Société

Faut-il se préparer à une multiplication des épisodes "cévenols" ?

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Roussillon mardi 14 avril 2015 à 6:00

Inondations dans les Pyrénées-Orientales fin novembre 2014.
Inondations dans les Pyrénées-Orientales fin novembre 2014. © MaxPPP

Le sud de la France a subi une dizaine d'épisodes pluvieux intenses à l'automne 2014. Du jamais vu ! Pourquoi ? Et ces épisodes vont-ils se multiplier ? Réponse avec Guy Blanchet, docteur en géographie et directeur honoraire du centre de climatologie de l'université Lyon I.

Le sud de la France a été touché par de nombreux épisodes pluvieux d'une rare intensité à l'automne dernier, épisodes baptisés parfois abusivement "cévenols" , dans les Pyrénées-Orientales, c'était à la fin du mois de novembre.

Comment se préparer à ces épisodes diluviens exceptionnels ? Guy Blanchet, docteur en géographie et directeur honoraire du Centre de Climatologie de l'Université de Lyon I donne une conférence ce mardi 14 avril à l'Hôtel d'Agglomération Perpignan Méditerranée à 18 heures. Il répond aux questions de France Bleu Roussillon.

FBR : Qu'est-ce qu'on appelle un épisode cévenol ou méditerranéen ? Guy Blanchet : L'emploi du terme cévenol est un peu abusif puisqu'on emploie ce terme pour des épisodes qui ont lieu en dehors des Cévennes.

Tout l'arc méditerranéen, depuis la Corse jusqu'au Roussillon, en passant par la Provence, par les Cévennes, toutes ces régions peuvent être sujettes à des épisodes de pluies très intenses, qui ont lieu en général à l'automne, entre le 15 septembre et le 15 novembre. FBR : Pourquoi à cette période ?

Guy Blanchet : C'est à ce moment-là que les eaux de la Méditerranée sont les plus chaudes, et lorsque les masses d'air circulent au-dessus de la Méditerranée, elles se réchauffent et s’humidifient. Donc en automne, on a, au-dessus de la Méditerranée, des masses d'air chaudes et humides et si de l'air plus froid arrive, de l'ouest ou du nord-ouest, au contact de ces masses chaudes, on a alors des pluies très abondantes. À cela, s'ajoutent les effets du relief. FBR : Est-ce que la fréquence de ces épisodes augmente ?

Guy Blanchet : L'automne dernier a été exceptionnel avec une dizaine d'épisodes méditerranéens, en Corse, dans les Cévennes, en Provence et aussi en Roussillon fin novembre, entre le 27 et le 30 novembre, il est tombé 94 mm au pic de Néoulous .

"10 épisodes Méditerranéens en 2014, du jamais vu !"

FBR : 10 épisodes, c'est du jamais vu ? Guy Blanchet : D'après les archives, je crois qu'on n'avait jamais vu ça, ça remonte à 100-150 ans ! FBR : Est-ce que ça veut dire qu'on doit se préparer à des épisodes réguliers, est-ce que la climatologie peut le prévoir ? Guy Blanchet : La climatologie peut prévoir le réchauffement climatique, plus personne ne le conteste et il est logique de penser qu'avec ce réchauffement, les eaux de la Méditerranée seront plus chaudes et donc ces épisodes plus fréquents . D'ailleurs, à l'automne dernier, la mer était deux degrés au-dessus de la normale.

"On ne peut pas empêcher la pluie de tomber, on peut s'y préparer".

FBR : Comment les populations peuvent-elles se préparer ?

Guy Blanchet : Les habitants de ces régions savent qu'il y a des épisodes de ce genre, ça reste dans les mémoires. Le problème, c'est que dans ces régions arrivent de nouvelles personnes,notamment des étrangers qui ne voient le climat que sous l'aspect de la douceur et du soleil et ignorent qu'il existe ce genre d'épisodes extrêmement violents.

Souvent, les municipalités veulent construire dans des endroits à risque, il faut interdire certaines constructions, ne plus construire près des cours d'eau. Il faut avoir ça à l'esprit et c'est pour cette raison que je fais des conférences pour que les gens sachent qu'il existe des phénomènes dangereux et qu'il faut s'y préparer.

On ne peut pas empêcher la pluie de tomber, mais on peut faire en sorte que lorsqu'elle tombe, elle ne provoque pas des pluies dévastatrices.

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