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Fin de vie : "Nous sommes dans une situation d'hypocrisie" explique le député Olivier Falorni

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Par , France Bleu La Rochelle, France Bleu

Le député de La Rochelle-Ile-de-Ré, Olivier Falorni, se bat pour une fin de vie libre et choisie. Il est porteur d'une proposition de loi pour légaliser l'euthanasie, qui sera étudiée à l'Assemblée nationale le 8 avril. Il essaie de convaincre ses homologues. Une tâche compliquée.

Olivier Falorni se bat pour une fin de vie libre et choisie.
Olivier Falorni se bat pour une fin de vie libre et choisie. © Radio France - Marie-Laurence Dalle

Permettre d'avoir une fin de vie libre et choisie : depuis des années, c'est le combat d'Olivier Falorni. Le député PRG de la Rochelle-Ile-de-Ré était l'invité de France Bleu la Rochelle ce jeudi matin. Il porte une proposition de loi pour légaliser l'euthanasie. Le texte sera étudié à l'Assemblée nationale le 8 avril prochain. En attendant, entre les auditions, Olivier Falorni, député du groupe Libertés et Territoires, essaie de convaincre les parlementaires de la majorité.

France Bleu La Rochelle : Pouvez-vous présenter ce texte simplement ? 

Olivier Falorni : C'est un texte qui prend en compte d'abord la réalité de notre pays. Tout le monde reconnaît qu'on meurt mal en France. Tout le monde le constate, hélas ! Ça n'est pas possible que ce soit une fatalité, qu'il y ait des agonies dans notre pays. Il y a des souffrances physiques et psychiques qui ne peuvent être apaisées malgré toute la bonne volonté des soignants. Donc, aujourd'hui, cette réalité est là. Elle est cruelle et elle est parfois un peu hypocrite dans le sens où des Françaises et des Français, quand ils en ont les moyens physiques et financiers, s'exilent à l'étranger pour pouvoir mourir ou ont recours à des euthanasies clandestines qui, par définition, ne sont pas contrôlées. Finalement, mon texte se résume en une phrase : donner le droit à une fin de vie libre et choisie.  

L'euthanasie passive autorisée par la loi actuelle, la loi Clayes-Léonetti, n'est pas suffisante ? 

La loi Léonetti a marqué un certain nombre d'avancées, notamment des progrès dans la reconnaissance du droit des malades. Sauf qu'aujourd'hui, elle reste encore très restrictive et on voit toutes les impasses, toutes les failles de cette loi. L'euthanasie veut dire en grec "belle mort, mort douce". Je le rappelle, c'est un médecin qui injecte le produit létal dans un cadre très précis. Il s'agit de pouvoir bénéficier de cette aide active à mourir dans le cas d'une maladie grave et incurable, à une phase avancée ou terminale. 

C'est un cadre très strict qui s'inspire de la loi belge, laquelle a 20 ans d'expérience. J'auditionne depuis plusieurs jours des responsables belges, des médecins, des juristes qui nous disent : "La loi fonctionne depuis 20 ans et plus personne ne veut la remettre en cause." Donc, l'enjeu, c'est de permettre aux Françaises et aux Français de bénéficier de leur ultime liberté.  

Vous venez d'en parler, Olivier Falorni, dans ce qui est proposé juste à côté de chez nous, chez nos voisins européens, en Belgique c'est l'euthanasie légale. Dans les hôpitaux, en Suisse, c'est l'assistance au suicide. Clairement, il faudrait se calquer sur le modèle belge ?

La référence, pour moi, c'est la loi belge. Je ne suis pas très favorable au modèle suisse. Madame Guinchard, qui a été ministre sous Lionel Jospin, était défavorable au suicide assisté, à l'euthanasie, et s'est heurtée à la réalité de la loi. Malheureusement, elle a été atteinte d'une maladie neurodégénérative héréditaire. Son grand-père et sa mère ont eu le même phénomène et elle savait que c'était inéluctable. Elle savait l'issue, l'issue abominable de cette maladie. La législation française ne pouvait pas répondre à sa problématique terrible et cette femme a dû s'exiler en Suisse pour pouvoir mourir dans des conditions dignes. 

Vous savez, moi, j'utilise le mot dignité avec beaucoup de prudence. Chacun a sa propre dignité. Et je conçois qu'on ait une acception différente de la mienne. Je parle de liberté plutôt que de dignité. Mais je conçois que j'aie le droit de choisir ma fin de vie dans la dignité que j'estime être la mienne. Mme Guinchard, elle, a dû partir en Suisse. Elle a dû s'exiler. Rendez-vous compte.

Il y aurait 4 000 euthanasies illégales en France, c'est énorme. Légalement, il y a des risques pour les proches et les médecins. En Europe, des pays frontaliers avec la France ont légiféré sur l'aide médicalisée aux décès.  

Je rappelle que la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et maintenant le Portugal et l'Espagne, pays de culture catholique, ont voté il y a quelques semaines. Ils ont décidé d'avancer. Finalement, la France peut être à la traîne sur ce sujet majeur. La réalité, c'est qu'il y a des euthanasies clandestines et il y a des gens qui partent à l'étranger. Ça ne vous rappelle rien ? En 1974, vous aviez des femmes, qui, pour pouvoir avorter, partaient à l'étranger, ou avaient recours aux faiseuses d'anges. 

Je n'accepte pas, en tant que législateur, qu'il y ait des euthanasies clandestines. Je peux comprendre parce que c'est un acte d'humanité d'un médecin qui répond à une demande, une souffrance absolue, mais par définition, elles ne sont pas contrôlées. Et vous savez, le principe de mon texte, c'est de respecter la volonté du patient. Il n'y a que le patient qui décide en accord avec le médecin. Il y aura d'ailleurs une commission de contrôle instituée par l'État pour faire en sorte que dans ce pays, on puisse partir dans des conditions satisfaisantes. 

On a l'impression que, finalement, on est à deux doigts de basculer. Les Français sont favorables. Et politiquement ? Qu'est-ce qui bloque ?  

C'est un combat de longue date que je mène. Il y a dix ans, c'était un sujet clivant dans la société. Aujourd'hui, un sondage Ipsos indique que 96 % des Français sont favorables à ce droit (NDLR, sondage publié en mars 2019). J'ai l'impression qu'un certain nombre de nos gouvernants, pourtant parfois jeunes, considèrent que, par définition, un sujet de société est clivant. Ça a été le cas effectivement à l'époque pour l'abolition de la peine de mort et pour le mariage pour tous. 

Regardons la réalité de notre pays, regardons ce que font nos voisins et légiférons.

Aujourd'hui, c'est une attente de l'opinion publique parce qu'ils savent que ce que je propose, ce que nous proposons, est un texte encadré qui s'appuie sur l'expérience de nos voisins. La France n'est pas seule dans le monde. On peut quand même regarder ce qui se fait à nos frontières, d'autant plus que nos concitoyens partent pour pouvoir bénéficier d'une mort douce et respectueuse. Donc, regardons la réalité de notre pays, regardons ce que font nos voisins et légiférons. 

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