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Société DOSSIER : Mouvement des "gilets jaunes"

Gilets jaunes : "Une société plus fracturée" qu'en Mai-68

lundi 10 décembre 2018 à 8:54 Par Pierre Coquelin, France Bleu Cotentin et France Bleu

Après trois semaines, le mouvement des gilets jaunes se durcit. On entend certains faire des comparaisons avec ce qui s'est passé en Mai-68. Quelles sont les ressemblances et les différences entre les deux mouvements ? On a posé la question au sociologue cherbourgeois Jean-Pierre Le Goff.

Des gilets jaunes mobilisés lors du blocage de la gare maritime de Cherbourg
Des gilets jaunes mobilisés lors du blocage de la gare maritime de Cherbourg © Radio France - Anthony Raimbault

Cherbourg, France

Alors qu'Emmanuel Macron doit sortir de son silence ce lundi soir à 20 heures dans un contexte de crise des gilets jaunes, les comparaisons avec le mouvement de Mai-68 fleurissent, notamment sur les réseaux sociaux. Pour le sociologue manchois Jean-Pierre Le Goff, invité de France Bleu Cotentin ce lundi, "les choses sont très différentes." 

Sommes-nous en train de vivre un nouveau Mai-68 ? 

Il y a beaucoup d'aspects qui ressemblent dans la mesure où c'est une crise sociale qui va vers une crise politique. Mais les choses sont très différentes car nous ne sommes pas dans la même conjoncture : en 68, on est encore dans la dynamique des 30 Glorieuses. Il y a des affrontements, il y a de la violence, mais pas de haine comme disait Malraux. Ce qui m'inquiète dans ce mouvement, c'est la violence qu'on a du mal à maîtriser, et au sein de la société, il y a plus de morcellement, du désespoir, de ressentiment, de colère.

Une société plus individualisée ? 

Surtout plus fracturée. Ce n'est pas simplement la question des élites. A l'intérieur même de la société, la société est fracturée. La question est angoissante. Il y a la question des revendications des gilets jaunes - et là Emmanuel Macron doit faire des propositions précises et arrêter le baratin - mais il y a aussi la question de rassurer la population car beaucoup de gens sont atterrés. Combien de temps ça peut durer ? Vers quelle direction un tel chaos peut nous mener ? L'enjeu est très fort ce soir (lundi). C'est être concret, précis, et en même temps essayer d'apaiser, unifier le pays. La question centrale, c'est de savoir si Emmanuel Macron a la capacité. Il faut qu'il reprenne la stature du chef de l'Etat. Est-ce que l'autorité de l'Etat peut-être restaurée ? Cela va dépendre de la réponse des gilets jaunes et aussi de la réaction de la population. Rien n'est joué à mon avis. 

En Mai-68, le général de Gaulle "disparaissait" à Baden-Baden. Là, Emmanuel Macron met une semaine pour d'adresser à la population. Le pouvoir est dépassé ? 

Dans une crise de ce type là, vous avez une dynamique de lancée. Ce qui est frappant c'est qu'à chaque fois que le pouvoir est intervenu jusqu'à présent, il l'a fait en retard. Le mouvement avait franchi un saut de plus. Alors est-ce qu'il peut l'arrêter maintenant ? En 68, les étudiants avaient le soutien de la population. Mais au bout de quelques semaines, quand il y a eu les violences, et des morts, l'opinion s'est retournée. Là on est dans une situation beaucoup plus chaotique, et n'est pas le général de Gaulle qui veut.