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TÉMOIGNAGES - Exil des Mosellans dans la Vienne en 1939 : "Nous sommes restés une semaine dans des wagons à bestiaux"

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Par , France Bleu Poitou, France Bleu Lorraine Nord, France Bleu

Entre 1939 et 1940, plus de 60.000 Mosellans fuyant l'avancée des Allemands ont trouvé refuge dans la Vienne. De cet exil traumatisant sont nées des histoires d'amitié et de fraternité entre Lorrains et Poitevins.

Des réfugiés de Holling (Moselle-Est) accueillis à L'hommaizé (Vienne) en 1939.
Des réfugiés de Holling (Moselle-Est) accueillis à L'hommaizé (Vienne) en 1939. - Droits appartenant aux Archives du Conseil départemental de la Vienne

A 85 printemps "et demi", Géo Caselli fait encore des cauchemars lorsqu'il repense à cette histoire, même 80 ans après. Ce Mosellan d'origine italienne avait 5 ans en septembre 1939 lorsque sa famille a dû quitter du jour au lendemain leur ville natale d'Audun-le-Tiche, sous la menace de l'armée allemande.

"Nous sommes partis en catastrophe, nous sommes restés une semaine dans des wagons à bestiaux, c'était épouvantable, les odeurs, n'en parlons pas... On a eu des avions de l'armée allemande qui bombardaient des locomotives, c'était l'épouvante la plus totale" - Géo Caselli 

Audun-le-Tiche se trouvait alors en zone rouge, à 20 kilomètres des troupes nazies stationnées au Luxembourg. Un soir de septembre 1939, un garde-champêtre est venu annoncer aux habitants qu'il fallait partir dès l'aube le lendemain avec pour seul bagage, une valise de 30 kg. Après un périple bouleversant, la famille Caselli est accueillie dans le presbytère du village de Maulay, non loin de Loudun.

Des réfugiés mosellans en pleine fenaison à Saulgé (Vienne) en 1940. - Aucun(e)
Des réfugiés mosellans en pleine fenaison à Saulgé (Vienne) en 1940. - Droits appartenant aux Archives du Conseil départemental de la Vienne

"Nous étions considérés comme des Boches de l'Est"

"Les premiers mois ont été difficiles", se souvient Géo Caselli avec un certain sens de la litote car l'arrivée de ces Mosellans dans la campagne du Sud-Vienne ne s'est pas fait sans étincelles. En pleine période des moissons, la mobilisation générale avait privé les fermes des hommes en âge de se combattre. "Il a fallu s'adapter à la population, pour les Poitevins ce n'était pas évident, il fallait les comprendre, voir des réfugiés arriver chez eux, qui plus est, des étrangers réfugiés !" 

"Ce qui m'a le plus marqué c'était que l'on faisait des différences entre les jeunes, nous avions une école mosellane pour les réfugiés, nous n'avions pas le droit d'aller à l'école communale" - Géo Caselli

Alors que les autochtones et les réfugiés se regardaient parfois en chien de faïence, Géo Caselli se remémore l'accueil chaleureux et l'attention constante du maire de Maulay dès leur arrivée. "Voyant que l'élu allait voir les Boches de l'Est, ça a permis de casser la glace. Et puis mon père qui était menuisier a commencé à réparer la moindre charrette, et il est devenu l'homme à tout faire du village". L'exil qui devait être temporaire a finalement duré sept ans. Des années plus tard, devenu comptable et trésorier national de l'association des donneurs de sang, Géo Caselli a renoué contact avec ceux qui l'avaient accueilli. "Pour leur dire merci, j'avais organisé une grande fête à Maulay à l'occasion du 50e anniversaire de l'exil, dans un village de 200 habitants, nous étions 400 convives!" Le Mosellan à la retraite partage désormais sa vie entre sa maison de Loudun (Vienne) et son habitation d'Audun-le-Tiche (Moselle). 

"On est tous dans la merde avec l'occupation alors il fallait se serrer les coudes"

Né à Vouzailles dans la Vienne en 1932, Jean Réau avait sept ans lorsqu'une famille mosellane originaire de Breistroff-la-Petite, près de la ligne Maginot, s'est installée dans la ferme familiale au début de la Seconde Guerre Mondiale. "Pour eux, ça a été très très brutal, dans certaines maisons, on a même retrouvé les couverts encore installés à table." Jean Réau s'est alors lié d'amitié avec Hubert Blasiard, un jeune Mosellan accueilli au sein d'une famille voisine et qui venait travailler à la ferme avec son grand-père. Jean et Hubert en ont profité pour faire les 400 (gentils) coups.  

"Moi j'étais un peu terrible sur les bords mais lui n'était pas du genre à faire des conneries... Il nous arrivait de piquer les géraniums des femmes pour les réunir sur la place du village ou d'accrocher les brouettes dans les arbres" - Jean Réau

"Pour moi, Hubert, c'était un grand frère". Une fois la guerre finie, lors d'un service militaire dans la région de la Sarre, Jean Réau a renoué le contact avec Hubert. "Nous avons eu de belles retrouvailles, accueillis à bras ouverts, comme des rois, j'en suis reparti avec quantité de cochonnailles, c'était formidable". Malheureusement, le "grand frère" de Jean Réau est décédé il y a quelques années. Mais la mémoire de cette histoire fraternelle se transmet aujourd'hui par les petits enfants de Hubert. 

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