation urbaine. On va reprendre les arcades, recréer des espaces pour les commerces. "

Et puis la mairie veut travailler avec les commerçants pour créer des animations et des événements. C'est peut-être comme ça que le quartier redeviendra attractif.